A-t-on le droit d’exister même quand on est « immoral » ?
Les religions peuvent parfois nous culpabiliser, mais ce n’est pas obligatoire. Avons-nous besoin d’être parfaits pour être acceptables et pour être libres ? Devons-nous être « grands » pour être entendus ? La réponse doit être négative, car si nous attendons d’être parfaits pour nous exprimer, nous resterons silencieux. Pour autant, devons-nous rester enfermés dans nos limitations ?
Le talmud nous invite à accepter où nous en sommes, tout en nous projetant vers une meilleure version de nous-mêmes.
Nous verrons donc dans notre sougia de mercredi prochain comment le midrach présente les conditions de l’existence de l’Homme et l’importance de sa mise en mouvement.
(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci. )
Pour nous rejoindre au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h , contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.
Rabbi Simon a dit quand HKBH est venu pour créer adam harichon les anges du service se sont constitués en partis et en groupes certains disent qu’il ne soit pas créé d’autres disent qu’il soit créé c’est ce qui est écrit la grâce et la vérité se sont rencontrés la justice et la paix se sont embrassés la grâce a dit qu’il soit créé car il pratique le gmilout hassadim= le don gracieux la vérité a dit qu’il ne soit pas créé car il n’est que mensonges la justice a dit qu’il soit créé car il fait des dons la paix a dit qu’il ne soit pas créé car il n’est que bataille que fit HKBH il a pris la vérité et l’a envoyée à terre c’est ce qui est écrit il envoya la vérité à terre les anges du service ont dit à HKBH maître des mondes comment tu méprises ton sceau que monte la vérité de la terre comme il est dit la vérité fleurira de la terre.
Rabbi Chmouel fils de NaHman au nom de Rabbi Yonatan a dit au moment où Moïse a écrit la torah il écrivait la création de chaque jour quand il arriva à ce verset où il est dit et l’Eternel dit faisons adam à notre image et à notre ressemblance il a dit devant lui maitre du monde comment tu donnes une occasion de critique aux sectes il lui dit écris et que celui qui veut se tromper se trompe il lui a dit HKBH Moïse cet humain que j’ai créé je n’en fait pas des grands et des petits que si vient un grand pour demander l’accord d’un plus petit que lui et il dit pourquoi je devrais prendre l’accord d’un plus petit que moi et ils lui répondent apprends de ton créateur qui a créé les élevés et ceux du bas quand il est venu créer l’humain il a été élu par les anges du service.
אמר רבי סימון: בשעה שבא הקב »ה לבראת את אדם הראשון, נעשו מלאכי השרת כיתים כיתים, וחבורות חבורות, מהם אומרים: אל יברא, ומהם אומרים: יברא, הדא הוא דכתיב (תהלים פה): חסד ואמת נפגשו צדק ושלום נשקו.חסד אומר: יברא, שהוא גומל חסדים. ואמת אומר: אל יברא, שכולו שקרים. צדק אומר: יברא, שהוא עושה צדקות. שלום אומר: אל יברא, דכוליה קטטה.
מה עשה הקדוש ברוך הוא? נטל אמת והשליכו לארץ, הדא הוא דכתיב (דניאל ח): ותשלך אמת ארצה.
אמרו מלאכי השרת לפני הקב »ה: רבון העולמים! מה אתה מבזה תכסיס אלטיכסייה שלך?
תעלה אמת מן הארץ, הדא הוא דכתיב (תהלים פה): אמת מארץ תצמח.
רבי שמואל בר נחמן בשם רבי יונתן אמר: בשעה שהיה משה כותב את התורה היה כותב מעשה כל יום ויום, כיון שהגיע לפסוק הזה שנאמר: ויאמר אלהים נעשה אדם בצלמנו כדמותנו.
אמר לפניו: רבון העולם מה אתה נותן פתחון פה מינים אתמהא?! אמר לו: כתוב והרוצה לטעות יטעה.
אמר לו הקב »ה: משה! האדם הזה שבראתי לא גדולים וקטנים אני מעמיד ממנו?! שאם יבא הגדול ליטול רשות מן הקטן ממנו, והוא אומר מה אני צריך ליטול רשות מן הקטן ממני?! והן אומרים לו: למוד מבוראך, שהוא ברא את עליונים ואת התחתונים, כיון שבא לבראת את האדם נמלך במלאכי השרת.
Quel est le prix à payer pour créer l’Humain ? Qu’en pensent les ‘anges’ ? Que symbolisent-ils ici ? Quel exemple donnent-ils à l’être humain ?
Les personnes vivant en couple sont liées par une communauté de destin; ce qui implique un engagement consenti d’entraide et de solidarité entre elles.
Cet engagement ne doit pas se faire au détriment de la liberté individuelle compatible avec la vie de couple. D’autre part, il ne doit pas se pratiquer dans l’hypocrisie. L’entraide est une forme de générosité désintéressée qui respecte l’épanouissement des membres du couple.
La paracha Vayéra aborde le principe d’entraide et de solidarité dans le couple en nous dévoilant certains points des relations qu’entretiennent Abraham et Sarah. Les époux, comme les frères et sœurs, sont un peu responsables les uns des autres. Nous disons « tout Israël est garant l’un de l’autre ». Caïn a nié cette solidarité en tuant son frère, et en interpelant « Dieu »: « Suis-je la gardien de mon frère? ». Qu’en est-il dans notre paracha? Abraham a-t-il été le gardien de sa femme, Sarah ?
Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !
La paracha Vayéra du sefer Béréchit (Genèse) 18:1 à 22:24 et le couple Abraham-Sarah
Le couple Abraham-Sarah (qui, en début de paracha précédente, se nommait Abram-Saraï) doit retenir toute notre attention. Ce couple, par ses relations insolites, est un sujet de réflexion important sur la vie à deux.
Deux éléments de la vie de couple d’Abraham et de Sarah sont à relever.
~Premier élément : Abraham demande à Sarah de le protéger dans les situations périlleuses, pour cela, il faut qu’elle se présente comme sa sœur et non comme son épouse (ce qui est en partie vrai : Abraham et Sarah sont de même père, mais de mères différentes. Béréchit chap 20, verset 12).
Ce fut une première fois en Égypte (Paracha LèH LéHa), quand Abram prit conscience que Saraï était belle et attirante, et qu’il risquait d’être tué lors d’un éventuel rapt de Saraï.
