Sans farine, pas de Torah… Que signifie cette expression, quel est le rôle de la matérialité et quelle est l’éthique juive concernant l’argent, le profit, la propriété et le partage?
Nous évoquerons ces sujets, et pourrons dialoguer avec les autres intervenants.
interreligieux
Quelques notions juives au service des soignants et des infirmiers
Suite à mon intervention d’hier à l’IFSI de Troyes, voici les grandes lignes de ma présentation:
Introduction:
1 -« Herschel Ostropoler doit enterrer sa femme » (histoire juive): L’importance de la vie avant tout, l’importance d’avoir du recul, l’humour dans le judaïsme.
2 – « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique chapitre 19): S’aimer soi-même pour pouvoir aimer l’autre, prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des malades.
Le judaïsme
– Le judaïsme ancien est plus ancien que le Christianisme récent, mais le judaïsme d’aujourd’hui n’est ni plus ancien, ni plus nouveau, que toutes les autres traditions ou choix philosophiques contemporains.
– Si vous savez qu’un patient est juif, vous en savez peu de choses, s’agit-il d’un attachement de croyance, de pratique, de fidélité aux valeurs familiales, de partage du traumatisme de la Choa, avec une importance de la communauté ou avec un attachement premier à une discrétion qui place la citoyenneté française au premier plan comme le disait le diction « heureux comme juif en France ».
– Le judaïsme aujourd’hui encore en France reprend les courants nés au milieu du 18e siècle: Libéraux/ Orthodoxes
Judaïsme et relation au corps
Le sacré dans la tradition juive, c’est la vie, dont le corps est le support. Il faut profiter de ce que nous offre la vie, remercier pour le bien, reconnaitre la souffrance, reconnaitre l’incertitude. L’ « impureté » est le mot dont on caractérise l’altération du rapport avec la vie. Le fait de nommer cette perturbation permet de la reconnaître et de la canaliser. Par principe, elle intervient lorsqu’on se retrouve en relation avec la mort mais on peut l’étendre à d’autres situations. La conséquence est l’impossibilité de faire des offrandes au Temple de Jérusalem, détruit en 70. On peut l’étendre à la capacité d’effectuer des soins auprès du public. La thérapie de cela est symbolique et corporelle, il s’agit de l’immersion dans une étendue d’eau, un Mikvé, de la même racine que le mot « espoir » en hébreu. Pour tous les professionnels, et plus encore peut-être pour ceux qui prodiguent des soins, il est important d’avoir des lieux de ressourcement, qui, comme le Mikvé, permettent le rétablissement d’un lien entier avec nos vies et de notre entière capacité à donner le meilleur de nous-mêmes.
Le travail autour du soin du corps est un travail sacré, les prêtres ont dans le Lévitique un rôle d’examen des plaies, on remarque qu’une plaie stable peut-être déclarée « pure », alors qu’une plaie en évolution est considérée comme impure, c’est le changement qui est source d’angoisse.
La visite des malades comme commandement:
L’importance des commandements, au centre du judaïsme, la visite des malades est un commandements, voir » Voici les commandements dont les fruits nous bénéficient dans ce monde et dont le fond reste pour vous dans le monde futur: le respect des parents, les actes d’entraide, la visite des malades, accueillir des invités, se lever tôt pour être à l’heure à la synagogue, promouvoir la paix entre les gens, l’Etude de la Torah.
Le vidouï est le texte que l’on propose de dire lorsque l’on craint que la mort ne soit au tournant, textes et explications sont disponibles sur ce lien.
Le rapport à la souffrance:
Histoires de BeraHot 5b: « Je n’aime ni mes souffrances ni leur récompense », la « normalité » de la souffrance, pleurer ensemble sur le caractère éphémère de la beauté, puis guérir.
Voici les grandes lignes de ce très beau partage, il est doux de contribuer à la formation de professionnels qui font un travail aussi dur et important que les soins infirmiers…
Chabbat chalom
Judaïsme et économie – Quelques sources
A l’occasion de mon intervention de ce soir aux 4 vents des religions, voici quelques sources à partager.
