Oui, ce soir, nous devons pleurer…

Voici mon message pour le 9 av, qui commence ce soir… Amitiés à toutes et tous, juifs, juives, ou non, dans ce monde complexe. Que la puissance humaine qui nous porte triomphe toujours de nos désespoirs…. (livret de sources pour le 9 av à télécharger et imprimer en fin d’article)


Là, tout de suite, êtes-vous dans la joie? Et quelle type de joie ressentez-vous? Ou bien êtes-vous dans l’angoisse, l’inquiétude, la peur?

Contrairement à ce que l’on croit, le judaïsme s’intéresse aux sentiments, à tous les sentiments. Le principe premier est d’être dans la joie de l’action, et ce n’est pas toujours facile. Le deuxième principe est de fixer un temps pour les sentiments plus difficiles, comme la peur, la tristesse, le deuil. Ces sentiments ont leur place, ils sont importants. Les 7 jours de deuil lorsqu’une personne meurt en sont un exemple, les jours de jeûnes annuels également. Ce soir, nous commémorons la destruction des deux Temples de Jérusalem (et de bien d’autres choses, écoutez le podcast), et toutes les vies perdues et bouleversées à ces occasions, et toute la puissance culturelle réduite à néant, ce soir, c’est « tisha béav ». Depuis la destruction du premier puis du deuxième Temple, le judaïsme s’est reconstruit autour de la torah orale (michna, talmud) et des fêtes, mais nous n’oublions pas le passé.

Le 9 av est une fête tournée vers l’universel. Il est l’occasion de pleurer ensemble toutes les injustices du monde qui touchent l’ensemble de l’humanité. Un jour, le 3e Temple sera reconstruit, il naitra de la paix humaine et universelle que nous aurons contribué à créer ensemble. D’ici-là, nous considérons que si ce temps de paix n’est pas reconstruit, nous en portons la responsabilité, et nous pleurons nos manquements pour nous mobiliser pour faire mieux.

Le 9 av est une commémoration tournée vers le particulier. Nous y pleurons les destructions du judaïsme, des juifs et des juives au cours de l’histoire, jusqu’aux actes antisémites les plus récents.

Le judaïsme propose une place juste pour la tristesse et la peur. Le 9 av est une célébration qui dure 25 heures, 25 heures de jeunes et de pleurs, de lectures difficiles et de souffrance. Mais à travers ces 25 heures, nous voulons extirper toute nos détresses et nos peurs, pour renaitre ensuite à la joie d’être en vie, d’être libres, d’être héritier.es d’une culture de liberté, un judaïsme de puissance et de résilience.

Mais demain soir, après 25 heures de jeûnes et de pleurs, nous renaitrons à la vie, à l’espoir, à la force, au courage.

Le principe de base est la joie, car à partir de la joie nous pouvons nous respecter nous-mêmes et respecter les autres, poser nos limites et respecter celles des autres, analyser les ressources et les besoins et créer un monde plus beau, analyser nos impuissances et nos pouvoirs et utiliser toute notre énergie pour le bien. C’est cela « tu aimeras l’Absolu qui est ta force, de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir ». (Deut. 6:5/ Chéma Israël)

וְאָ֣הַבְתָּ֔ אֵ֖ת יְהֹוָ֣ה אֱלֹהֶ֑יךָ בְּכׇל־לְבָבְךָ֥ וּבְכׇל־נַפְשְׁךָ֖ וּבְכׇל־מְאֹדֶֽךָ׃

Ne donnons pas d’énergie aux personnes qui agressent sans raison, qui accusent pour se dédouaner, qui se donnent bonne conscience dans la facilité.

Restons concentré.es sur notre capacité d’accueil, d’entraire, de réconfort, de puissance, pleurons quand il le faut, cherchons des solutions et travaillons à les mettre en oeuvre le reste du temps.

Revenons à l’enseignement du Talmud:

Les sages ont enseigné: « On ne se lève pas (pour l’introspection)… ni à partir de la tristesse, ni à partir de la faiblesse, ni à partir de la moquerie, ni à partir des grands discours, ni à partir de l’inconscience, ni à partir de paroles vaines, mais à partir de la joie d’accomplir ce qui a du sens, que nous considérons comme notre devoir. » (Talmud BraHot 31a)

ת »ר אין עומדין להתפלל לא מתוך עצבות ולא מתוך עצלות ולא מתוך שחוק ולא מתוך שיחה ולא מתוך קלות ראש ולא מתוך דברים בטלים אלא מתוך שמחה של מצוה

Nous avons beaucoup à pleurer, au niveau individuel comme au niveau collectif.

Le jeûne et les textes traditionnels accompagnent nos pleurs, nous donnent le courage de ressentir la souffrance.

Nous avons besoin de ressentir cette souffrance pour l’identifier, la circonscrire, l’orienter, la transformer en énergie d’action.