Béréchit 12:11 à 12:13. Quand il fut sur le point d’arriver en Égypte, il dit à Saraï son épouse: « Certes, je sais que tu es une femme belle d’apparence…Il arrivera que lorsque les Égyptiens te verront, ils diront ‘c’est sa femme’, et ils me tueront, et ils te conserveront en vie…Dis, je te prie, que tu es ma sœur; et cela ira bien pour moi à cause de toi, car j’aurai grâce à toi la vie sauve. »
Ceci ce reproduit dans la paracha Vayéra avec AbiméleH, roi philistin de Guérar où Abraham souhaite résider.
Béréchit 20:1 à 20:2. Abraham quitta ce lieu pour le pays du Néguev; il s’établit entre Cadès et Chour et séjourna comme étranger à Guérar…Abraham disait de Sarah, sa femme, « Elle est ma sœur ». Là-dessus AbiméleH, roi de Guérar, envoya prendre Sarah.
Ici la solidarité s’exerce de façon surprenante, contraire à la logique et à la bienveillance. L’épouse se charge de protéger un mari qui ne se consacre pas vraiment à sa protection. En conséquence, Dieu intervient pour protéger lui-même Sarah. Et en acceptant de protéger Abraham, Sarah obtient la bénédiction divine sans l’avoir recherchée.
~Deuxième élément : Sarah se comporte de façon très discrète et effacée. Elle ne veut absolument pas se mettre en avant. Dans les versets suivants « Dieu » interpelle Abraham puis Sarah, par l’intermédiaire de 3 anges d’apparence humaine, pour annoncer qu’un fils naîtra prochainement de leur couple.
Béréchit 18:9 à 18:15. Ils lui dirent: « Où est Sarah, ta femme? » Il répondit: « Elle est ici, dans la tente »…L’un d’eux reprit: « Je reviendrai à toi l’année prochaine, à pareille époque et voici, un fils sera né à Sarah, ton épouse ». Or, Sarah écoutait à l’entrée de la tente qui se trouvait derrière lui…Mais, Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge et les règles avaient cessé pour Sarah…Aussi, Sarah se mit-elle à rire en elle-même en disant: « Flétrie par l’âge, ce bonheur me serait-il réellement possible? D’ailleurs, mon époux est un vieillard. »..Alors, l’Éternel dit à Abraham: « Pourquoi Sarah a-t-elle ri en disant: est-ce-que vraiment j’enfanterai, âgée que je suis?..Est-il rien d’impossible à Dieu? Au temps fixé, à pareille époque, je te visiterai et Sarah aura un fils »…Mais Sarah se mit à nier en disant: « Je n’ai pas ri ». Elle avait peur. L’Éternel répondit à Sarah: « Mais si ! tu as bel et bien ri. »
Tout au long de ces versets, Sarah reste en arrière. Il lui semble naturel qu’Abraham, son époux, soit l’interlocuteur direct des anges envoyés par Dieu. Sarah fait preuve d’abnégation et d’humilité. Son rire discret n’est pas ironique, il traduit simplement sa surprise. De cette façon, Sarah manifeste aussi la négation de ses sentiments. Elle rit car elle a du mal à réaliser que l’Éternel puisse s’intéresser autant à elle. Cela lui semble inconcevable. Afin de dissiper le doute dans son esprit et l’encourager à s’affirmer, l’Éternel décide de s’adresser directement à elle. Sarah devient alors une personnalité du peuple hébreu à part entière.
En relatant ces faits, la Torah nous montre que l’entraide et la solidarité dans le couple ne sont pas univoques. Dans certains cas, il est tout à fait normal que la femme aide l’homme. Ce qui est conforme à la définition du terme « solidarité; » la solidarité impliquant l’interdépendance. Par ailleurs, la Torah aborde la libre expression des sentiments féminins en nous révélant une relation directe entre Dieu et Sarah en rapport avec ses pensées et ses sentiments. L’échange direct entre Dieu et Sarah sera mené à bonne fin, puisqu’un an plus tard, Isaac naîtra. Il aura donc également des répercussions positives sur la vie de couple et sur la vie familiale de nos ancêtres.
Béréchit 21:1 à 21:3. Et l’Éternel pensa à Sarah comme il l’avait dit et fit à Sarah ainsi qu’il l’avait annoncé…Sarah conçut et enfanta un fils à Abraham en sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé…Abraham nomma Isaac le fils qui venait de naître, que Sarah lui avait donné.
Interprétons bien le verset qui va suivre. Ce verset est l’expression directe des sentiments d’une femme, Sarah. Ce qui est rare dans la Torah.
Béréchit 21:6. Alors Sarah dit: « Dieu m’a préparé du rire et quiconque l’apprendra rira de moi. »
La maternité de Sarah, à un âge tardif, est un entremêlement de bonheur et de complexité. Sarah doit se montrer capable de prendre en charge son nouveau-né, en particulier de l’allaiter.
Béréchit 21:7. Elle dit encore « Qui aurait dit à Abraham que Sarah allaiterait véritablement des enfants, vu que je lui ai donné un fils en sa vieillesse? »
Sarah prend sa revanche sur la rumeur publique à double titre. Le Talmud Baba Metsia attire notre attention sur le mot « banim/enfants » (בָנִים) qui est un mot pluriel. L’explication de ce pluriel est la suivante : au cours du banquet donné en l’honneur d’Isaac, l’Éternel a produit l’irrationnel en faveur de Sarah. Toutes les mères présentes se sont soudainement trouvées incapables d’allaiter. Sarah, après sa longue incapacité en ce sens, a eu la grande joie de devoir se substituer à elles. Sarah a alors donné généreusement le sein à tous les bébés présents, des nourrissons aux enfants de 3 ans. Sarah a ainsi rayonné, aux yeux de tous, dans l’accomplissement de sa maternité.
Pour conclure : l’homme doit-il vraiment être le gardien de sa femme ?
En ce qui concerne le couple Abraham-Sarah, Abraham ne s’est pas comporté en gardien de sa femme. L’Éternel s’est substitué directement à lui en faisant de Sarah un personnage de premier plan, en élevant Sarah au statut de princesse et de matriarche du peuple hébreu.