Quelques sources bibliques:
Lévitique / Kedochim / 19:35
35 Ne commettez pas d’iniquité en fait de jugements, de poids et de mesures. 36 Ayez des balances exactes, des poids exacts, une épha exacte, un men exact: Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte. 37 Observez donc toutes mes lois et tous mes statuts, et accomplissez-les: je suis l’Éternel.
לֹא-תַעֲשׂוּ עָוֶל, בַּמִּשְׁפָּט, בַּמִּדָּה, בַּמִּשְׁקָל וּבַמְּשׂוּרָה. לו מֹאזְנֵי צֶדֶק אַבְנֵי-צֶדֶק, אֵיפַת צֶדֶק וְהִין צֶדֶק–יִהְיֶה לָכֶם: אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם, אֲשֶׁר-הוֹצֵאתִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. לז וּשְׁמַרְתֶּם אֶת-כָּל-חֻקֹּתַי וְאֶת-כָּל-מִשְׁפָּטַי, וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם: אֲנִי, יְהוָה
Deutéronome / ki tetsé / 25:13
13 N’aie point dans ta bourse deux poids inégaux, un grand et un petit. 14 N’aie point dans ta maison deux mesures inégales, une grande et une petite. 15 Des poids exacts et loyaux, des mesures exactes et loyales, doivent seuls être en ta possession, si tu veux avoir une longue existence dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. 16 Car l’Éternel, ton Dieu, a en horreur quiconque agit ainsi, quiconque fait une chose déloyale.
יג לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּכִיסְךָ, אֶבֶן וָאָבֶן: גְּדוֹלָה, וּקְטַנָּה. יד לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּבֵיתְךָ, אֵיפָה וְאֵיפָה: גְּדוֹלָה, וּקְטַנָּה. טו אֶבֶן שְׁלֵמָה וָצֶדֶק יִהְיֶה-לָּךְ, אֵיפָה שְׁלֵמָה וָצֶדֶק יִהְיֶה-לָּךְ–לְמַעַן, יַאֲרִיכוּ יָמֶיךָ, עַל הָאֲדָמָה, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ. טז כִּי תוֹעֲבַת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, כָּל-עֹשֵׂה אֵלֶּה: כֹּל, עֹשֵׂה עָוֶל
Rachi : Une grande et une petite Une grande qui annule la petite : On ne doit pas prendre avec une grande et rendre avec une petite (Sifri).
Quelques notions:
- tsedek צדק
- tsedaka צדקה
- maasser מעשר
- chmita שמיטה
- prozbul פרוזבול
- Guemilout Hassadim גמילות חסדים
- Lifnim michourat hadin לפנים משורת הדין
Quelques passages michnaïques et talmudiques:
Avot 4:1 Ben Zoma a dit: Qui est le riche? Celui qui est heureux de ce qu’il a.
Gittin 45a : La rançon raisonnable et l’incitation
Baba Kama 89a : Fixer les prix ou laisser la loi de l’offre et de la demande agir?
Kétoubot 15a : La viande trouvée est-elle cachère? Statistiques et aléa moral
Prozboul deutéronome 15/ michna chéviit 10:4
Cherchez la faute… Réservez!
Cherchez la faute… Avec le Rabbin Floriane Chinsky le mercredi 10 janvier,
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Qui devons-nous devenir ?
Un article écrit à la rentrée pour le journal « L’Appel »…
Je profite des vacances pour partager l’article que j’ai écrit pour le magazine l’appel à la rentrée. Bonne lecture.
Comment redéfinir notre identité et notre rapport au monde ?
La responsabilité collective de l’humanité est jugée en ce début d’année
Qu’est-ce que le judaïsme ? La question du « vrai israël » a agité les débuts de la chrétienté comme la naissance de l’Islam. Elle soulève d’ailleurs des remous au sein même du peuple juif. Mais il est trop réducteur de limiter la question à une revendication d’héritage. Le judaïsme n’est pas un objet défini mais un sujet en lui-même qui émerge sans cesse de la confrontation du peuple juif à l’histoire. Il n’est pas exact de dire que « le Judaïsme est la plus ancienne des trois religions monothéistes ». S’il est apparu antérieurement, sa forme actuelle est moderne au même titre que les formes modernes des autres religions.
Edmond Fleg s’exprime ainsi : « Israël n’est…
Voir l’article original 558 mots de plus
Une victoire de la démocratie pour ce 8 mai 2017?
