Notre rencontre de travail vers l’interconvictionnel de ce dimanche avec Mano Siri, un compte rendu subjectif

Nous avons été bouleversés par les événements de janvier. L’interconvictionnel et la pédagogie étaient déjà centraux dans notre pensée et dans nos projets, à moi en tant que rabbin, à la communauté dans son histoire, et à un grand nombre de ses membres à titre personnel. Nous sommes aujourd’hui engagés dans une volonté d’ouverture et de développement, de mise en commun de nos forces et de nos savoirs dans ces domaines.

Ce texte est une collection de pensées liées à notre discussion de ce dimanche. Pour accéder au texte préparé par Mano Siri, cliquez ici.

Ce dimanche 25 janvier, nous avons eu notre première session avec Mano Siri à Ganénou. Mano est la mère de trois filles dont la dernière a célébré sa Bat Mitsva cet automne, elle est la Présidente de la Commission Culture de la LICRA et elle est professeure de philosophie dans des classes très concernées par les problématiques actuelles.

Je voulais partager quelques éléments de ce que j’ai retenu et pensé au cours ce cette session, de façon assez subjective, dans le but peut-être de faire le lien avec la session suivante, de permettre à chacun de s’exprimer ou de partager. N’hésitez pas à laisser des commentaires.

Nous étions 20/25 dans la bibliothèque ce dimanche, dans une belle mobilisation suite à la réunion du dimanche précédant. Notre groupe comprenait des parents d’enfants du talmud torah, et aussi des membres de la communauté, d’âges divers, des jeunes.

Mano Siri avait amené quelques exemplaires de son livre, « 100 mots pour se comprendre contre le racisme et l’anti-sémitisme », livre qu’elle a codirigé avec Antoine Spire car le parti-pris de ce livre est d’avoir des auteurs différents.

L’idée est que le dialogue nécessite le fait de pouvoir entendre où se situent nos interlocuteurs. On entend mieux quand on est sûr de sa capacité à répondre dans la sérénité, et la définition des mots est la base de cette confiance et du recadrage du dialogue.

Le mot dont nous sommes partis est le mot ‘blasphème’. Nous en avons repris la définition selon l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, nous avons parlé de l’histoire chrétienne du blasphème. Nous avons ainsi évoqué les sources historique de la laïcité française. J’ai pensé que ces faits étaient intéressants car ils permettent de montrer que le catholicisme a été comme certains islams aujourd’hui en opposition avec la société laïque et a possédé une notion de blasphème en tant que péché. La conciliation a nécessité une adaptation qui est intéressante, qui permet de rapprocher les religions dans leur évolution vers la prise en compte des opinions autres.

Nous avons évoqué les déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la déclaration universelle de droits de l’homme de 48, et la loi de 1972 qui pose l’interdiction de l’insulte antisémite, loi qui va au delà de la pénalisation de l’insulte ad hominem.

Nous avons évoqué également la spécificité française dans son rapport au religieux. C’est également une chose intéressante à expliciter car il est plus facile d’accepter une spécificité française quand elle est nommée, de dire, dans tel pays c’est comme ça, dans tel autre c’est ainsi, et en France la façon dont le droit gère le fait religieux a telles et telles caractéristiques. Cela permet de légitimer à la fois la pratique juridique et constitutionnelle française et les autres conceptions, qui sont aussi légitimes d’un point de vue moral (quand elles sont démocratiques) mais n’ont pas de valeur juridique ici.

Nous avons en particulier souligné la différence avec la constitution américaine qui a précédé la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui appuie ses principes de liberté religieuse sur une base protestante, incluant une plus grande liberté d’expression parfois mais aussi une place au religieux dans l’état à travers par exemple le fait qu’on prête serment sur la Bible.

Nous avons rappelé ce fait important qu’en obéissant à la loi française, nous nous obéissons à nous-mêmes.
Pourquoi? « Parce que le fondement de l’Etat de droit dont relève la démocratie (mais aussi en passant une monarchie constitutionnelle comme le Royaume-Uni ou l’Espagne) c’est que tous les hommes sans distinction ne sont soumis qu’à la loi et à rien d’autre (pas à un autre homme en tous les cas) et qu’en tant que membre du souverain ils en détiennent une part inaliénable et qu’ils participent à l’élaboration de cette loi. Donc obéir à la loi de l’Etat comme on dit c’est, dans l’Etat de droit comme obéir à soi-même… » ainsi que notre oratrice le développe.

