1 Cours
Les cours auxquels vous pouvez assister, sur la torah, le talmud, les fêtes et la culture juive, à Nation, à Gambetta et à Saint-Paul, Par le rabbin Floriane Chinsky
Faisons beuguer le buzz, le rassemblement de Vayakel
Vous savez ce qu’est un buzz ?
D’après le Larousse, il s’agit d’une forme de publicité où le consommateur lance le produit. En 2001, le Harvard Business Review publiait un article qui analysait la nature du Buzz, et prouvait que plus de 2/3 de l’économie américaine était fortement influencée par ce phénomène.
Une publicité par le « bouche à oreille » ? Une publicité où le consommateur lance le produit ? Traduisons : C’est une forme de publicité où c’est la cible qui tire la flèche !
Et c’est bien ce que dit le Talmud : La flèche, c’est la langue !
בבלי ערכין דף טו :ב : אין חץ אלא לשון
Mais en fait, il me semble qu’on pourrait voir dans la notion de buzz une version marketing de l’idée de ‘même’, inventée par Richard Dawkins et publiée en 1976.
La mémétique, la science des mèmes, compare les idées à des gènes voire à des maladies, les idées seraient transmises, portées et répliquées par nous, avant que nous les retransmettions et les partagions à notre tour. Le « like » de facebook est loin d’être anodin !
Alors, sommes-nous contaminés sans le savoir ? Ou plus précisément : par quoi sommes-nous contaminés et en sommes-nous conscients ?
L’anthropologue Dan Sperber soutient que les idées sont plus ou moins contaminantes. Les idées, ou les histoires drôles ou tragiques, les citations de petites phrases abominables ou racistes, les citations positives également et les mots d’esprit. Tout cela passe par nous et se propage à travers nous.
Qu’est-ce qui fait le succès d’une idée selon lui ?
Trois facteurs entrent en compte :
1 – l’idée est-elle conforme à nos représentations mentales ?
2 – l’idée est-elle plus ou moins conforme aux représentations publiques ? Est-elle compatible avec ce que la plupart des gens croient déjà ? Est-elle défendue par des personnes faisant autorité ?
En résumé, nous sommes contaminés par les idées qui trouvent une accroche dans ce qui existe déjà dans notre pensée, et nous risquons de devenir nous-mêmes des éléments de contagion.
Alors pensons-y un instant. Quelles sont les idées qui nous envahissent ? Quelles sont les idées qui se propagent à travers nous ? Et quelle sont au contraire les idées que nous recherchons ? Celles que nous essayons consciemment de transmettre ?
Et les gens qui disent des atrocités racistes, que recherchent-ils ? Sont-ils victimes de contagion ? Sont-ils au contraire des contaminateurs conscients ? Ceux qui tentent de semer la terreur, quel est leur but ?
Et que faisons-nous, quand nous sommes nous-mêmes contaminés ?
Recherchons la parenté de ces concepts très modernes avec ceux de la tradition. En « langage juif », ces idées sont développées sous le nom de « lois du lashon hara », commandements concernant le mauvais langage. Il existe un interdit de s’exprimer d’une manière négativement contaminante. Ce commandement nous invite à être conscients de ce que nous véhiculons. Il remonte au temps de la Torah lui-même, qui interdit l’anti-communication et la compare à la lèpre. Déjà dans la Torah, on compare la propagation des idées mauvaises à celle d’une maladie.
On comprend bien pourquoi le traité talmudique araHin détaille les méfaits d’un mauvais usage du langage :
Le lashon harah détruit trois personnes : celui qui le dit, celui qui l’entend et celui dont on parle.
בבלי ערכין דף טו :ב :לשון תליתאי קטיל תליתאי, הורג למספרו ולמקבלו ולאומרו
Dans la perspective de la « contamination » des idées, on comprend bien pourquoi celui qui entend est victime autant que coupable. Il se fait le vecteur d’idées destructrices.
Le problème n’est plus du tout : « Est-ce que untel a réellement dit telle atrocité raciste ? » mais devient : « Qui me raconte cela ? Dans quel but ? Est-ce que je veux l’entendre ? Quel impact cela a-t-il sur moi ? Qu’est-ce que cela signifie socialement ? ».
Si les consommateurs boycottent le produit, les producteurs fermeront boutique. Si nous ne relayons pas les messages de terreur ou les messages racistes, ceux qui en font leur pain blanc devront se tourner vers du pain azyme.
Voilà donc la première mesure à mettre en œuvre pour faire taire les imbéciles dangereux : développer notre résistance à la contamination, en reprenant à l’envers les trois facteurs de Dan Sperber :
1 – Travailler sur nos représentations mentales pour qu’elles soient aussi imperméables que possible à ces idées racistes. Par exemple, on pourrait créer une fête au moment du printemps au cours de laquelle on parlerait de l’importance de respecter l’étranger puisque nous aurions nous-mêmes été étranger en pays d’Egypte. Le seder de PessaH aura lieu cette année les vendredi 3 avril et samedi 4 avril (seder communautaire).