Chers amis, chères amies,
Nous souhaitons célébrer lundi prochain la victoire de 1945 en même temps que le triomphe renouvelé de la démocratie.
Edmond Fleg définit la victoire dans son « dayénou »:
« Lorsque, rendus dés longtemps aux fraternités des peuples, nous aurons fait avec toi, avec tous les hommes, sur toute la terre, toute la paix, dans toute la justice, alors, seulement, Éternel notre Dieu, roi du monde, assez pour nous! »
La route est longue, et nous y sommes engagés depuis déjà plus de deux millénaires.
Il revient à notre génération de faire face aux enjeux du présent, et en particulier dans ce droit de vote et cette dimension citoyenne qui sont au cœur de nos valeurs. A travers la paracha de ce chabbat, « kédochim », nous nous rappelons que certaines de nos valeurs sont « kadoch », « sacrées », intouchables, et inaliénables.
Pour ceux qui souhaiteraient y réfléchir, je vous rappelle la célèbre phrase de David Ben Gourion. Il était alors pris en tenailles entre la menace Nazie d’un côté, et de l’autre un mandat britannique qui dans son « livre blanc » interdisait l’entrée en Palestine des réfugiés juifs alors que la Shoa battait son plein. Il s’exclama alors : « Le Yichouv luttera aux côtés des anglais dans la guerre comme s’il n’y avait pas le livre blanc, et contre les anglais à propos du livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre. » Les aspects composites et paradoxaux des situations humaines n’excuseraient pas notre désengagement. C’est la raison pour laquelle j’ose ces quelques mots, dans le plus grand respect pour les différents raisonnements souvent très complexes qui nous animent aujourd’hui.
Nos prières parlent sans cesse de « tséva shalom » צבא שלום, une armée de paix, et c’est pour cette paix que nous nous mobilisons.
Je relaie donc en cette heure grave l’appel de la Présidente du MJLF, Danielle Cohen, que vous trouverez également sur le site du MJLF, en cliquant sur ce lien.
Paris, le 3 mai 2017
Chers amis,
Il y a 10 jours, nous avons lu pendant 24h les noms des déportés juifs de France des convois 32 à 70 et avons ainsi rendu hommage à ces hommes, à ces femmes, à ces enfants, victimes de la barbarie nazie et de la complicité active du régime de Vichy.
Je m’adresse à vous aujourd’hui parce que l’heure est grave :
notre République est menacée par le fascisme qui est à la porte du pouvoir.
Jusqu’à maintenant, je me suis toujours interdit de mêler la politique à notre vie associative.
Parce que nous vivons un moment exceptionnel, je déroge à cette ligne de conduite et vous dis simplement que
je voterai pour Emmanuel Macron dimanche prochain
et vous engage à le faire aussi.
Je sais que l’on gagne une élection avec 50,01 % des votes exprimés,
Je sais qu’une élection est gagnée ou perdue lorsque le ministère de l’Intérieur a proclamé les résultats officiels,
Je sais que l’abstention favorisera Marine Le Pen.
Certains d’entre vous se souviennent peut-être d’une chanson interprétée par Serge Reggiani en 1967 : « Les loups sont entrés dans Paris ».
Je vous en supplie, faites en sorte que les loups n’entrent pas dans Paris,
reportez vos déceptions et votre mauvaise humeur éventuelles au lundi 8 mai…
lorsque nous nous réveillerons en démocratie …et pas en dictature.
Bien à vous,
Danielle Cohen
Présidente du MJLF
Célébrerons-nous la victoire de la démocratie le 8 mai 2017?
Chers amis, chères amies,
Nous souhaitons célébrer lundi prochain la victoire de 1945 en même temps que le triomphe renouvelé de la démocratie.
Edmond Fleg définit la victoire dans son « dayénou »:
« Lorsque, rendus dés longtemps aux fraternités des peuples, nous aurons fait avec toi, avec tous les hommes, sur toute la terre, toute la paix, dans toute la justice, alors, seulement, Éternel notre Dieu, roi du monde, assez pour nous! »
La route est longue, et nous y sommes engagés depuis déjà plus de deux millénaires.