Nous avons évoqué sans avoir le temps d’en parler ce qui peut être la nature exacte et la cause du malaise de certains musulmans face aux caricatures, nous  nous sommes interrogés sur ce qui nous mettrait mal à l’aise.

Nous avons également dit quelques mots sur la façon dont la tradition juive conçoit la relation avec ‘dieu’ et le fait que notre façon de lire la torah écrite était subordonnée à ce qu’en dit la torah orale.

Le prochain rendez-vous commencera en principe à 11h, car une heure, cela semblait un peu court, et aurait lieu dimanche 8 février. Il faudra voir comment nous y procéderons car il y a déjà pas mal de cours et de conférences prévues ce jour là, les participants seront informés.

Bonnes réflexions à tous, et n’hésitez pas à laisser vos commentaires.

Texte d’étude de ce chabbat – Sortir d’Egypte, à toutes les générations

Rachi Bo

Ex 13 :2

Ouverture (pètèr) de toute matrice Celui qui ouvre la matrice en premier, comme dans : « c’est comme quand on donne libre cours (potèr) aux eaux » (Michlei 17, 14), ou dans : « ils donnent libre cours (yaftirou) à leur langue (Tehilim 22, 8).

A moi Je me les suis acquis, en frappant les premiers-nés en Egypte.

פֶּטֶר כָּל רֶחֶם. שֶׁפָּתַח אֶת הָרֶחֶם תְּחִלָּה כְּמוֹ פּוֹטֵר מַיִם רֵאשִׁית מָדוֹן. וְכֵן יַפְטִירוּ בְשָׂפָה יִפְתְּחוּ שְׂפָתַיִם:

לִי הוּא. לְעַצְמִי קְנִיתִים עַ »י שֶׁהִכֵּיתִי בְּכוֹרֵי מִצְרַיִם:

13 :3

Souviens-toi de ce jour-là Ceci nous apprend que l’on doit chaque jour rappeler la sortie d’Egypte (Mekhilta).

זָכוֹר אֶת הַיּוֹם הַזֶּה. לִמֵּד שֶׁמַּזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בְּכָל יוֹם:
13 :8

C’est pour cela Afin que je puisse accomplir Ses mitswoth comme celles du sacrifice pascal, de la matsa et des herbes amères que voici.

Hachem a agi pour moi Allusion à la réponse à donner au fils méchant : « Hachem me l’a fait à moi, pas à toi ! Si tu avais été là-bas, tu n’aurais pas mérité d’être sauvé » (Mekhilta).

בַּעֲבוּר זֶה. בַּעֲבוּר שֶׁאֲקַיֵּם מִצְוֹתָיו כְּגוֹן פֶּסַח מַצָּה וּמָרוֹר הַלָּלוּ:

עָשָׂה ה’ לִי. רָמַז תְּשׁוּבָה לַבֵּן הָרָשָׁע לוֹמָר עָשָׂה ה’ לִי וְלֹא לְךָ שֶׁאִלּוּ הָיִיתָ שָׁם לֹא הָיִיתָ כְּדַאי לִגָּאֵל (מְכִילְתָּא):

13 :9

Ce sera pour toi comme un signe La sortie d’Egypte sera pour toi comme un signe sur ta main et comme mémorial entre tes yeux. Tu écriras ces chapitres et les attacheras à la tête et au bras.

Sur ta main La gauche. C’est pourquoi le mot yadekha (« ta main ») est écrit plus loin (verset 16) avec la lettre hé en finale, pour t’apprendre que c’est la main la plus faible (Mekhilta, Mena‘hoth 37a).

וְהָיָה לְךָ לְאוֹת. יְצִיאַת מִצְרַיִם תִּהְיֶה לְךָ לְאוֹת עַל יָדְךָ וּלְזִכָּרוֹן בֵּין עֵינֶיךָ רוֹצֶה לוֹמָר שֶׁתִּכְתּוֹב פָּרָשִׁיּוֹת הַלָּלוּ וְתִקְשְׁרֵם בָּרֹאשׁ וּבַזְּרוֹעַ:

עַל יָדְךָ. עַל יָד שְׂמֹאל לְפִיכָךְ יָדְכָה מָלֵא בְּפָרָשָׁה שְׁנִיָּה לִדְרוֹשׁ בָּהּ יָד שֶׁהִיא כָּהָה:

13 :14

Lorsque ton fils t’interrogera demain Il existe un « demain » qui est immédiat, et un « demain » qui est lointain, comme celui-ci et comme cet autre : « afin que vos fils ne disent pas “demain” à nos fils » (Yehochou‘a 22, 27), à propos des descendants de Gad et de Reouven (Mekhilta).