2 – Réduire l’impact social de ces idées et nous appuyer sur les autorités capables de soutenir les visions humanistes auxquelles nous sommes attachés. C’est aussi à cela que servent les rabbins.
Telle est l’une des beautés de la paracha Vayakel-Pékoudé que nous lisons ce chabbat.
Elle nous parle de rassemblement.
Pas de rassemblement épidémiologique, pas de partage de slogans malveillants. Ceci, au contraire, c’était le rassemblement du veau d’or.
Au contraire, le rassemblement de notre paracha se fait par la création d’un espace d’échange conscient des idées. Un espace dans le temps : le chabbat, un espace matériel : le michkan, le temple portatif que transportaient les hébreux dans le désert.
Les meilleures idées de notre civilisation juive ne sont pas toutes « contaminantes », il ne suffit pas de les entendre une fois à la radio pour s’en souvenir comme si nous les avions nous-mêmes inventées. Mais elles sont restructurantes, elles sont « pertinentes ». Pour Dan Sperber, une idée est pertinente quand elle rapporte plus qu’elle ne coûte, quand l’effort qu’elle demande est moins dur que la qualité de pensée qu’elle apporte. Tel est le troisième critère du succès d’une idée selon lui, et c’est certainement le plus noble au sens juif.
C’est peut-être pour cela que les prières du matin insistent et répètent l’enseignement de la michna péa : l’étude de la torah équivaut à tous les commandements. En effet, étudier, approfondir, c’est repousser les mauvaises idées contagieuses et faire de la place aux bonnes idées couteuses.
פאה פרק א :אלו דברים שאין להם שיעור הפאה והבכורים והראיון וגמ »ח =וגמילות חסדים= ותלמוד תורה אלו דברים שאדם אוכל פירותיהן בעולם הזה והקרן קיימת לו לעולם הבא כיבוד אב ואם וגמילות חסדים והבאת שלום בין אדם לחבירו ותלמוד תורה כנגד כולם:
Voici quelques pensées que je souhaitais partager en nos temps médiatiques, en cette époque où les idées sont des armes, où leur diffusion est analysée et instrumentalisée. Notre vigilance est importante. Voici quelques contributions de la pensée juive à la pensée humaine, c’est par le cumul et la confrontation des sagesses que nous avançons le mieux.
Je me doute que ces quelques mots ne feront pas le buzz.
J’espère au contraire qu’ils seront une pierre apportée à l’édifice de notre liberté de penser.
Rabbin Floriane Chinsky
Le plaidoyer de Moïse
La paracha de cette semaine est celle de la trahison, de la brisure et de la réparation.
Le veau d’or, les tables de la loi cassées, la discussion entre Moïse et Dieu pour sauver l’alliance.
C’est un puissant message d’espoir et de communication: les difficultés existent dans toutes les relations, mais elles peuvent être surmontées.
Ce chabbat à 9h (accueil) et 9h15 (début de l’étude) nous étudierons les textes et le commentaire de Rachi.
(feuille de source à télécharger: Ki Tissa)
Au delà des circonstances, la joie est entre nos mains… L’enseignement de Rabbi NaHman de Bratslav
Alors que les drames terroristes se suivent, je m’interroge. Que faire si le traumatisme s’ajoute au traumatisme et se cumule avec le traumatisme suivant ? Faut-il, de chabbat en chabbat, répéter les mêmes mots ? Car comment trouver des mots nouveaux lorsque les circonstances se ressemblent ?
Peut-on au lieu de s’adresser au désastre du moment, s’adresser à quelque chose de plus profond ? Comment nous soutenir mutuellement face à la peur ?
En regardant vers le passé, nous voyons que de tous temps nous avons été, en tant que juifs, confrontés à des massacres. Mais à chaque fois, nous avons eu la force de choisir les conclusions que nous voulions en tirer.
Quel effet ont-sur nous ces attentats ?
Nous ressentons plus fort encore la fragilité de la vie. Face à cette fragilité, on peut se dire qu’elle ne vaut pas la peine d’être vécue, renoncer, se replier, dépérir. On peut sentir au contraire qu’il faut profiter sauvagement de chaque instant, dans un pur présent qui oublie le futur. On peut se dire que puisque tout le monde souffre ou souffrira, autant tirer au mieux son épingle du jeu sans nous soucier des autres. On peut se trouver embarqués dans des superstitions, essayer de se raccrocher à n’importe quoi. On peut se dire que dieu n’existe pas. On peut entrer en conflit ouvert avec dieu, lui faire activement procès, ou se détourner de lui. On peut se rapprocher aussi, prier, étudier.
Je pense que toutes ces réponses sont humaines et compréhensibles, je peux toutes les sentir en moi, certaines plus dominantes, d’autres simplement en potentiel. Et je m’interroge : parmi ces réponses, lesquelles prévaudront ? Lesquels seront les nôtres et de quelles façons nos attitudes influenceront-elles celles d’autrui ? J’espère que nous réussirons, en tant que personnes, que membres d’une famille, d’une synagogue et membre d’un pays, à choisir les directions les plus nobles. A encourager nos proches à ne pas renoncer, mais au contraire à continuer à œuvrer avec vie, avec joie, avec bienveillance.