Qu’en est-il aujourd’hui de nos relations de couple ? L’égalité et la solidarité homme/femme ont été instaurées dans notre société. L’homme et la femme, en fonction de leurs moyens, sont devenus réciproquement les gardiens l’un de l’autre, matériellement et moralement. Malheureusement, ce n’est pas le cas dans le monde entier. N’est-ce-pas une injustice à résoudre ?
En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. C’était il y à 500 ans. A l’occasion de cet anniversaire, le monde protestant organise différentes manifestations et festivités. A Lausanne, la série de rencontre prévues a été inaugurée ce soir dans une perspective plus large, permettant d’intégrer les réflexions de l’Islam à travers l’intervention de Haoues Seniguer, de la sociologie avec Philippe Gonzalez, et du judaïsme que j’ai eu la chance de représenter.
Les rencontres extérieures sont une occasion de retravailler nos idées et notre vision, elles permettent de garder le lien entre notre communauté et le monde extérieur. Ainsi, les enseignements que nous développons ne tournent pas en vase clos, au contraire, ils se frottent et s’affutent, s’enrichissent et se développent dans la discussion. Une maHloquèt à grande échelle, qui nous permet de préserver l’articulation entre d’une part notre particularisme, notre identité propre et d’autre part notre sensibilité universelle.
Pierre Gisel, Théologien, chercheur et auteur était le modérateur des débats. Il a introduit le propos en distinguant les réformes internes, mises en oeuvre par l’un ou l’autre groupe, des réformes externes, celles qui peuvent lui être imposées de l’extérieur. Il nous a invité à relire notre propre histoire, à parler des réformes qui ont eu lieu au sein des différentes familles religieuses, et réfléchir à « l’articulation d’une tradition au présent historique » ainsi qu’à l’ « articulation au monde, au social et à la culture de tous ».
Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de prendre la parole pour une vingtaine de minutes et d’évoquer la signification du mot « réforme » et de souligner le caractère drastique de cette notion, par comparaison à d’autres concepts comme le changement ou l’évolution organique. J’ai souligné qu’une réforme entame généralement le début d’une religion nouvelle, comme le christianisme a pu se revendiquer d’une réforme du judaïsme, créant un « nouveau testament » initialement prévu pour remplacer l' »ancien ». De la même façon, la réforme protestante a été le commencement d’une nouvelle façon d’aborder le christianisme. Par opposition, on peut s’interroger sur les évolutions vécues par la tradition juive au cours de son histoire. Il est intéressant de rechercher factuellement quels ont été les grands points d’évolution, il est également important de noter ce que le judaïsme dit de ces changements, la façon dont il les raconte.
D’un point de vue de l’histoire antique d’Israël, qui se confond avec une histoire symbolique, nous parlons sans cesse de voyages et d’évolutions. TéraH quitte Ur, Abram et Saraï quittent Haran, ils changent eux-mêmes de nom pour devenir Abraham et Sarah. Les changements identitaires sont intégrés dans l’histoire mythologique du peuple juif.
Nous passons ainsi d’une tradition patriarcale-nomade à une identité d’esclave et d’oppression en Egypte, puis un voyage dans le désert, puis une rencontre avec une loi, puis une période de 40 ans de construction et de confrontation avec cette loi autour d’un temple portatif, puis une période sous la conduite des juges, puis des rois, puis seulement une époque de centralisation religieuse autour du temple, permettant les grands rassemblements des fêtes de pèlerinage. L’exil en Assyrie met fin à la centralité du culte du Temple, dont la destruction est un terrible choc. C’est la prière et l’étude qui prennent le relais avec l’époque des scribes. Ezra et Néhémie reconstruisent le second temple, qui sera à son tour détruit redonnant un rôle renouvelés à l’étude et à la prière comme points focaux de substitution.
Avec la diaspora et les déplacements des juifs au fil des remous de l’histoire, les influences extérieures seront diverses et créeront des branches légèrement différentes au sein du judaïsme, avec l’influence de l’islam en Afrique du nord pour les juifs séfarades et cette du christianisme en Europe pour les juifs achkénazes. A chaque fois, sans qu’il y ait toujours de « réforme » au sens brutal du terme, il y a des adaptations et des formations renouvelées et créatives des modalités de la pratique juive.
L’émancipation des juifs achkénazes suite aux développements de la révolution française et l’intégration des juifs à la société globale a un défi très difficile. Elle a entrainé des évolutions d’abord assez brutales des modalités de l’être juif au XIXe s. La première de ces modalités a été la disparition pure et simple avec l’assimilation et la perte identitaire, dans une société globale peu ouverte à la diversité. D’une façon très schématique, on pourrait dire également qu’un courant libéral a œuvré pour une adaptation express du judaïsme alors qu’un courant orthodoxe en a pris un contre-pied drastique. Ces courants se sont globalement rapprochés aujourd’hui, tout en gardant leurs différences. La re-création de l’État d’Israël et la Choa ont également été des tournants majeurs dans la façon dont les juifs définissent leur identité.
On voit ainsi que l’histoire du judaïsme, autant son histoire « historique » que son histoire « mythique », intègre des évolutions et des métamorphoses, toutes raccordées par le fil rouge d’une revendication de continuité et par la fidélité à des textes qui restent centraux même lorsque leur interprétation varie.
Il aurait été intéressant de détailler ensuite les outils que le judaïsme a pu utiliser pour intégrer ces changements, de parler de l’installation de YoHanan Ben Zakaï ou des Makabim, de mentionner la rédaction de la Torah orale et ses implications, de noter les outils hilHatiques qui permettent de prendre en considération les évolutions du temps. J’aurais aimé également faire le point sur le judaïsme actuel et sur ce qui faisait la vitalité mais aussi parfois la rigidité du judaïsme en France.