Qu’est-ce que cela C’est l’enfant simple qui est incapable de poser une question élaborée et qui reste dans le vague : « Qu’est-ce que cela ? ». Un autre enfant demandera ailleurs : « Que sont les témoignages, et les statuts et les ordonnances ? » (Devarim 6, 20). C’est la question de l’enfant intelligent. La Tora emploie le langage de chacune des quatre catégories d’enfants : le simple, le méchant, celui qui ne sait pas poser de questions et celui qui interroge intelligemment.

כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר. יֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא עַכְשָׁיו וְיֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא לְאַחַר זְמָן כְּגוֹן זֶה וּכְגוֹן מָחָר יֹאמְרוּ בְנֵיכֶם לְבָנֵינוּ דִּבְנֵי גָּד וּבְנֵי רְאוּבֵן:

מַה זֹּאת. זֶה תִּינוֹק טִפֵּשׁ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהַעֲמִיק שְׁאֵלָתוֹ וְסוֹתֵם וְשׁוֹאֵל מַה זֹּאת וּבְמָקוֹם אַחֵר הוּא אוֹמֵר מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים וְגוֹ’ הֲרֵי זֹאת שְׁאֵלַת בֵּן חָכָם. דִּבְּרָה תּוֹרָה כְּנֶגֶד אַרְבָּעָה בָּנִים. תָּם רָשָׁע וְשֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִשְׁאוֹל. וְהַשּׁוֹאֵל דֶּרֶךְ חָכְמָה:

13 :16

Et pour fronteaux entre tes yeux Ce sont les tefilin. On les appelle totafoth (« fronteaux ») parce qu’elles comportent quatre cases. En effet, le mot tat veut dire : « deux » en langue katpi et le mot foth veut dire : « deux » en langue afriki (Sanhèdrin 4b). Le grammairien Mena‘hem classe ce mot dans la même catégorie que : « parle (wehatéf) au midi » (Ye‘hezqel 21, 2) et que : « ne parlez (tatifou) pas » (Mikha 2, 6). Il s’agit d’une incitation à parler, tout comme le « mémorial » (verset 9) est une incitation à se souvenir : En voyant les tefilin fixées entre les yeux, on « se souviendra » du miracle et on en « parlera ».

וּלְטוֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ. תְּפִלִּין וְעַל שֵׁם שֶׁהֵם אַרְבָּעָה בָּתִּים קְרוּיִן טוֹטָפוֹת טָט בְּכִתְפֵי שְׁתַּיִם פַּת בְּאַפְרִיקֵי שְׁתַּיִם וּמְנַחֵם חִבְּרוֹ עִם וְהָטֵף אֶל דָּרוֹם.

Rester vraiment vivants

Comme le dit Boris Cyrulnik, la cause du traumatisme des enfants, ce n’est pas les attentats. Les bombes provoquent des morts, mais c’est la désorganisation sociale et émotionnelle qui provoque des traumatismes. Il poursuit en soulignant que l’ « attachement secure » (le fait de se sentir en sécurité dans une relation humaine) et la possibilité de verbaliser sont les clefs de la résilience.

Certains d’entre nous, la police, l’armée, s’occupent du danger au niveau collectif. D’autres, les médecins, les infirmiers, prennent en charge les blessures du corps. Certains sont des spécialistes des soins de l’âme, ce sont des psychologues, des thérapeutes. L’amitié et la chaleur d’être ensemble, nous aident à surmonter certains traumatismes. Nos traditions spirituelles, religieuses ou laïques, nous aident à renouer avec le sens de nos vies.

Notre tradition, le judaïsme, nous contraint à prendre toute la mesure de notre devoir de « protéger nos âmes ». Nous devons nous défendre si nous sommes attaqués. Nous devons chercher la paix et la poursuivre sans cesse. Nous devons aussi être là pour nos sœurs et frères juifs et nos sœurs et frères humains.