C’est ce que dit Rabbi NaHman dans les likouté moharan. Pour comprendre ce qu’est la joie, il propose une parabole. Lorsqu’une personne triste reste en marge du cercle des danseurs, il est possible de l’y faire rentrer, et il partage la joie des autres et oublie sa peine. De même, les sentiments douloureux et dangereux sont parfois rejetés en marge du cercle de notre conscience, la vraie joie est le mouvement de l’âme qui les ramène dans le cercle.
Notre paracha, Térouma, mentionne l’importance d’accepter les offrandes de « toute personne dont le cœur l’y incite », le midrach mentionne qu’il faut aimer l’ « Eternel » de tout son cœur, c’est-à-dire à la fois son yétser hatov, son penchant au bien, la force de vie, et le yétser hara, le penchant au mal.
Puissions-nous inclure dans notre travail personnel et dans notre travail social et civil, toutes nos pensées, et également les personnes en marge, pour que les forces qui nous rendent vivantes soient les plus fortes et que nous atteignions la joie, la joie inclusive, au sens de Rabbi NaHman.
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Et vous, quel est sur vous l’effet de ces attentats? Avez-vous des désirs précis concernant votre façon personnelle de gérer leur impact émotionnel? Souscrivez-vous à l’enseignement de Rabbi NaHman de Bratslav?
Tout doux vers la Bat/Bar Mitsva
Chacun a sa façon d’aborder la BM de son enfant. Les rendez-vous avec le Rabbin ont pour but de trouver votre façon personnelle de célébrer ce moment. Vous trouverez ci-dessous les éléments principaux qui peuvent vous aider à prévoir au mieux ce moment pivot.
Matériel pour l’enfant, à l’avance pour se familiariser puis à amener le jour J:
Achat d’un sidour (livre de prière, disponible à Surmelin ou à Ganénou, prix 30 euros)
Tallit (suggestion de site qui associe beau travail et entre-aide sociale ici)
Téfilines
Devoirs vis-à-vis de la communauté (à régler avec Monica)
Cotisation
Paiement des cours
Don à la communauté
Préparation de l’office:
Vérifier qu’on sait ce qu’on fait à la téva (voir: Feuille pour les parents de BM)
Parler des honneurs avec Monica puis Remplir le formulaire suivant: Feuille des honneurs.
Autre, facultatif:
Trouver un traiteur (cacher)
Coupe de Kidouch à inaugurer le jour J
Bougeoirs de chabbat à inaugurer le jour J
Invitations à envoyer aux invités
Invitations spéciale pour l’office du jeudi matin
Photographe (pour le jeudi matin uniquement)
Kidouch pour chabbat et petit déjeuner pour le jeudi matin
Programmation des séances de préparation avec les invités au cours d’un chabbat précédent, avec une petite intervention du Rabbin
Apprendre soi-même une lecture de la Torah ou de la haftara
Jeudi matin:
Arrivée à 8h, office de 8h30 à 9h45 suivi d’un petit déjeuner
Vendredi soir:
office de 18h45 à 19h45
Samedi matin :
Arrivée des parents 10h10, arrivée des invités 10h15.
Début de l’office 10h30 précises (les invités doivent être installés) ( fin de l’office à 12h40)
Les invités peuvent participer aux cours qui précèdent les offices s’ils le souhaitent.
Bar/Bat Mitsva, le rôle de la communauté, le rôle des invités
Venus partager la joie de la famille, les invités participent à un évènement dont ils n’ont peut-être pas l’habitude. C’est l’occasion unique pour eux de découvrir un judaïsme vraiment accueillant et respectueux. Quelles que soient ses convictions et ses connaissances, l’assemblée peut prendre une part active à la cérémonie et il est souhaitable qu’elle le fasse. Pour ceux qui ne connaissent pas la tradition juive ou les offices égalitaires (où femmes et hommes prient ensemble), il est important d’expliquer le déroulement de la cérémonie ainsi que son contexte. Pour tous, il est important de pouvoir suivre l’office ainsi que la lecture de la Torah. Les invités sont les bienvenus, quelles que soient leurs convictions religieuses ou athées.
Tous les invités qui le souhaitent seront encouragés à participer à accompagner le futur BM et ses parents à un office de chabbat.
Les invités qui le souhaitent seront encouragés à rencontrer le Rabbin pour préparer la cérémonie.
Les proches amis et la famille seront invités à participer activement à l’office de BM.
La communauté et tous ses membres sont heureux d’accueillir les jeunes, la famille et les amis.
Votre participation régulière permet de vous connaître et de partager votre joie. Elle vous permet d’être partie intégrante de la communauté, ainsi, vous vous sentirez « à la maison ».