Il était temps d’entendre le sociologue Philippe Gonzalez. Il a entre autre souligné que les fondamentalismes étaient des réformes « modernes et anti-modernes », fondées sur le rejet de la critique historique qu’ils considèrent comme la cause de la perdition de la famille et par conséquent l’affaiblissement général du groupe, qui doit retourner à sa grandeur en conformité avec un grand destin qu’il doit accomplir en tant que groupe « élu ». Pour lui, le désinvestissement de l’Etat dans le religieux entraîne une baisse des moyens et rend difficile la formation de personnes qui ont réellement le temps de penser, favorisant l’émergence de visions rentables à court termes, d’une simple continuation du passé sans projection vers l’avenir. C’est ainsi une « religion de marché » qui apparait, et qui doit être plus concurrentielle qu’inspirante, ceci étant vrai dans les différentes familles religieuses comme dans la recherche fondamentale et l’université. Pour finir, il a rappelé les différents moteurs de la réflexivité: 1 – la tradition fait face à ses réalités historiques et à sa diversité interne; 2 – elle accepte d’être confrontée à la critique historique; 3 – le débat interreligieux contribue à sa prise de recul; 4 – le contact avec l’Etat et 5 – avec la société civile l’invitent à se remettre en question. Selon lui, les religions ont un rôle fondamental à jouer du fait de leur préoccupation du bien commun qui est trop souvent délaissé au profit de visions purement individuelles.
Haoues Seniguer a ensuite pris la parole. Il a brièvement retracé l’histoire des réformateurs de l’islam. Il a noté que la réforme de l’islam était souvent présentée comme la solution ultime de tous les problèmes en France, ce qui est bien sur illusoire. La violence des attentats ne devrait pas pousser à une pression de réforme sur l’islam, qui ne peut évoluer que de l’intérieur. La radicalisation a pour sens premier le fait de « revenir à la racine », ce qui n’est pas intrinsèquement problématique. Pour lui, le Djihadisme est un problème en soi mais reflète surtout l’absence de réflexivité en islam. Se pose la question du statut du texte coranique. Depuis le 7e siècle existe la possibilité d’une prise de recul qui est réactivable, permettant une historicisation et donc une relativisation, une avancée éthique qui peut permettre à chacun une plus grande liberté. Différents courants de réforme coexistent dans l’islam, un courant qui intègre la critique historique, un courant qui distingue ce qui est évolutif de ce qui est immuable avec toute la difficulté de la définition de cet immuable, un courant qui reviendrait à remettre en cause la parole de Dieu, des courants qui veulent revenir aux débuts de l’islam, soit pour les reproduire à l’identique, soit pour les retraduire au présent.
La discussion a pu continuer, à la fois entre les intervenants et avec le public, permettant de donner diverses précisions et de poursuivre notre réflexion concernant notre capacité à prendre du recul vis-à-vis de nos croyances pour pouvoir les examiner non seulement avec notre propre regard, mais aussi pour comprendre ce qu’elles signifient pour autrui.
Réflexion personnelle accompagnée par les sources juives et par notre collectif d’étude (2016-2017) Séminaire Culture J d’automne.
La mort, est notre dernier acte sur terre, notre dernier passage, notre dernière transmission.
Nous vivons nécessairement avec la connaissance de notre fin prochaine. Nous hésitons souvent à parler de la mort, parfois nous nous empêchons d’y penser, sans jamais pouvoir la repousser.
On peut être tenté d’opérer un cloisonnement de la pensée ou des émotions. Ce genre de stratégies a un coût : Il nous coupe d’une partie de nous-mêmes. Notre tradition propose au contraire d’opérer des séparations d’un autre ordre, en délimitant des principes et des cadres protecteurs, qui nous aident à faire face.
Où ? Synagogue Surmelin, 24 rue du Surmelin, 75020 Paris Quand ? 4 mardis soirs en novembre et décembre (15/11 ; 22/11 ; 29/11 ; 6/12) de 20h (accueil 19h30) à 21h30. Inscription doodle : http://doodle.com/poll/rz2reivs5ifxn3wp ; Informations: brigitte.becache@gmail.com
A tout âge, nous voyons des endeuillés monter à la téva et recevoir le soutien de la communauté, en grandissant, nous pouvons nous ouvrir à l’étude des sources juives concernant les lois du deuil, par la suite, nous nous engageons auprès des malades, nous soutenons les endeuillés, et enfin, nous proposons à nos enfants un accompagnement particulier lorsque nous approchons de notre fin, avant leur indiquer de quelle façon nous souhaitons qu’ils continuent à faire vivre notre mémoire.
Lors de ces 4 sessions de séminaire, nous réfléchirons ensemble à ces différentes facettes, qui nous aident à nous confronter au paradoxe de la vie et de la mort.
Ce séminaire sera un séminaire en petit comité, qui se tiendra sur 4 séances consécutives une fois par semaine, en soirée, il comportera des moments d’étude, des moments de partage, et des moments d’introspection, les participants feront preuve de l’ouverture et du calme nécessaire à l’acceptation de l’expression de toutes les attitudes, les positionnement seront des positionnements de réflexions et d’étude, et non pas des prises de positions dogmatiques, autant de la part des participants que du Rabbin.
Nous évoquerons différentes questions dans une perspective concrète, afin que chacun puisse affiner ce qu’il souhaite, et penser à la meilleure façon d’y parvenir.
Nous envisagerons donc les questions suivantes :
• L’importance du soin, protéger la vie
• Le rapport à la douleur/Comment se mesurer à la souffrance
• Être un poids pour soi-même, être un poids pour les autres, conserver le sens de sa vie au maximum
• Les conflits familiaux non-résolus/ Eviter les conflits au moment de l’enterrement
• Le don d’organe et la tradition juive
• Les derniers moments, le chéma israël, le vidouï
• L’enterrement, quelles sont ses fonctions, comment les réaliser
• L’incinération selon la tradition juive
• Parler de la mort à ses enfants, à ses petits-enfants
• Compter pour le monde, « Que notre mémoire soit une bénédiction », « Que notre mémoire soit tissée dans le réseau de la vie »
Quelques mots à propos d’Abraham, le patriarche, qui se nommait alors Abram.
Il y a environ 3900 ans (datation soumise à discussion), Térah (תרח), descendant de Sem et père d’Abram (qui ne se nomme pas encore Abraham), regroupa sa famille et ses proches, dans la ville d’Ur en Chaldée (Mésopotamie). Puis l’ensemble du groupe prit la route pour des raisons non précisées, et s’établit à Haran, ville araméenne, où Térah mourut. Alors, Dieu se manifesta et demanda à Abram de conduire le groupe d’hébreux au pays qu’il lui avait choisi, la terre de Canaan. Contrairement à l’idée reçue, Térah était donc l’initiateur du voyage familiale, interrompu en chemin.