Dans le cadre de notre synagogue, nous cherchons des moyens d’être présents à notre identité humaine et à la solidarité « inter-familles » qui s’impose en ces circonstances. Comme Dieu le dit à Avraham dans la paracha leH léHa : « Par toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Si vous êtes intéressés par des actions interconvictionnelles, je vous invite à prendre contact avec moi.

D’une façon plus centrée, nous sommes également tenus par un certain nombre de commandements, qui nous enjoignent de prendre soin les uns des autres et de prendre soin de nous-mêmes dans le cadre spécifique de notre tradition.

Je voudrais en mentionner trois : La bénédiction de la générosité, la bénédiction des miracles et le commandement de profiter de chaque instant de la vie. En hébreu : Birkat hagomel, birkat hanissim et mitsvat véassou lahem. Ceux qui savent ce dont je parle, me pardonneront je l’espère la liberté de ma traduction, ils admettront peut-être que ces mots sont difficilement traduisibles.

Nous allons nous concentrer aujourd’hui sur birkat hagomel, la bénédiction de la générosité.

Cette bénédiction doit être prononcée en présence d’un minian, lorsqu’on a échappé à un danger grave. On a coutume de la dire après être monté à la Torah, à l’occasion de l’office du samedi matin. Le Talmud BeraHot 54b enseigne : « Quatre types de personnes doivent dire cette bénédiction : Ceux qui ont voyagé en mer, ceux qui ont traversé des déserts, ceux qui étaient malades et ont guéri, ceux qui ont été emprisonnés puis libérés. »

ארבעה צריכים להודות – יורדי ים, הולכי מדבריות, מי שהיה חולה ונתרפא, ומי שהיה חבוש בבית האסורים ויצא

Le choulHan arouH souligne que les quatre initiales Havouch (prisonnier) Yssourin (souffrance) Yam (mer) et Midbar (désert) forment le mot « Haym » qui signifie la vie.

Nous pouvons considérer que le fait d’être en vie est un miracle, nous le répétons tous les jours dans la amida, et nous ne savons pas à chaque instant à quoi nous devons notre salut. Nous devons d’être vivants aujoud’hui à des miracles de la médecine, des miracles de la nature, au mérite de notre organisation sociale, à la chaleur de nos amis, à la bienveillance de celui-ci ou de celle-là qui nous a tendu la main au bon moment. Combien de dangers connus et inconnus de nous avons-nous traversés pour être encore en vie, ici, ensemble, ainsi que nous le disons avant la lecture de la Torah : « ואתם הדבקים בה’ אלהיכם חיים כולכם היום »., et vous qui vous attachés à l’Eternel votre dieu, vous êtes tous en vie aujourd’hui, en vie, c’est-à-dire en pleine conscience de notre présence ici et maintenant.

Nous disons Birakat hagomel, la bénédiction de la générosité, lorsque nous avons échappé à un danger. Cela nous donne l’occasion de repenser au danger dans le cadre le plus sûr, le cadre de la synagogue qui est notre maison, le cadre de la synagogue qui est notre famille.

Nous disons :

בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַגּוֹמֵל לְחַיָּבִים טוֹבוֹת, שֶׁגְּמָלַנִי כָּל טוּב

Tu es une bénédiction Eternel notre dieu , roi du monde, qui distribue généreusement ses bienfaits à ceux qui sont sans mérite, et qui m’a généreusement distribué tout ce qui est bon.

BarouH ata adonaï hagomel laHayavim tovot

En effet, vivre n’est pas tellement un droit, c’est surtout un privilège, rien ne nous est dû, mais au contraire nous avons le devoir d’employer nos vies de la meilleure façon.

L’assemblée nous répond :

אָמֵן, מִי שֶׁגְּמַלְּךָ‏ כָּל טוּב, הוּא יִגְמָלְךָ כָּל טוּב סֶּלָה

Je place ma confiance dans ce fait, Celui qui t’a généreusement distribué toutes ses bontés continuera à te donner généreusement tout ce qui est bon, un point c’est tout.

Amen, michégmaleH(Ha) kol touv hou YgmaleH(Ha) kol touv sela

 

Nous avons confiance dans le fait que nos vies ont un sens. Le fait d’être en vie nous oblige, en tant qu’humains, de même que le fait d’être sortis de l’esclavage nous oblige, en tant que juifs. Nous ne saurons pas comment il se fait que nous sommes en vie aujourd’hui, nous et pas d’autres, mais nous savons que c’est à nous de tirer le meilleur des opportunités qui se présentent à nous, et à la première de nos chances qui est celle d’être là, actifs, dans ce monde.