Il revient à notre génération de faire face aux enjeux du présent, et en particulier dans ce droit de vote et cette dimension citoyenne qui sont au cœur de nos valeurs. A travers la paracha de ce chabbat, « kédochim », nous nous rappelons que certaines de nos valeurs sont « kadoch », « sacrées », intouchables, et inaliénables.
Pour ceux qui souhaiteraient y réfléchir, je vous rappelle la célèbre phrase de David Ben Gourion. Il était alors pris en tenailles entre la menace Nazie d’un côté, et de l’autre un mandat britannique qui dans son « livre blanc » interdisait l’entrée en Palestine des réfugiés juifs alors que la Shoa battait son plein. Il s’exclama alors : « Le Yichouv luttera aux côtés des anglais dans la guerre comme s’il n’y avait pas le livre blanc, et contre les anglais à propos du livre blanc comme s’il n’y avait pas la guerre. » Les aspects composites et paradoxaux des situations humaines n’excuseraient pas notre désengagement. C’est la raison pour laquelle j’ose ces quelques mots, dans le plus grand respect pour les différents raisonnements souvent très complexes qui nous animent aujourd’hui.
Nos prières parlent sans cesse de « tséva shalom » צבא שלום, une armée de paix, et c’est pour cette paix que nous nous mobilisons.
Je relaie donc en cette heure grave l’appel de la Présidente du MJLF, Danielle Cohen, que vous trouverez également sur le site du MJLF, en cliquant sur ce lien.
Paris, le 3 mai 2017
Chers amis,
Il y a 10 jours, nous avons lu pendant 24h les noms des déportés juifs de France des convois 32 à 70 et avons ainsi rendu hommage à ces hommes, à ces femmes, à ces enfants, victimes de la barbarie nazie et de la complicité active du régime de Vichy.
Je m’adresse à vous aujourd’hui parce que l’heure est grave :
notre République est menacée par le fascisme qui est à la porte du pouvoir.
Jusqu’à maintenant, je me suis toujours interdit de mêler la politique à notre vie associative.
Parce que nous vivons un moment exceptionnel, je déroge à cette ligne de conduite et vous dis simplement que
je voterai pour Emmanuel Macron dimanche prochain
et vous engage à le faire aussi.
Je sais que l’on gagne une élection avec 50,01 % des votes exprimés,
Je sais qu’une élection est gagnée ou perdue lorsque le ministère de l’Intérieur a proclamé les résultats officiels,
Je sais que l’abstention favorisera Marine Le Pen.
Certains d’entre vous se souviennent peut-être d’une chanson interprétée par Serge Reggiani en 1967 : « Les loups sont entrés dans Paris ».
Je vous en supplie, faites en sorte que les loups n’entrent pas dans Paris,
reportez vos déceptions et votre mauvaise humeur éventuelles au lundi 8 mai…
lorsque nous nous réveillerons en démocratie …et pas en dictature.
Bien à vous,
Danielle Cohen
Présidente du MJLF
L’amour est-il encore d’actualité?
Publié dans la magazine chrétien de Gabriel Ringlet en février 2017… L’amour est-il encore d’actualité?
Le magazine « l’Appel » est un magazine chrétien qui s’intéresse à l’actualité et au dialogue interconvictionnel. Il m’a demandé une contribution pour les prochains mois. Voici ma contribution pour le numéro de février. Mon titre initial était « l’amour est-il encore d’actualité ».
L’un des initiateur de ce magazine est Gabriel Ringlet, avec lequel j’avais eu le plaisir de partager une cérémonie co-créée et une conférence au Prieuré Malèves Sainte Marie.
Pour télécharger l’article, cliquez sur le lien suivant: article l’appel: l’amour est-il encore d’actualité
Partenariat avec ATD quart-monde
Dans le cadre de l’association ATD Quart monde, monsieur Grégory Deschamps a initié un groupe de dialogue interconvictionnel qui a pour but de mettre en présence des personnes de toutes cultures et de toutes origines sociales. Le dialogue se fera autour de thèmes spirituels proposés par les participants.
Paule Ouanhnon, membre du MJLF Est, participe à ce projet et invite toute personne intéressée à se joindre aux discussions.