Notre synagogue vous propose des offices vibrants, pleins de sens et ouverts à tous, des cours de tous types (hébreu, créativité, étude approfondie, étude de base…), ainsi que l’occasion d’une solidarité avec les plus démunis (Tsédaka, rencontres), l’entrée dans un réseau social juif, le conseil de notre rabbin pour toute interrogation, l’accompagnement pour toutes les étapes de la vie (naissance et présentations à la Torah, Brit Mila/SimHat Bat (fête de naissance pour les petites filles), BM, mariages, divorces, conversions, deuils).
N’hésitez pas à utiliser les possibilités que nous mettons à votre disposition.
Notre rencontre de travail vers l’interconvictionnel de ce dimanche avec Mano Siri, un compte rendu subjectif
Nous avons été bouleversés par les événements de janvier. L’interconvictionnel et la pédagogie étaient déjà centraux dans notre pensée et dans nos projets, à moi en tant que rabbin, à la communauté dans son histoire, et à un grand nombre de ses membres à titre personnel. Nous sommes aujourd’hui engagés dans une volonté d’ouverture et de développement, de mise en commun de nos forces et de nos savoirs dans ces domaines.
Ce texte est une collection de pensées liées à notre discussion de ce dimanche. Pour accéder au texte préparé par Mano Siri, cliquez ici.
Ce dimanche 25 janvier, nous avons eu notre première session avec Mano Siri à Ganénou. Mano est la mère de trois filles dont la dernière a célébré sa Bat Mitsva cet automne, elle est la Présidente de la Commission Culture de la LICRA et elle est professeure de philosophie dans des classes très concernées par les problématiques actuelles.
Je voulais partager quelques éléments de ce que j’ai retenu et pensé au cours ce cette session, de façon assez subjective, dans le but peut-être de faire le lien avec la session suivante, de permettre à chacun de s’exprimer ou de partager. N’hésitez pas à laisser des commentaires.
Nous étions 20/25 dans la bibliothèque ce dimanche, dans une belle mobilisation suite à la réunion du dimanche précédant. Notre groupe comprenait des parents d’enfants du talmud torah, et aussi des membres de la communauté, d’âges divers, des jeunes.
Mano Siri avait amené quelques exemplaires de son livre, « 100 mots pour se comprendre contre le racisme et l’anti-sémitisme », livre qu’elle a codirigé avec Antoine Spire car le parti-pris de ce livre est d’avoir des auteurs différents.
L’idée est que le dialogue nécessite le fait de pouvoir entendre où se situent nos interlocuteurs. On entend mieux quand on est sûr de sa capacité à répondre dans la sérénité, et la définition des mots est la base de cette confiance et du recadrage du dialogue.
Le mot dont nous sommes partis est le mot ‘blasphème’. Nous en avons repris la définition selon l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, nous avons parlé de l’histoire chrétienne du blasphème. Nous avons ainsi évoqué les sources historique de la laïcité française. J’ai pensé que ces faits étaient intéressants car ils permettent de montrer que le catholicisme a été comme certains islams aujourd’hui en opposition avec la société laïque et a possédé une notion de blasphème en tant que péché. La conciliation a nécessité une adaptation qui est intéressante, qui permet de rapprocher les religions dans leur évolution vers la prise en compte des opinions autres.
Nous avons évoqué les déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la déclaration universelle de droits de l’homme de 48, et la loi de 1972 qui pose l’interdiction de l’insulte antisémite, loi qui va au delà de la pénalisation de l’insulte ad hominem.
Nous avons évoqué également la spécificité française dans son rapport au religieux. C’est également une chose intéressante à expliciter car il est plus facile d’accepter une spécificité française quand elle est nommée, de dire, dans tel pays c’est comme ça, dans tel autre c’est ainsi, et en France la façon dont le droit gère le fait religieux a telles et telles caractéristiques. Cela permet de légitimer à la fois la pratique juridique et constitutionnelle française et les autres conceptions, qui sont aussi légitimes d’un point de vue moral (quand elles sont démocratiques) mais n’ont pas de valeur juridique ici.
Nous avons en particulier souligné la différence avec la constitution américaine qui a précédé la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui appuie ses principes de liberté religieuse sur une base protestante, incluant une plus grande liberté d’expression parfois mais aussi une place au religieux dans l’état à travers par exemple le fait qu’on prête serment sur la Bible.
Nous avons rappelé ce fait important qu’en obéissant à la loi française, nous nous obéissons à nous-mêmes.
Pourquoi? « Parce que le fondement de l’Etat de droit dont relève la démocratie (mais aussi en passant une monarchie constitutionnelle comme le Royaume-Uni ou l’Espagne) c’est que tous les hommes sans distinction ne sont soumis qu’à la loi et à rien d’autre (pas à un autre homme en tous les cas) et qu’en tant que membre du souverain ils en détiennent une part inaliénable et qu’ils participent à l’élaboration de cette loi. Donc obéir à la loi de l’Etat comme on dit c’est, dans l’Etat de droit comme obéir à soi-même… » ainsi que notre oratrice le développe.