Un autre privilège, c’est celui d’appartenir à des familles génétiques et à des familles d’idées qui nous apportent le sentiment de chaleur humaine qui permet de surmonter les épreuves.

Il est de notre devoir de venir prononcer Birkat hagomel lorsqu’on a échappé à un danger, et aussi de notre devoir d’entourer les « rescapés de la vie » quand ils ont échappé à un danger. Les rescapés de la vie, c’est nous tous, tôt ou tard, lorsque l’occasion se présente.

Nous pourrons commencer par prononcer cette bénédiction tous ensemble ce chabbat.

Que nos synagogues soient pour nous des lieux d’attachement en toute confiance, que nos relations communautaires soient des occasions de verbalisation, pour que nous restions entiers, vraiment vivants, à travers les épreuves d’aujourd’hui, mais aussi à travers les complications personnelles.

Amen

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression

Mes dernières paroles seront : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Si autre chose sortait de ma bouche, j’aimerais que vous entendiez quand même ces mots : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad ».

Ils signifient que je peux mourir, mais que ma foi en l’humanité ne le peut pas.

Je tiens à le dire publiquement aujourd’hui, car aujourd’hui, nous voyons ce qui se passe autour de nous et nous savons que nous pouvons mourir de façon imprévue.

Nous savons aussi que cela ne se produira sans doute pas.

Mais nous savons aussi que même si cela ne se produit pas, notre conscience du danger a un impact sur nous.

Nous voulons que cet impact soit un impact positif, qui nous rende plus sage à chaque instant et plus aptes à profiter de la vie et à agir en conformité avec nos croyances.

Le juif bien aimé d’un roi, forcé de le condamner à mort, eut la « chance » de pouvoir choisir sa mort. Il a choisi : Il voulait mourir de vieillesse.

Georges Brassens dans sa chanson « mourir pour des idées » fait le même choix : il faut défendre ses idées en vivant, s’il faut mourir, ce sera « de mort lente ».

J’espère que nous mourrons tous de vieillesse dans très longtemps.

En attendant, nous sommes vivants, comme le dit la bénédiction qui introduit la lecture de la torah : vous qui vous liez profondément à vos valeurs, à l’amour du prochain et à la justice, « vous êtes tous vivants aujourd’hui », Haïm koulHem hayom.

Nous sommes vivants, et nous partageons ce moment du chabbat, cet îlot de paix que rien ne peut atteindre.

La paix et la joie, l’amour du prochain sont nos moteurs.

Le chabbat est le moment du retour à la paix, à la joie, et à l’amour du prochain.

Bien sûr, nous avons les yeux ouverts sur le monde, nous savons que tout ceci est une utopie.

Mais cette utopie parfois se réalise, en certains moments, et nous sommes là ce soir.

Ce qui arrive en ce moment n’est pas exceptionnel.

Au vu de l’histoire en général, ce n’est que trop connu.

Au regard de l’histoire juive, il n’y a aucune surprise.

De tous temps, la dignité humaine est bafouée, « toujours debout le héros attire la foudre », comme le disait Gilles Vigneault.

De tous temps et dans toutes les civilisations, il y a des héros de l’histoire, qui tiennent haut la bannière de la liberté identitaire.

Sur la bannière de l’identité humaine figurent tous les êtres humains.

Les croyants et les laïcs, les pratiquants et les athées, ceux qui ont une large vision du bien commun, et ceux dont la vision est plus étroite, les gens forts, les gens perdus, les gens tristes, les gens heureux, les gens fédérés et les gens solitaires.

Nous sommes tous sur la bannière de la dignité humaine. Nous devons tous la tenir haut.

La dignité humaine est le symbole de la royauté divine. Ou le contraire peut-être, la royauté divine est le symbole de la dignité humaine. Prenez-le comme vous voudrez.

Le sacré, c’est l’humain, c’est les individus, c’est nous et notre capacité de faire advenir un mieux.

Que sommes-nous ? Qu’est-ce que notre vie notre sagesse, notre force ? Devant l’histoire, devant notre responsabilité, les plus sages ne sont-ils pas comme le néant, les savants comme sans intelligence ?