Ci dessous le lien de l,association ATD Quart Monde
https://www.atd-quartmonde.fr/
Réformer la religion aujourd’hui, en judaïsme, en christianisme, en islam

En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. C’était il y à 500 ans. A l’occasion de cet anniversaire, le monde protestant organise différentes manifestations et festivités. A Lausanne, la série de rencontre prévues a été inaugurée ce soir dans une perspective plus large, permettant d’intégrer les réflexions de l’Islam à travers l’intervention de Haoues Seniguer, de la sociologie avec Philippe Gonzalez, et du judaïsme que j’ai eu la chance de représenter.
Les rencontres extérieures sont une occasion de retravailler nos idées et notre vision, elles permettent de garder le lien entre notre communauté et le monde extérieur. Ainsi, les enseignements que nous développons ne tournent pas en vase clos, au contraire, ils se frottent et s’affutent, s’enrichissent et se développent dans la discussion. Une maHloquèt à grande échelle, qui nous permet de préserver l’articulation entre d’une part notre particularisme, notre identité propre et d’autre part notre sensibilité universelle.
Pierre Gisel, Théologien, chercheur et auteur était le modérateur des débats. Il a introduit le propos en distinguant les réformes internes, mises en oeuvre par l’un ou l’autre groupe, des réformes externes, celles qui peuvent lui être imposées de l’extérieur. Il nous a invité à relire notre propre histoire, à parler des réformes qui ont eu lieu au sein des différentes familles religieuses, et réfléchir à « l’articulation d’une tradition au présent historique » ainsi qu’à l’ « articulation au monde, au social et à la culture de tous ».
Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de prendre la parole pour une vingtaine de minutes et d’évoquer la signification du mot « réforme » et de souligner le caractère drastique de cette notion, par comparaison à d’autres concepts comme le changement ou l’évolution organique. J’ai souligné qu’une réforme entame généralement le début d’une religion nouvelle, comme le christianisme a pu se revendiquer d’une réforme du judaïsme, créant un « nouveau testament » initialement prévu pour remplacer l' »ancien ». De la même façon, la réforme protestante a été le commencement d’une nouvelle façon d’aborder le christianisme. Par opposition, on peut s’interroger sur les évolutions vécues par la tradition juive au cours de son histoire. Il est intéressant de rechercher factuellement quels ont été les grands points d’évolution, il est également important de noter ce que le judaïsme dit de ces changements, la façon dont il les raconte.
D’un point de vue de l’histoire antique d’Israël, qui se confond avec une histoire symbolique, nous parlons sans cesse de voyages et d’évolutions. TéraH quitte Ur, Abram et Saraï quittent Haran, ils changent eux-mêmes de nom pour devenir Abraham et Sarah. Les changements identitaires sont intégrés dans l’histoire mythologique du peuple juif.
Nous passons ainsi d’une tradition patriarcale-nomade à une identité d’esclave et d’oppression en Egypte, puis un voyage dans le désert, puis une rencontre avec une loi, puis une période de 40 ans de construction et de confrontation avec cette loi autour d’un temple portatif, puis une période sous la conduite des juges, puis des rois, puis seulement une époque de centralisation religieuse autour du temple, permettant les grands rassemblements des fêtes de pèlerinage. L’exil en Assyrie met fin à la centralité du culte du Temple, dont la destruction est un terrible choc. C’est la prière et l’étude qui prennent le relais avec l’époque des scribes. Ezra et Néhémie reconstruisent le second temple, qui sera à son tour détruit redonnant un rôle renouvelés à l’étude et à la prière comme points focaux de substitution.
Avec la diaspora et les déplacements des juifs au fil des remous de l’histoire, les influences extérieures seront diverses et créeront des branches légèrement différentes au sein du judaïsme, avec l’influence de l’islam en Afrique du nord pour les juifs séfarades et cette du christianisme en Europe pour les juifs achkénazes. A chaque fois, sans qu’il y ait toujours de « réforme » au sens brutal du terme, il y a des adaptations et des formations renouvelées et créatives des modalités de la pratique juive.