La lecture de la paracha LèH LéHa qui conte cet épisode, nous conduit à évoquer les multiples voyages des hébreux ainsi que ceux, plus récents, du peuple juif; et à nous interroger aussi, sur l’expression « Juif errant ».
Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !
La paracha LèH LéHa du sefer Béréchit (Genèse) 12:1 à 17:27 et la mission confiée à Abram
Parfois nous avons besoin d’une impulsion, d’un élan pour nous décider à bouger, prendre des risques, nous investir dans un projet, affronter l’inconnu. Le nom de notre paracha, LèH LéHa, qui signifie « Va par toi-même » correspond au nom que l’on pourrait donner en hébreu à cette impulsion.
Effectivement, l’Éternel s’adresse à Abram pour l’informer de sa mission et lui donner l’élan nécessaire à son accomplissement.
Béréchit 12:1. « Alors l’Éternel dit à Abram: « Va-t’en par toi-même de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers la terre que je t’indiquerai . »
Dans ce type de situation, être soutenu a beaucoup d’importance. Ici, Abram a le privilège d’avoir la confiance et le soutien de Dieu pour se lancer.
Béréchit 12:2. « Je ferai de toi un grand peuple, et je te bénirai, et j’agrandirai ton nom, et tu seras une marque de bénédiction. »
Selon Rachi, le verset précédent est très parlant. Quiconque s’investit dans une mission difficile ou s’en va affronter l’inconnu prend des risques : ne pouvoir créer une famille avec une nombreuse progéniture, avoir des nécessités matérielles ou financières, se retrouver dans l’anonymat. À nous de bien connaître ces risques en de telles circonstances.
L’entreprise audacieuse d’Abram et Saraï, qui sont devenus Abraham et Sarah, est un événement à mettre en parallèle avec les risques pris par le peuple Juif tout au long de son histoire.
Le thème de la paracha est l’occasion de commenter l’expression « Juif errant ». Certains ont en eux une image déformée du peuple juif. Ils se le représentent comme un être égaré sur terre, ne sachant où aller, sans racine, se sentant partout en exil. C’est très loin de la vérité. En fait, cette expression fait référence à Caïn dans la Bible. Après qu’il eut tué son frère Abel, Dieu lui avait dit : « Et bien, tu es maudit à cause de cette terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère… Lorsque tu cultiveras le sol, il cessera de t’offrir sa fécondité et tu seras errant et fugitif sur la Terre. »
Ainsi, ceux qui font l’amalgame, tentent d’associer les juifs à Caïn le meurtrier et non à Abraham le « passeur ». Cette vision est héritée d’une pensée heureusement remise en cause par le concile Vatican II. Certains d’entre nous ont encore le souvenir de cette époque.
De nombreux personnages bibliques ont suivi la voie ouverte par Abraham, fondateur du monothéisme. Ils sont surtout mentionnés dans les pages de la Genèse (Béréchit) et de l’Exode (Chemot). Parmi ceux qui ont suivi ce type de parcours, citons Rebecca, Jacob, Joseph et bien-sûr Moïse avec l’ensemble des enfants d’Israël. Nous pouvons mentionner également l’exil de Babylone et la dispersion des Juifs au cours de l’occupation Romaine.
L’apport des voyages aux enfants d’Israël
Le terme d’errance a une connotation morale, comme si les juifs avaient « perdu la boussole ». Certes les juifs ont été déportés et déplacés ou chassés de nombreuses fois, et ils ont également parfois choisi de voyager. Mais associer ces déplacements à un manque de qualités humaines n’est pas juste. A travers ces voyages, le peuple Juif est volontairement allé au contact des autres peuples. Il s’est enrichi culturellement, technologiquement et spirituellement de tous ses déplacements, de tous ses rapprochements avec les autres populations. Ces rapprochements n’ont en rien altéré l’identité juive. Au contraire, ils l’ont enrichie au plus profond d’elle-même. L’identité juive en est devenue plus forte, plus sage, plus tolérante.
Pour faire le lien avec Abraham, citons un autre verset de la paracha le concernant :
Béréchit 12:3. « Je bénirai ceux qui te béniront, et ceux qui t’outrageront, je les maudirai; et par toi seront bénies toutes les familles de la Terre. »
En 1999, Danièle Hervieu-Léger, sociologue des religions, a écrit un livre intitulé « Le pèlerin et le converti ». Cet auteur a beaucoup travaillé sur les problèmes de transmission, de conversion et de formation des identités religieuses. Elle suggère que nous entreprenions un voyage au fond de notre propre identité et que nous allions vers l’autre afin d’accéder à un enrichissement spirituel mutuel. Une autre forme de voyage.
Apprenons à tirer parti de tout type de voyage. Songeons souvent à celui d’Abram et Saraï.
Accueillir les enfants, tout en progressant et en apprenant d’une façon toujours plus approfondie en tant qu’adultes… Tel est le défi des parents, des grands-parents, de tous les pédagogues et de nos communautés.
Nous relèverons le défi ensemble ce soir pour notre premier « erev chel yeladim » de l’année.
Il est encore temps de venir, de revoir la vidéo, et si vous me prévenez avant ce soir, j’aurai la possibilité de préparer pour un petit cadeau sympathique pour vos petits.
Le personnage central de cette paracha est NoaH (Noé), figure légendaire de la tradition juive, reprise par la chrétienté et l’islam.
Qui n’a pas connaissance de l’histoire de l’arche de Noé ? Pourtant, cette semaine, l’histoire de l’arche de Noé ne sera pas précisément l’objet du commentaire de la paracha NoaH.
Notre propos portera essentiellement sur l’alliance que l’Éternel a institué avec NoaH. Une alliance qui eut pour principe majeur la deuxième création de l’humanité, pour les motifs que la Torah va nous dévoiler.
Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !
La paracha NoaH du sefer Béréchit (Genèse) 6:9 à 11:32 et la décision de « re-créer » l’humanité pour sauver le monde
En quelques pages de la Torah, nous passons de la création du monde par l’Éternel qui a dit « cela est bon » (כִּי טוֹב), à l’Éternel qui a pris conscience d’avoir subi un échec le contraignant à détruire ce qu’il avait réalisé, pour tout recommencer.