Mais nous sommes tes enfants, les enfants de ton alliance, nous sommes alliés au « divin » quel qu’il soit, dans la défense de la dignité humaine. Voilà ce que nous disons tous les jours dans la prière du matin et aujourd’hui plus que jamais. Car nous sommes alliés à nos frères et à nos sœurs humains, dont le corps est sacré, dont le corps physique représente l’image de dieu, car nous considérons que la vie humaine dans sa vulnérabilité, dans sa matérialité, notre corps a été créé à l’image de dieu, porter atteinte au corps, c’est le blasphème ultime, un coup fatal à l’image du créateur.

Nous sommes les enfants de l’alliance. Nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles.

L’histoire a prouvé qu’on pouvait tuer les juifs, tuer beaucoup de juifs, mais qu’on ne pouvait pas tuer nos idéaux.

Et cela est valable pour toute personne, pour tout héros de l’histoire, et pour toute héroïne, de l’histoire juive et de l’histoire universelle, pour tous les personnages qui nous inspirent et dont nous transmettons la mémoire aux générations futures.

C’est cela que nous raconte l’histoire de rabbi Akiva.

Alors qu’il était supplicié par les romains, sa peau arrachée à l’aide de peignes, il s’approchait de sa fin. Mais le soir tombait, il était temps de dire le chéma. Il prononça alors la première phrase du chéma : chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute Israël l’eternel est notre dieu l’eternel est un.

L’histoire pourrait s’arrêter là. La morale serait : soyez héroïques comme Rabbi Akiva et respectez les commandements.

Mais l’histoire continue.

Car les élèves de rabbi Akiva s’insurgent. Ils l’interpellent. Comment ! Il faut aller jusque là ?! Il faut dire le chéma israel sous la torture !? Ce serait inhumain d’exiger une chose pareille !

Rabbi Akiva leur répond. Il ne dit pas que c’est obligatoire, il dit que telle est sa volonté. Pendant des années il a répété matin et soir, répété que sa dignité d’être humain était plus forte que toutes les atteintes, répété qu’il ne trahirait pas ses valeurs, même au péril de sa vie. Mais il ne savait pas si c’était vrai.

Comment savoir si nous serons à la hauteur à nos derniers moments ?

Alors pour rabbi Akiva, ces derniers moments sont venus, et il était capable de prononcer ces mots puissants, plus puissants que toutes les armées romaines.

C’est cela qu’il répond à ses élèves.

Une voix descend du ciel et annonce : rabbi Akiva a accédé à la vie éternelle.

Car aujourd’hui encore il est notre exemple et notre référence, au même titre que tous les héros de l’histoire.

Rabbi est tombé.

Mais quand un ami tombe, un ami sort de l’ombre à sa place.

Comme le dit le chant des partisans : rabbi si tu tombes un rabbi sort de l’ombre à ta place.

Seuls, nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensembles, nous sommes puissants et invincibles.

Alors soyons ensemble, avec nos frères et sœurs proches et éloignés, avec nos alliés de ce temps et ceux des temps passés, et comme au Sinaï, convoquons avec nous les générations futures.

Que les générations futures, la pensée de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir nous protège des erreurs, du repli, de céder à la peur.

J’ai parfois peur et parfois je suis juste insensible à la peur comme anesthésiée.

Je sais que je vais mourir un jour, et j’espère que ce sera dans longtemps.

J’ai un très fort sentiment du privilège qui est le nôtre, d’être porteuse avec chacun de vous de valeurs qui nous sont chères.

Si je devais mourir misérablement, alors considérez plutôt que mes derniers mots seront chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute israel la vérité sacré de la dignité humaine est unique dans le temps et l’espace.

Seuls, nous sommes faibles et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles. Soyons ensemble.

Allumons la poudre qui enflammera l’identité citoyenne, car les militants de l’identité humaine peuvent se multiplier bien plus vite que les exactions terroristes.

Voilà mon testament : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Il n’y a qu’un seul dieu, celui qui exige que chaque être humain puisse VIVRE pour ses idées, celui qui nous demande d’être bons avec nous-mêmes et avec notre prochain, c’est le même pour tous les défenseurs de la liberté.

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression.

Rabbin Floriane Chinsky – MJLF Surmelin

Hanouka!