Nous avons évoqué sans avoir le temps d’en parler ce qui peut être la nature exacte et la cause du malaise de certains musulmans face aux caricatures, nous nous sommes interrogés sur ce qui nous mettrait mal à l’aise.
Nous avons également dit quelques mots sur la façon dont la tradition juive conçoit la relation avec ‘dieu’ et le fait que notre façon de lire la torah écrite était subordonnée à ce qu’en dit la torah orale.
Le prochain rendez-vous commencera en principe à 11h, car une heure, cela semblait un peu court, et aurait lieu dimanche 8 février. Il faudra voir comment nous y procéderons car il y a déjà pas mal de cours et de conférences prévues ce jour là, les participants seront informés.
Bonnes réflexions à tous, et n’hésitez pas à laisser vos commentaires.
Texte d’étude de ce chabbat – Sortir d’Egypte, à toutes les générations
| Ex 13 :2
Ouverture (pètèr) de toute matrice Celui qui ouvre la matrice en premier, comme dans : « c’est comme quand on donne libre cours (potèr) aux eaux » (Michlei 17, 14), ou dans : « ils donnent libre cours (yaftirou) à leur langue (Tehilim 22, 8). A moi Je me les suis acquis, en frappant les premiers-nés en Egypte. |
פֶּטֶר כָּל רֶחֶם. שֶׁפָּתַח אֶת הָרֶחֶם תְּחִלָּה כְּמוֹ פּוֹטֵר מַיִם רֵאשִׁית מָדוֹן. וְכֵן יַפְטִירוּ בְשָׂפָה יִפְתְּחוּ שְׂפָתַיִם:
לִי הוּא. לְעַצְמִי קְנִיתִים עַ »י שֶׁהִכֵּיתִי בְּכוֹרֵי מִצְרַיִם: |
| 13 :3
Souviens-toi de ce jour-là Ceci nous apprend que l’on doit chaque jour rappeler la sortie d’Egypte (Mekhilta). |
זָכוֹר אֶת הַיּוֹם הַזֶּה. לִמֵּד שֶׁמַּזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בְּכָל יוֹם: |
| 13 :8
C’est pour cela Afin que je puisse accomplir Ses mitswoth comme celles du sacrifice pascal, de la matsa et des herbes amères que voici. Hachem a agi pour moi Allusion à la réponse à donner au fils méchant : « Hachem me l’a fait à moi, pas à toi ! Si tu avais été là-bas, tu n’aurais pas mérité d’être sauvé » (Mekhilta). |
בַּעֲבוּר זֶה. בַּעֲבוּר שֶׁאֲקַיֵּם מִצְוֹתָיו כְּגוֹן פֶּסַח מַצָּה וּמָרוֹר הַלָּלוּ:
עָשָׂה ה’ לִי. רָמַז תְּשׁוּבָה לַבֵּן הָרָשָׁע לוֹמָר עָשָׂה ה’ לִי וְלֹא לְךָ שֶׁאִלּוּ הָיִיתָ שָׁם לֹא הָיִיתָ כְּדַאי לִגָּאֵל (מְכִילְתָּא): |
| 13 :9
Ce sera pour toi comme un signe La sortie d’Egypte sera pour toi comme un signe sur ta main et comme mémorial entre tes yeux. Tu écriras ces chapitres et les attacheras à la tête et au bras. Sur ta main La gauche. C’est pourquoi le mot yadekha (« ta main ») est écrit plus loin (verset 16) avec la lettre hé en finale, pour t’apprendre que c’est la main la plus faible (Mekhilta, Mena‘hoth 37a). |
וְהָיָה לְךָ לְאוֹת. יְצִיאַת מִצְרַיִם תִּהְיֶה לְךָ לְאוֹת עַל יָדְךָ וּלְזִכָּרוֹן בֵּין עֵינֶיךָ רוֹצֶה לוֹמָר שֶׁתִּכְתּוֹב פָּרָשִׁיּוֹת הַלָּלוּ וְתִקְשְׁרֵם בָּרֹאשׁ וּבַזְּרוֹעַ:
עַל יָדְךָ. עַל יָד שְׂמֹאל לְפִיכָךְ יָדְכָה מָלֵא בְּפָרָשָׁה שְׁנִיָּה לִדְרוֹשׁ בָּהּ יָד שֶׁהִיא כָּהָה: |
| 13 :14
Lorsque ton fils t’interrogera demain Il existe un « demain » qui est immédiat, et un « demain » qui est lointain, comme celui-ci et comme cet autre : « afin que vos fils ne disent pas “demain” à nos fils » (Yehochou‘a 22, 27), à propos des descendants de Gad et de Reouven (Mekhilta). Qu’est-ce que cela C’est l’enfant simple qui est incapable de poser une question élaborée et qui reste dans le vague : « Qu’est-ce que cela ? ». Un autre enfant demandera ailleurs : « Que sont les témoignages, et les statuts et les ordonnances ? » (Devarim 6, 20). C’est la question de l’enfant intelligent. La Tora emploie le langage de chacune des quatre catégories d’enfants : le simple, le méchant, celui qui ne sait pas poser de questions et celui qui interroge intelligemment. |
כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר. יֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא עַכְשָׁיו וְיֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא לְאַחַר זְמָן כְּגוֹן זֶה וּכְגוֹן מָחָר יֹאמְרוּ בְנֵיכֶם לְבָנֵינוּ דִּבְנֵי גָּד וּבְנֵי רְאוּבֵן:
מַה זֹּאת. זֶה תִּינוֹק טִפֵּשׁ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהַעֲמִיק שְׁאֵלָתוֹ וְסוֹתֵם וְשׁוֹאֵל מַה זֹּאת וּבְמָקוֹם אַחֵר הוּא אוֹמֵר מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים וְגוֹ’ הֲרֵי זֹאת שְׁאֵלַת בֵּן חָכָם. דִּבְּרָה תּוֹרָה כְּנֶגֶד אַרְבָּעָה בָּנִים. תָּם רָשָׁע וְשֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִשְׁאוֹל. וְהַשּׁוֹאֵל דֶּרֶךְ חָכְמָה: |
| 13 :16
Et pour fronteaux entre tes yeux Ce sont les tefilin. On les appelle totafoth (« fronteaux ») parce qu’elles comportent quatre cases. En effet, le mot tat veut dire : « deux » en langue katpi et le mot foth veut dire : « deux » en langue afriki (Sanhèdrin 4b). Le grammairien Mena‘hem classe ce mot dans la même catégorie que : « parle (wehatéf) au midi » (Ye‘hezqel 21, 2) et que : « ne parlez (tatifou) pas » (Mikha 2, 6). Il s’agit d’une incitation à parler, tout comme le « mémorial » (verset 9) est une incitation à se souvenir : En voyant les tefilin fixées entre les yeux, on « se souviendra » du miracle et on en « parlera ». |
וּלְטוֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ. תְּפִלִּין וְעַל שֵׁם שֶׁהֵם אַרְבָּעָה בָּתִּים קְרוּיִן טוֹטָפוֹת טָט בְּכִתְפֵי שְׁתַּיִם פַּת בְּאַפְרִיקֵי שְׁתַּיִם וּמְנַחֵם חִבְּרוֹ עִם וְהָטֵף אֶל דָּרוֹם. |
Rester vraiment vivants
Comme le dit Boris Cyrulnik, la cause du traumatisme des enfants, ce n’est pas les attentats. Les bombes provoquent des morts, mais c’est la désorganisation sociale et émotionnelle qui provoque des traumatismes. Il poursuit en soulignant que l’ « attachement secure » (le fait de se sentir en sécurité dans une relation humaine) et la possibilité de verbaliser sont les clefs de la résilience.
Certains d’entre nous, la police, l’armée, s’occupent du danger au niveau collectif. D’autres, les médecins, les infirmiers, prennent en charge les blessures du corps. Certains sont des spécialistes des soins de l’âme, ce sont des psychologues, des thérapeutes. L’amitié et la chaleur d’être ensemble, nous aident à surmonter certains traumatismes. Nos traditions spirituelles, religieuses ou laïques, nous aident à renouer avec le sens de nos vies.
Notre tradition, le judaïsme, nous contraint à prendre toute la mesure de notre devoir de « protéger nos âmes ». Nous devons nous défendre si nous sommes attaqués. Nous devons chercher la paix et la poursuivre sans cesse. Nous devons aussi être là pour nos sœurs et frères juifs et nos sœurs et frères humains.
Dans le cadre de notre synagogue, nous cherchons des moyens d’être présents à notre identité humaine et à la solidarité « inter-familles » qui s’impose en ces circonstances. Comme Dieu le dit à Avraham dans la paracha leH léHa : « Par toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Si vous êtes intéressés par des actions interconvictionnelles, je vous invite à prendre contact avec moi.
D’une façon plus centrée, nous sommes également tenus par un certain nombre de commandements, qui nous enjoignent de prendre soin les uns des autres et de prendre soin de nous-mêmes dans le cadre spécifique de notre tradition.
Je voudrais en mentionner trois : La bénédiction de la générosité, la bénédiction des miracles et le commandement de profiter de chaque instant de la vie. En hébreu : Birkat hagomel, birkat hanissim et mitsvat véassou lahem. Ceux qui savent ce dont je parle, me pardonneront je l’espère la liberté de ma traduction, ils admettront peut-être que ces mots sont difficilement traduisibles.
Nous allons nous concentrer aujourd’hui sur birkat hagomel, la bénédiction de la générosité.
Cette bénédiction doit être prononcée en présence d’un minian, lorsqu’on a échappé à un danger grave. On a coutume de la dire après être monté à la Torah, à l’occasion de l’office du samedi matin. Le Talmud BeraHot 54b enseigne : « Quatre types de personnes doivent dire cette bénédiction : Ceux qui ont voyagé en mer, ceux qui ont traversé des déserts, ceux qui étaient malades et ont guéri, ceux qui ont été emprisonnés puis libérés. »
ארבעה צריכים להודות – יורדי ים, הולכי מדבריות, מי שהיה חולה ונתרפא, ומי שהיה חבוש בבית האסורים ויצא
Le choulHan arouH souligne que les quatre initiales Havouch (prisonnier) Yssourin (souffrance) Yam (mer) et Midbar (désert) forment le mot « Haym » qui signifie la vie.