Ceci, par la faute de l’Homme dont le comportement a été jugé intolérable et impossible à corriger par Dieu. Citons quelques phrases de la paracha précédente pour nous en rendre compte :
Béréchit 6:4 à 6:7. « Les nefilim (géants) parurent sur la Terre à cette époque et aussi depuis, lorsque les fils de Dieu se mêlaient aux filles des hommes et qu’elles leur donnaient des enfants…L’Éternel vit que les méfaits de l’homme se multipliaient sur la Terre, et que le produit des pensées de son cœur était uniquement et constamment mauvais…l’Éternel se ravisa d’avoir créé l’homme sur la Terre, et il s’attrista en lui…Et l’Éternel dit: j’effacerai l’homme que j’ai créé sur la surface de la Terre, depuis l’homme jusqu’à l’animal terrestre, jusqu’aux créatures volantes des cieux, car je regrette de les avoir faits. »
La dépravation humaine était telle qu’elle semblait irrécupérable et avait même contaminé le règne animal. L’Éternel a dû prendre une décision très dure.
Béréchit 6:11 à 6:13. « Or, la Terre s’était dégradée devant Dieu, et elle s’était remplie de violence…Dieu considéra que la Terre était corrompue, toute créature ayant perverti sa voie sur la Terre…Et Dieu dit à Noé: la fin de toutes les créatures est arrivée à mes yeux, parce que la Terre, à cause d’elles, est remplie d’iniquité, et je vais les détruire avec la Terre. »
Dieu a pris la décision de supprimer toute créature vivante sur la Terre. Il s’est tourné vers NoaH (Noé), le considérant comme un homme juste, pour lui confier une mission (construction de l’arche, sauvegarde des espèces…).
La justification de cette décision divine s’est posée aux sages : Hillel, Chamaï et leurs écoles. Nous la retrouvons dans le Talmud Érouvin. Fallait-il créer l’Homme au moment de la création de l’univers ? L’école de Hillel a répondu positivement. L’école de Chamaï a répondu négativement. Hillel et Chamaï ont débattu de cette question pendant 2 ans et demi pour finir par dire non. Par la suite, la discussion a dérivé sur les mesures concrètes à prendre afin que l’humanité ne retombe jamais dans la violence et le chaos.
Cependant, une autre question s’est posée, celle de la clairvoyance divine. L’Éternel s’était-il trompé ? D’autant plus, qu’en créant l’Homme il avait créé le concept de liberté. Il est écrit clairement dans le chapitre 6 de la Genèse que l’Éternel s’était ravisé de ce qu’il avait accompli et qu’il en avait été attristé. Était-ce une attitude acceptable de la part de Dieu ? Ce qui semble une faiblesse du « dieu des juifs » n’allait-il pas être retourné comme un argument contre leur tradition?
Cette question s’est retournée contre le peuple juif. Un maître spirituel, Rabbi Yehoshua Ben KorHa a été pris à parti. Une personne lui a demandé comment le Dieu des Juifs, prétendument parfait, a pu commettre une pareille erreur et quelle crédibilité accorder à un tel Dieu ? Rabbi Yehoshua Ben KorHa a répondu ceci. « Tu as été très content quand ton fils est né, et pourtant tu savais qu’il allait mourir un jour, et que ce serait très triste. Et bien, il en a été de même pour Dieu en ce qui concerne la création de l’humanité. »
L’alliance NoaHide et la tradition juive
Les juifs érudits pensent que le terme « béréchit », traduit par « au commencement », a un deuxième sens. Béréchit se décompose en « bara » et « chit ». Ces 2 mots associés signifient « création des fondements ».
L’humanité a du subir une redéfinition. Dans un premier temps, Adam et Eve sont créés, ce sont eux qui seront la graine dont naitra toute l’humanité, ils devaient être le plus lointain embranchement des familles de l’humanité. Mais lorsque leurs enfants naissent, le drame de la violence apparait et Caïn tue son frère Abel. Dans un deuxième temps : Adam et Ève ont un autre enfant, Seth qui a pour descendant NoaH. Mais de nouveau, la violence se développe, l’humanité est détruite et NoaH en sera le seul rescapé. Ainsi, nous ne sommes descendants d’Adam et Eve que par une seule lignée, celle de NoaH, qui est ainsi notre ancêtre commun.
L’Éternel a établi une nouvelle alliance avec NoaH, une alliance universelle dotée de 7 lois, l’alliance NoaHide (ou NoaHique). Cette alliance est la marque d’un nouveau départ pour l’humanité.
Béréchit 9:8 à 9:13. « Dieu dit à Noé et à ses fils:moi, je veux établir mon alliance avec vous et avec la postérité qui vous suivra…et avec toute créature vivante qui est avec vous, oiseaux, bétail, animaux des champs qui sont avec vous, tous les animaux qui sont sortis de l’arche…Je place mon arc-en-ciel dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la Terre. »
Cette histoire n’est pas juste une histoire du passé, elle s’invite régulièrement dans notre quotidien.
En effet, la tradition juive demande, chaque fois que nous apercevons un arc-en-ciel, de proclamer l’alliance NoaHide sous la forme de la bénédiction suivante : » Tu es source de bénédiction, Éternel notre Dieu, roi du monde, qui conserve ton alliance. «
Pour conclure, citons le Midrach : une des raisons pour lesquels l’anéantissement n’a pas été total, lors du déluge, est qu’un des descendants de Noé est Abraham; Abraham, autre interlocuteur de Dieu, pour fonder une alliance encore plus précise, l’alliance Abrahamique.
Nous reprenons la lecture de la Torah avec la première paracha de la Genèse, la paracha Béréchit.
La création du monde (il y a 5777 ans, selon la tradition juive) nous fait songer au principe du déterminisme. Ne sommes-nous que de simples pièces d’un système de causes et de conséquences ? Ne sommes-nous que des éléments de matière au sens des sciences exactes, sans pouvoir sur notre destinée ? Pour parler simplement, avons-nous le choix ?
La paracha Béréchit nous met sur la voie, en attirant notre attention sur les spécificités humaines en rapport avec cette problématique.
Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !
La paracha Béréchit du sefer Béréchit (Genèse) 1:1 à 6:8 et la question du choix
Bien évidemment, aucun d’entre nous n’a été témoin de la création du monde. En revanche, nous avons tous une connaissance concrète de l’existence de la matière.
La question se pose, pour les rationalistes comme pour les mystiques, de savoir si l’être humain est totalement prisonnier du déterminisme (le principe de causalité), ou bien s’il dispose d’un degré de liberté dans le choix de sa destinée. Cependant, si nous bénéficions de ce degré de liberté, de quel type est la liaison entre notre liberté non matérielle et notre corps fait de matière.
La paracha Béréchit est le récit de la création de l’univers dans son ensemble. En fait, les premiers chapitres de cette paracha nous font des récits sensiblement différents de cet événement. À la question du choix qui pourrait être le nôtre, un élément de réponse est déjà donné par la structure même du texte de la paracha. La création de l’humanité est exposée de plusieurs façons. Libre à nous de choisir celle qui nous paraît nous représenter le mieux.
D’ailleurs, un principe philosophique consiste à définir la conscience comme la faculté qu’a l’être humain de se représenter ce qu’il est, de se regarder lui-même. De la sorte, nous existons en tant qu’objets et en tant que sujets capables d’examiner les objets que nous sommes.
Nous allons nous concentrer sur 2 récits de la paracha ayant pour objet la création du couple homme-femme et la connaissance du bien et du mal.
Récit du chapitre 1 :
Béréchit 1:27. « Et l’Éternel créa l’Homme à son image. À l’image de Dieu il le créa. Mâle et femelle furent créés à la fois. »
Adam harichon, le premier humain, a été créé. L’homme, Adam, et la femme, Ève, n’ont fait qu’un à la création. Peu après Ève a été dissociée d’Adam. Ce récit, qui a pour pivot le mot « bara » (בָּרָא), verbe de la création, est totalement égalitaire envers les 2 sexes.
Béréchit 1:29. « Dieu ajouta: voici que je vous accorde toute plante portant semence, sur toute la face de la terre, et tout arbre avec des fruits portant semence. Ils vous serviront de nourriture. »
Dans ce verset du chapitre 1, l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’est pas mentionné. Les fruits de tous les arbres, sans exception, sont offerts à Adam et Ève.
Récit du chapitre 2 :
Béréchit 2:7. « Alors, l’Éternel, Dieu façonna l’Homme avec la poussière du sol et souffla dans ses narines le souffle de la vie, et l’Homme devint un être vivant. »
D’après ce texte, l’Homme a été construit par Dieu, et c’est un souffle de Dieu qui l’a rendu vivant. Un caractère divin est entré en l’Homme à sa création. L’Homme serait donc d’une double essence : essence matérielle avec son corps et essence divine avec la vie. Ainsi, par la volonté de Dieu, l’Homme s’est retrouvé doté de la raison, de la conscience, de la liberté de pensée et d’action .
Béréchit 2:16 à 2:17. « L’Éternel, Dieu donna un ordre à l’Homme, en disant: tous les arbres du jardin, tu peux t’en nourrir à satiété…Mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas: car du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. »
L’Homme s’est vu interdire la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais Dieu a rendu accessible à l’Homme ce fruit interdit, en l’investissant de la raison et de la liberté d’action. L’Homme s’est retrouvé délibérément soumis à la tentation par Dieu; Dieu qui avait planté l’arbre de la connaissance en plein milieu du jardin d’Éden.
Nous pouvons faire le parallèle avec un mythe antique de la connaissance, celui du vol par Prométhée du savoir des dieux. Après le vol, Prométhée a transmis le savoir des dieux aux hommes sous une forme dissimulée du feu sacré, en s’attirant les foudres de Zeus, le roi des dieux. Dans le récit de la Torah, c’est l’être humain lui-même, en tant que représentant de toute l’humanité, qui se saisit du savoir. Le savoir ne lui était pas caché, mais lui était rendu accessible par Dieu lui-même. Resterait à élucider la question de la transgression que représente l’accès au savoir, et qui est bien plus complexe qu’une simple interdiction.
La suite des événements se situe au chapitre 3 de la paracha :
Béréchit 3:6 à 3:7. « La femme jugea que l’arbre était bon pour la nourriture, qu’il était attrayant à la vue, précieux pour le savoir; elle cueillit de son fruit et en mangea; puis en donna à son mari, et il en mangea…Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent, et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus; ils cousirent ensemble des feuilles de figuier, et s’en firent des pagnes. »
Ève a mis à profit la liberté accordée par l’Éternel pour transgresser son injonction et inviter Adam à la transgresser également. Le courroux de l’Éternel s’est alors exercé sur Ève et Adam :
Béréchit 3:16 à 3:19. « À la femme il a dit:..tu enfanteras dans la douleur; la passion t’attirera vers ton mari, et il te dominera…Et à l’homme il a dit:..c‘est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre d’où tu as été tiré: car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras. »
Le message délivré par la paracha
Grâce au fruit de la connaissance, l’être humain est libre; à cause de ce fruit, il ne peut plus être éternel.
Ce qui permet à l’Homme de vivre libre est ce qui fait qu’il doit mourir.
La lecture de la paracha nous montre à quel point la liberté est précieuse et risquée. Adam et Ève ont pris le risque de la liberté. En conséquence de leur transgression, l’Homme est devenu mortel. Depuis, son éternité s’exerce par la continuité de l’espèce humaine : la naissance, l’existence, la reproduction, la transmission du savoir, la mort. La mort qui est la garantie d’un renouvellement permanent dans la continuité.
La liberté nous donne le choix de notre destinée de façon très relative. Elle ne nous offre aucune certitude. La liberté est d’une autre dimension que celle de l’espèce humaine, elle n’est pas du domaine de la causalité, elle peut nous dépasser. Nous devons la gouverner du mieux possible dans les choix qui se présentent à nous.
Ce dimanche à 18h, nous serons nombreux à célébrer SimHat Torah à Surmelin. Mais au delà de simHat Torah, la fête des enfants, c’est toute l’année!
Les moments de partage avec nos enfants sont sacrés. Ils créent du lien, ils donnent du sens, ils transmettent des valeurs, de la joie et un art de vivre. Partageons avec eux les merveilles de notre tradition, dans un programme parent/enfant ou grands-parents/enfants, riche aussi bien pour les petits que pour les adultes.