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hanouka

La paracha pour parler de la vie… VayichlaH

VayichlaH, il envoya

La dispute entre Jacob et Esaü était lourde et violente. Jacob avait dû partir, sa mère Rébécca devait l’envoyer chercher une fois la colère de son frère Esaü apaisée. 20 ont passé. Rébecca n’a pas rappelé Jacob. Au cours de ces 20 années, Jacob a épousé deux femmes et leurs deux servantes, il est devenu le propriétaire de nombreux troupeaux, il est le père de 12 enfants (11 fils et une fille). Malgré ces années et ces événements, la colère reste vive entre les deux frères. Jacob décide de faire face aux vieilles querelles et de revenir.

Qu’en pensez-vous ? Est-il normal d’avoir des querelles familiales ? Est-il simple de s’accorder avec ses frères et sœurs ? Est-il normal que les querelles durent ? Faut-il fuir la dispute, comme Jacob l’a fait, et dans quelles circonstances ? Faut-il revenir et faire face aux désagréments, comme le fait maintenant Jacob ?

Jacob va mettre en place différentes stratégies pour se protéger de la colère de son frère. Il lui envoie des cadeaux, il divise ses possessions pour éviter que tout puisse être détruit d’un seul coup, il se prépare à se défendre physiquement.

Qu’en pensez-vous ? Quelle est/ quelles sont les bonnes façons de se protéger ? Lesquelles sont préférables ?

Finalement, lorsque Jacob retrouvera Esaü, ils tomberont dans les bras l’un de l’autre.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce crédible ? Qu’est-ce qui a pu provoquer l’apaisement d’Esaü ? Ils ne parlent pas du passé. Est-ce sain ?

Ils se sépareront ensuite, mais se retrouveront au moment de la mort de leur père Isaac.

Qu’en pensez-vous ? Pourquoi se sont-ils séparés ? Quand les grands-parents meurent, comment les enfants reprennent-ils le flambeau ? Chez qui célèbre-t-on PessaH quand les grands parents ne sont plus là pour rassembler tout le monde ?

Comment accompagner nos jeunes vers l’âge adulte?

Nous voulons le meilleur pour nos enfants.
Bientôt, ils prendront leur envol, riches de tout ce que nous aurons pu leur donner.
Notre rôle aura évolué, ce ne sera plus le temps du soutien protecteur, mais celui de la liberté et de la confiance.

Cette transition est un passage riche de sens pour tous les parents.
Nous savons aussi qu’il est d’une très grande importance pour nos enfants.
En célébrant leur Bar ou leur Bat Mitsva, nos jeunes ont l’occasion de mettre à l’épreuve leur courage et leur persévérance, de développer une vision personnelle de l’identité juive et de l’identité humaine et de la partager avec parents, amis et enseignants. Ils et elles prennent le rôle central sur la scène de leur vie adulte. En célébrant leur Bat ou Bar Mitsva, ils nous installent à la place du spectateur. A eux le devoir de prendre ce risque, à nous d’en faire une réussite dont ils s’en souviendront toujours. Ce succès les encouragera à toujours rebondir dans les épreuves de la vie.

La tradition juive accompagne cette transition fondamentale.
En les suivant dans ce processus, nous leur montrons que nous serons toujours là pour eux, nous les invitons à prendre place sur les épaules des géants et à voir plus loin, à s’appuyer sur la sagesse juive millénaire pour se projeter dans un avenir qui reste à construire.

Le jeune apprend les prières ?
C’est pour en prendre la direction, nous répondrons « Amen ».
Il apprend l’hébreu ?
C’est pour donner une voix à un texte rédigé bien avant que la langue française n’existe, pour le vocaliser au présent, pour affirmer la continuité de l’écrit juif qui a inspiré les monothéismes comme les acquis laïcs.
Il apprend l’histoire juive ?
C’est pour en devenir l’enseignant actif dans sa dracha.

Nous ne savons pas ce que sera l’avenir de nos enfants. Mais nous savons qu’ensemble, nous voulons leur faire ce merveilleux présent : nous tenir à leurs côtés dans ce moment fondateur de leur vie.

Ce faisant, nous faisons au judaïsme de demain le cadeau d’affirmer le principe d’égalité, le principe de générosité et ouverture dans l’accueil, et celui de la recherche permanente de l’excellence pédagogique. Ils sont les clefs de notre avenir en tant que peuple.

Rabbin Floriane Chinsky

L’enseignement oral, plus important que la Torah elle-même?