L’émancipation des juifs achkénazes suite aux développements de la révolution française et l’intégration des juifs à la société globale a un défi très difficile. Elle a entrainé des évolutions d’abord assez brutales des modalités de l’être juif au XIXe s. La première de ces modalités a été la disparition pure et simple avec l’assimilation et la perte identitaire, dans une société globale peu ouverte à la diversité. D’une façon très schématique, on pourrait dire également qu’un courant libéral a œuvré pour une adaptation express du judaïsme alors qu’un courant orthodoxe en a pris un contre-pied drastique. Ces courants se sont globalement rapprochés aujourd’hui, tout en gardant leurs différences. La re-création de l’État d’Israël et la Choa ont également été des tournants majeurs dans la façon dont les juifs définissent leur identité.
On voit ainsi que l’histoire du judaïsme, autant son histoire « historique » que son histoire « mythique », intègre des évolutions et des métamorphoses, toutes raccordées par le fil rouge d’une revendication de continuité et par la fidélité à des textes qui restent centraux même lorsque leur interprétation varie.
Il aurait été intéressant de détailler ensuite les outils que le judaïsme a pu utiliser pour intégrer ces changements, de parler de l’installation de YoHanan Ben Zakaï ou des Makabim, de mentionner la rédaction de la Torah orale et ses implications, de noter les outils hilHatiques qui permettent de prendre en considération les évolutions du temps. J’aurais aimé également faire le point sur le judaïsme actuel et sur ce qui faisait la vitalité mais aussi parfois la rigidité du judaïsme en France.
Il était temps d’entendre le sociologue Philippe Gonzalez. Il a entre autre souligné que les fondamentalismes étaient des réformes « modernes et anti-modernes », fondées sur le rejet de la critique historique qu’ils considèrent comme la cause de la perdition de la famille et par conséquent l’affaiblissement général du groupe, qui doit retourner à sa grandeur en conformité avec un grand destin qu’il doit accomplir en tant que groupe « élu ». Pour lui, le désinvestissement de l’Etat dans le religieux entraîne une baisse des moyens et rend difficile la formation de personnes qui ont réellement le temps de penser, favorisant l’émergence de visions rentables à court termes, d’une simple continuation du passé sans projection vers l’avenir. C’est ainsi une « religion de marché » qui apparait, et qui doit être plus concurrentielle qu’inspirante, ceci étant vrai dans les différentes familles religieuses comme dans la recherche fondamentale et l’université. Pour finir, il a rappelé les différents moteurs de la réflexivité: 1 – la tradition fait face à ses réalités historiques et à sa diversité interne; 2 – elle accepte d’être confrontée à la critique historique; 3 – le débat interreligieux contribue à sa prise de recul; 4 – le contact avec l’Etat et 5 – avec la société civile l’invitent à se remettre en question. Selon lui, les religions ont un rôle fondamental à jouer du fait de leur préoccupation du bien commun qui est trop souvent délaissé au profit de visions purement individuelles.
Haoues Seniguer a ensuite pris la parole. Il a brièvement retracé l’histoire des réformateurs de l’islam. Il a noté que la réforme de l’islam était souvent présentée comme la solution ultime de tous les problèmes en France, ce qui est bien sur illusoire. La violence des attentats ne devrait pas pousser à une pression de réforme sur l’islam, qui ne peut évoluer que de l’intérieur. La radicalisation a pour sens premier le fait de « revenir à la racine », ce qui n’est pas intrinsèquement problématique. Pour lui, le Djihadisme est un problème en soi mais reflète surtout l’absence de réflexivité en islam. Se pose la question du statut du texte coranique. Depuis le 7e siècle existe la possibilité d’une prise de recul qui est réactivable, permettant une historicisation et donc une relativisation, une avancée éthique qui peut permettre à chacun une plus grande liberté. Différents courants de réforme coexistent dans l’islam, un courant qui intègre la critique historique, un courant qui distingue ce qui est évolutif de ce qui est immuable avec toute la difficulté de la définition de cet immuable, un courant qui reviendrait à remettre en cause la parole de Dieu, des courants qui veulent revenir aux débuts de l’islam, soit pour les reproduire à l’identique, soit pour les retraduire au présent.
La discussion a pu continuer, à la fois entre les intervenants et avec le public, permettant de donner diverses précisions et de poursuivre notre réflexion concernant notre capacité à prendre du recul vis-à-vis de nos croyances pour pouvoir les examiner non seulement avec notre propre regard, mais aussi pour comprendre ce qu’elles signifient pour autrui.