Le chabat est un moment d’accueil. Venez partager en famille un merveilleux moment de paix chabatique, une fois par mois, le vendredi soir. Les prières de l’office s’habillent de leurs plus beaux atours pour permettre aux petits et aux grands de chanter, de jouer et d’apprendre. Chants et histoires seront au rendez-vous, pleine de joie pour les enfants, de sens pour les adultes, et de convivialité pour tous. L’office recèlera un petit jeu surprise. Pour préparer votre venue, cliquez sur les liens suivants:
NB : Les textes sont téléchargeables le vendredi précédant le cours. Pour les recevoir directement dans votre boite email, abonnez-vous au site https://poursurmelin.wordpress.com/
Pour être tenu au courant de façon personnalisée, contactez Sylvie ou le Rabbin Floriane Chinsky qui vous mettra en relation avec elle.
Que serait une vie uniforme et sans changement ? Que représente le changement dans notre existence ?
Nos caractéristiques physiques et intellectuelles d’êtres vivants changent, bien-sûr, avec l’âge. Le travail, l’habitat, la famille, les relations affectives et beaucoup d’autres facteurs induisent également des inflexions de notre parcours de vie.
Certains changements sont subis et d’autres voulus, certains apportent un renouveau conséquent et d’autres non. La constance et la répétition ont aussi leur part dans notre cheminement.
Penchons-nous sur le cas des enfants d’Israël à la fin de la Torah. Ils sont sur le point d’affronter un double changement qui va bouleverser leur existence : la disparition de Moïse et l’entrée en terre de Canaan. La paracha Vézot habéraHa met en lumière des points clés de cet événement.
Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !
La paracha Vézot habéraHa du sefer Devarim (Deutéronome) 33:1 à 34:12
La paracha Vézot habéraHa est la dernière paracha de la Torah. (Elle est lue spécifiquement le jour de SimHat Torah.) « Vézot habéraHa » signifie « Et c’est la bénédiction ». Ainsi, la paracha débute par la bénédiction du peuple d’Israël par Moïse avant sa fin toute proche.
Devarim 33:1. « Or, voici la bénédiction dont Moïse, l’homme de Dieu, bénit les enfants d’Israël avant de mourir. »
Cette paracha marque un changement immense : Moïse va partir pour toujours. Ce changement, c’est la disparition d’un père spirituel aimé, la disparition d’un guide irremplaçable depuis la sortie d’Égypte jusqu’à l’arrivée aux frontières de la terre promise et depuis le don de la Torah. A ce moment, ceux qui vont entrer en terre de Canaan sont tous nés au cours des 40 ans de parcours dans le désert et n’ont connu qu’un seul guide, Moïse.
La séparation définitive entre le peuple d’Israël et Moïse est un véritable défi de renouveau. Dans le désert les enfants d’Israël étaient pris en charge par Moïse, ils recevaient la manne comme nourriture, leurs autres besoins matériels étaient toujours satisfaits, et comme la tradition le dit, « leurs vêtements et leurs chaussures ne s’usaient jamais ». Ils vont se retrouver seuls face à leur sort et en devenir responsables. Ils vont ressentir l’angoisse accompagnant tout changement de ce type.
La peur du changement est si forte, qu’à propos d’un verset de la paracha VayéleH, la tradition dit ceci : Moïse a dû, lui-même, partir à la recherche des membres de son peuple pour leur faire une importante déclaration. Les enfants d’Israël se tenaient alors volontairement éloignés de lui. Ils savaient que Moïse devait leur donner les 613 commandements de la Torah et ils n’en avaient reçu que 611. Afin de faire obstacle à sa mort, ils restaient loin de lui pour l’empêcher de leur remettre les 2 commandements manquants, comme il était obligé de le faire. Et pour remplir son devoir, Moïse a dû aller à leur rencontre.
Dans notre paracha, les enfants d’Israël sont contraints de faire leurs adieux à Moïse. C’est la fin d’une époque. Cependant, la continuité est assurée, car l’entrée en terre de Canaan est la réponse à une promesse faite par Dieu à Abraham, Isaac, Jacob, Sarah, Rebecca, Rachel et Léa au cours d’une autre époque.
Un élément de renouveau survient cependant :
Devarim 34:10. « Mais il n’a plus paru, en Israël, un prophète tel que Moïse, avec qui l’Éternel communiquait face à face ».
Mais ne sautons pas le verset précédent qui reste dans la continuité :
Devarim 34:9. « Or, Josué, fils de Noun, était plein de l’esprit de sagesse, parce que Moïse lui avait imposé les mains; et les enfants d’Israël lui obéirent et agirent comme l’Éternel l’avait prescrit à Moïse. »
Le renouveau dans la continuité
Le renouveau et la répétition dans la continuité peuvent-être quasiment simultanés. Ainsi, lors de la fête de SimHat Torah, Béréchit s’enchaîne immédiatement après Vézot habéraHa. Ici le renouveau se fait dans la continuité. Tous les ans, nous accomplissons un saut dans l’histoire en revenant à la création du monde, au début de la Torah. Entre-temps nous avons acquis de nouvelles connaissances, de nouveaux éléments de sagesse et vécu de nouvelles expériences. Et là, le renouveau se trouve dans l’interprétation toujours actualisée des textes de la Torah.
Avant de conclure lisons le dernier verset de la paracha, donc de la Torah :
Devarim 34:12. « …ainsi qu’à cette main puissante, et à toutes ces imposantes merveilles, que Moïse accomplit aux yeux de tout Israël ».
« Tout Israël » est encore une fois évoqué. A noter le lien entre le « lamed » final d’Israël (יִשְׂרָאֵל) et le « beit » du début de Béréchit (בְּרֵאשִׁית). Ces 2 lettres associées forment le mot « Lev » (לב) qui signifie « cœur ».
Donc, du fond de notre cœur, identifions et choisissons nous-mêmes ce qui est rupture et ce qui est continuité au seuil de la nouvelle année. Mettons en œuvre notre liberté de voir le monde à notre gré. Nous ne sommes pas toujours pleinement conscients de l’étendue de nos possibilités, ne restons pas prisonniers de nos limitations. Répétition ou renouveau dans notre vie ? La liberté est un capital que nous voulons investir en connaissance de cause.