Après ces trois séances de « CultureJ », nous ressortons de cette immersion dans l’enseignement oral lui-même et dans son histoire avec le sentiment de la beauté et de la spécificité de notre tradition.

Nous comprenons que d’autres traditions religieuses ou spirituelles cherchent avant tout une vérité simple et rassurante, et nous comprenons qu’elles ne recherchent pas l’appel à la responsabilité et le relativisme que notre tradition nous enseigne.

A travers le paradoxe de notre mortalité, à au cours de notre quête de logique qui se heurte aux lacunes de la science, nous avons, en tant qu’espèce, recherché des sécurités et les religions sont parfois au coeur de cette recherche. Nous avons vu que la tradition juive nous invite au courage et au refus ce ces simplifications.

Nous avons brièvement évoqué le fait que les rythmes du temps juif sont peut-être l’élément rassurant qui nous permet de renoncer à la sécurité du dogme.

A partir de la prochaine séance, nous nous pencherons sur le temps juif et rechercherons la façon dont il nous guide dans le courage de la responsabilité et dont il nous accompagne dans notre besoin de sécurité affective.

Alors, la préséance de l’enseignement oral, est-ce une notion facile à appréhender? Que signifie cette oralité pour notre temps? J’attends avec impatiences vos idées, vos remarques sur le cours pour ceux qui y ont assisté, et votre avis ou d’autres sources pour tout le monde!

A très bientôt!

(pour retrouver le résumé du cours, cliquez ici, pour voir les documents préparatoires du cours suivant, cliquez ici)

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CultureJ: Enseignement oral 3/3 : protéger la spécificité juive

Nous allons conclure demain notre trilogie sur l’enseignement oral comme pierre fondatrice de la spécificité juive.
A cette occasion, nous verrons des midrachim qui reflètent cette réalité face aux atteintes du Karaisme et des premiers chrétiens ainsi que quelques éléments tirés du présent, à travers les idées des « juifs pour jésus » et de certains extrémistes musulmans.
Tout cela dans l’amour de l’étude et le plaisir d’être ensemble!
Accueil: 19h45 (boissons, et tout ce que vous voudrez amener 🙂
pré-cours: 19h40: quelques mots d’hébreu
Cours de 20h à 21h30
Différents éléments concernant le cours sont disponibles ici:

Célébrons les miracles de demain !

Reprenez votre toupie de Hanouka. Les lettres noun, guimel, hé, ornent trois de ses côtés. Elles représentent les mots Ness (un miracleנס), Gadol (grand גדול), haya (il y eut היה). Mais quelle est la quatrième lettre ? S’agit-il d’un Pé pour Po (ici פה, pour les toupies israéliennes) ou d’un Chin pour Cham (là-bas שם, pour les françaises) ?

L’allumage des bougies à nos fenêtres a pour but la publication DU miracle. « LE miracle » ? Oui, mais lequel ?

Célébrons-nous le prodige d’une huile qui brûle sans se consumer, la ménorah du Temple à l’époque hasmonéenne, d’après le Talmud ? La victoire sur des ennemis plus nombreux, les makabim ayant vaincu les grecs, comme dans le Al hanissim ? La ré-inauguration du Temple, selon le livre des makabim ? Notre survie physique et spirituelle malgré les épreuves de l’histoire ? La renaissance de l’Etat d’Israël ? Célébrerons-nous également les petits miracles du quotidien, celui d’une personne qui franchit pour la première fois le seuil d’une de nos synagogues, d’un enfant qui trouve le courage de prendre sa place le jour de sa Bar/bat Mitsva, celui d’une main qui se tend quand on en a besoin ?

Nous chanterons cette année encore « sévivon sov sov » en famille et en communauté. Finirons-nous la chanson par « un grand miracle eut lieu là-bas », en Israël ou « ici », en France, et dans tous les pays ou l’existence juive poursuit son cours? Penserons-nous uniquement aux miracles de ces jours-là,  בימים הה, ou également à ceux qui se déroulent à notre époque, בזמן הזה ? A ceux réalisés par nos ancêtres pour que nous existions ? Ou à ceux qui restent à accomplir pour faire vivre un judaïsme de bonheur et d’engagement pour les générations futures ?

L’idéal juif est encore en chemin, et nous en sommes les porteurs.

Hag Ourim SaméaH ! Bonne fête des lumières ! Bonne construction communautaire !