Ce soir, et jusqu’à demain soir, vivons pleinement les paroles du Prophète Jérémie « Hélas! Comme elle est assise solitaire, la cité naguère si populeuse! Elle, si puissante parmi les peuples, ressemble à une veuve; elle qui était une souveraine parmi les provinces a été rendue tributaire! Elle pleure amèrement dans la nuit, les larmes inondent ses joues; personne ne la console de tous ceux qui l’aimaient; tous ses amis l’ont trahie, se sont changés pour elle en ennemis. » (chap.1)

et dés demain, retournons à notre courage et notre puissance d’être ensemble avec les paroles de Isaïe: « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps d’épreuve est fini… Une voix proclame: « Dans le désert, déblayez la route de l’Éternel; nivelez, dans la campagne aride…! Que toute vallée soit exhaussée, que toute montagne et colline s’abaissent, que les pentes se changent en plaines, les crêtes escarpées en vallons! » (chap.40)

Nous désespérer, nous consoler, ces deux pôles sont complémentaires, se répondent, sont le battement-même de la vie.

Le judaïsme nous propose de consacrer du temps à ce mouvement de balancier, comme l’Ecoute Mutuelle nous encourage à garder la joie et l’enthousiasme dans la vie et les pleurs et les difficultés dans le temps de travail de la session.

Pleurons, puis réjouissons-nous, ne refoulons rien, faisons face à tout, appuyons-nous sur notre tradition juive, ou toute autre tradition qui nous porte, pour contribuer au mieux à la vraie vie, qui est joie, entraide, co-construction.


7 commentaires sur “Oui, ce soir, nous devons pleurer…

  1. […] Lorsqu’on découvre le judaïsme, qu’on veut devenir juif ou devenir juive, ou le redevenir, lorsqu’on entreprend un processus de « conversion » (en fait, de giour, d’entrée dans le judaïsme), le caractère triste du 9 av et son côté « c’est notre faute » peuvent sembler étrange. Pour cette raison, un accompagnement personnel ou suivre des cours permet de retrouver le sens ce ces paroles si profondes et libératrices. Lisez par exemple mon article ici: https://florianechinsky.fr/2026/07/22/pleurer-9-av-temple/ […]

  2. 🙏 En union de prière avec vous pour la petite juive catholique que je suis ❤️ Un plaisir de recevoir régulièrement vos mails, et à bientôt peut-être pour une nouvelle participation à un atelier (Pour l’instant, je suis un peu dans le jus… Mais dans la joie)

    De tout cœur avec vous Bonne fête Florence

      • Merci Et merci à vous Je vous ai connue grâce. Philippe Haddad qui vient régulièrement à l’abbaye sainte lioba (13) enseigner. Une communauté hébraïsante car originaire des pays bas, beaucoup de juive d’origine qui ont suivies les conversions de guerre à l’époque, et ont été « touchées » comme on dit (conversion de cœur) Mais elle restent attachées au judaïsme, aux fêtes etc Comme moi…ma mamie est morte à 100 ans il y a moins de 10 ans, restée juive, mais mariée à mon grand père ctholique, d’origine espagnole, ancien sacristain fâché avec l église , divorcé avec 3 enfants qui lui étaient confiés….inutile de vous dire qu ‘elle s’est faite m’arrêter de sa famille (mais comme son père était violent, pas une grande perte) mais plus tard ses frères et sœurs, sa mère ont repris contact (la lignée des zemmour, les 3 Z étaient ses petit-petits cousins (c’est son grand père qui était le frère de leur grand père). Bref. Sa mère est venue mourir chez elle, accueillie par mon grand père bien sûr aussi. Tous ses enfants (dont ma mère) ont été baptisés, c’est même elle qui a sollicité le nouvel aumônier militaire , à l’époque, pour baptiser les 2 derniers, car l’ancien s ‘était engueulé avec mon grand-père…il lui avait dit que si il ne mettait pas ses 6 autres enfants au cthechismes, ils ne les baptiserait pas: mon grand-père lui a donc dit d’aller se faire voir et qu’ils ne seraient donc pas bptisés 😄….l’eglise a fait de sacré connerie parfois🙄😄. Bref. Quand il y a eu un nouvel aumônier, mamie lui a dit, et il a failli étouffer de la connerie humaine parfois…car bien sûr c’était n’importe quoi et tout sauf chrétien, et il lui a dit « je vais vous les baptiser, moi, vos enfants » et papi n’a pas eu son mot à dire😄) Un GRAND MERCI à ma mamie de nous avoir ouvert les portes….elle en avait des c….les 😄❤️

        De fait, j’ai adhéré à JEM et vous ai connu grâce au COVID et tout ce que vous faisiez en ligne, notamment le shabat en direct. Et je vous ai appréciée. Solidarité féminine avant tout , en plus! Une joie pour moi de pouvoir enfin assister à tous ça, car quelque fois on a été

        Et j’ai participé à un « cours » (celui où Sarah riait des paroles de l’ange, et Abraham, comme tout homme qui croit qu’il va avoir des erections eternelles n’était pas surpris….ahhhh, ces hommes 😄😄😄)

        C’était une joie de l’épancher avec vous, croyez bien que vous êtes dans mon cœur Et mon ami prêtre, secrétaire des amitiés judéo-chrétienne chrétienne, vous a aussi suivi , et il vous apprécie bien!

        En union de prière bis ❤️ Florence Florence

  3. Encore un grand merci pour ces textes ; ils nourriront ma réflexion au cours de ce 9 av …

    et la préparation des 7 semaines suivantes jusqu’à ROCH HACHANA

  4. merci beaucoup Floriane pour cet enseignement. Cela fait du bien. Et c’est bon de le partager.

    Jean . Montpellier. Kehilat kedem.

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