Nous pouvons considérer que le fait d’être en vie est un miracle, nous le répétons tous les jours dans la amida, et nous ne savons pas à chaque instant à quoi nous devons notre salut. Nous devons d’être vivants aujoud’hui à des miracles de la médecine, des miracles de la nature, au mérite de notre organisation sociale, à la chaleur de nos amis, à la bienveillance de celui-ci ou de celle-là qui nous a tendu la main au bon moment. Combien de dangers connus et inconnus de nous avons-nous traversés pour être encore en vie, ici, ensemble, ainsi que nous le disons avant la lecture de la Torah : « ואתם הדבקים בה’ אלהיכם חיים כולכם היום »., et vous qui vous attachés à l’Eternel votre dieu, vous êtes tous en vie aujourd’hui, en vie, c’est-à-dire en pleine conscience de notre présence ici et maintenant.
Nous disons Birakat hagomel, la bénédiction de la générosité, lorsque nous avons échappé à un danger. Cela nous donne l’occasion de repenser au danger dans le cadre le plus sûr, le cadre de la synagogue qui est notre maison, le cadre de la synagogue qui est notre famille.
Nous disons :
בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַגּוֹמֵל לְחַיָּבִים טוֹבוֹת, שֶׁגְּמָלַנִי כָּל טוּב
Tu es une bénédiction Eternel notre dieu , roi du monde, qui distribue généreusement ses bienfaits à ceux qui sont sans mérite, et qui m’a généreusement distribué tout ce qui est bon.
BarouH ata adonaï hagomel laHayavim tovot
En effet, vivre n’est pas tellement un droit, c’est surtout un privilège, rien ne nous est dû, mais au contraire nous avons le devoir d’employer nos vies de la meilleure façon.
L’assemblée nous répond :
אָמֵן, מִי שֶׁגְּמַלְּךָ כָּל טוּב, הוּא יִגְמָלְךָ כָּל טוּב סֶּלָה
Je place ma confiance dans ce fait, Celui qui t’a généreusement distribué toutes ses bontés continuera à te donner généreusement tout ce qui est bon, un point c’est tout.
Amen, michégmaleH(Ha) kol touv hou YgmaleH(Ha) kol touv sela
Nous avons confiance dans le fait que nos vies ont un sens. Le fait d’être en vie nous oblige, en tant qu’humains, de même que le fait d’être sortis de l’esclavage nous oblige, en tant que juifs. Nous ne saurons pas comment il se fait que nous sommes en vie aujourd’hui, nous et pas d’autres, mais nous savons que c’est à nous de tirer le meilleur des opportunités qui se présentent à nous, et à la première de nos chances qui est celle d’être là, actifs, dans ce monde.
Un autre privilège, c’est celui d’appartenir à des familles génétiques et à des familles d’idées qui nous apportent le sentiment de chaleur humaine qui permet de surmonter les épreuves.
Il est de notre devoir de venir prononcer Birkat hagomel lorsqu’on a échappé à un danger, et aussi de notre devoir d’entourer les « rescapés de la vie » quand ils ont échappé à un danger. Les rescapés de la vie, c’est nous tous, tôt ou tard, lorsque l’occasion se présente.
Nous pourrons commencer par prononcer cette bénédiction tous ensemble ce chabbat.
Que nos synagogues soient pour nous des lieux d’attachement en toute confiance, que nos relations communautaires soient des occasions de verbalisation, pour que nous restions entiers, vraiment vivants, à travers les épreuves d’aujourd’hui, mais aussi à travers les complications personnelles.
Amen
Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression
Mes dernières paroles seront : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »
Si autre chose sortait de ma bouche, j’aimerais que vous entendiez quand même ces mots : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad ».
Ils signifient que je peux mourir, mais que ma foi en l’humanité ne le peut pas.
Je tiens à le dire publiquement aujourd’hui, car aujourd’hui, nous voyons ce qui se passe autour de nous et nous savons que nous pouvons mourir de façon imprévue.
Nous savons aussi que cela ne se produira sans doute pas.
Mais nous savons aussi que même si cela ne se produit pas, notre conscience du danger a un impact sur nous.
Nous voulons que cet impact soit un impact positif, qui nous rende plus sage à chaque instant et plus aptes à profiter de la vie et à agir en conformité avec nos croyances.
Le juif bien aimé d’un roi, forcé de le condamner à mort, eut la « chance » de pouvoir choisir sa mort. Il a choisi : Il voulait mourir de vieillesse.
Georges Brassens dans sa chanson « mourir pour des idées » fait le même choix : il faut défendre ses idées en vivant, s’il faut mourir, ce sera « de mort lente ».
J’espère que nous mourrons tous de vieillesse dans très longtemps.
En attendant, nous sommes vivants, comme le dit la bénédiction qui introduit la lecture de la torah : vous qui vous liez profondément à vos valeurs, à l’amour du prochain et à la justice, « vous êtes tous vivants aujourd’hui », Haïm koulHem hayom.
Nous sommes vivants, et nous partageons ce moment du chabbat, cet îlot de paix que rien ne peut atteindre.
La paix et la joie, l’amour du prochain sont nos moteurs.
Le chabbat est le moment du retour à la paix, à la joie, et à l’amour du prochain.
Bien sûr, nous avons les yeux ouverts sur le monde, nous savons que tout ceci est une utopie.
Mais cette utopie parfois se réalise, en certains moments, et nous sommes là ce soir.
Ce qui arrive en ce moment n’est pas exceptionnel.
Au vu de l’histoire en général, ce n’est que trop connu.
Au regard de l’histoire juive, il n’y a aucune surprise.
De tous temps, la dignité humaine est bafouée, « toujours debout le héros attire la foudre », comme le disait Gilles Vigneault.
De tous temps et dans toutes les civilisations, il y a des héros de l’histoire, qui tiennent haut la bannière de la liberté identitaire.
Sur la bannière de l’identité humaine figurent tous les êtres humains.
Les croyants et les laïcs, les pratiquants et les athées, ceux qui ont une large vision du bien commun, et ceux dont la vision est plus étroite, les gens forts, les gens perdus, les gens tristes, les gens heureux, les gens fédérés et les gens solitaires.
Nous sommes tous sur la bannière de la dignité humaine. Nous devons tous la tenir haut.
La dignité humaine est le symbole de la royauté divine. Ou le contraire peut-être, la royauté divine est le symbole de la dignité humaine. Prenez-le comme vous voudrez.
Le sacré, c’est l’humain, c’est les individus, c’est nous et notre capacité de faire advenir un mieux.
Que sommes-nous ? Qu’est-ce que notre vie notre sagesse, notre force ? Devant l’histoire, devant notre responsabilité, les plus sages ne sont-ils pas comme le néant, les savants comme sans intelligence ?
Mais nous sommes tes enfants, les enfants de ton alliance, nous sommes alliés au « divin » quel qu’il soit, dans la défense de la dignité humaine. Voilà ce que nous disons tous les jours dans la prière du matin et aujourd’hui plus que jamais. Car nous sommes alliés à nos frères et à nos sœurs humains, dont le corps est sacré, dont le corps physique représente l’image de dieu, car nous considérons que la vie humaine dans sa vulnérabilité, dans sa matérialité, notre corps a été créé à l’image de dieu, porter atteinte au corps, c’est le blasphème ultime, un coup fatal à l’image du créateur.
Nous sommes les enfants de l’alliance. Nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles.
L’histoire a prouvé qu’on pouvait tuer les juifs, tuer beaucoup de juifs, mais qu’on ne pouvait pas tuer nos idéaux.
Et cela est valable pour toute personne, pour tout héros de l’histoire, et pour toute héroïne, de l’histoire juive et de l’histoire universelle, pour tous les personnages qui nous inspirent et dont nous transmettons la mémoire aux générations futures.
C’est cela que nous raconte l’histoire de rabbi Akiva.
Alors qu’il était supplicié par les romains, sa peau arrachée à l’aide de peignes, il s’approchait de sa fin. Mais le soir tombait, il était temps de dire le chéma. Il prononça alors la première phrase du chéma : chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute Israël l’eternel est notre dieu l’eternel est un.
L’histoire pourrait s’arrêter là. La morale serait : soyez héroïques comme Rabbi Akiva et respectez les commandements.
Mais l’histoire continue.
Car les élèves de rabbi Akiva s’insurgent. Ils l’interpellent. Comment ! Il faut aller jusque là ?! Il faut dire le chéma israel sous la torture !? Ce serait inhumain d’exiger une chose pareille !
Rabbi Akiva leur répond. Il ne dit pas que c’est obligatoire, il dit que telle est sa volonté. Pendant des années il a répété matin et soir, répété que sa dignité d’être humain était plus forte que toutes les atteintes, répété qu’il ne trahirait pas ses valeurs, même au péril de sa vie. Mais il ne savait pas si c’était vrai.
Comment savoir si nous serons à la hauteur à nos derniers moments ?
Alors pour rabbi Akiva, ces derniers moments sont venus, et il était capable de prononcer ces mots puissants, plus puissants que toutes les armées romaines.
C’est cela qu’il répond à ses élèves.
Une voix descend du ciel et annonce : rabbi Akiva a accédé à la vie éternelle.
Car aujourd’hui encore il est notre exemple et notre référence, au même titre que tous les héros de l’histoire.
Rabbi est tombé.
Mais quand un ami tombe, un ami sort de l’ombre à sa place.
Comme le dit le chant des partisans : rabbi si tu tombes un rabbi sort de l’ombre à ta place.
Seuls, nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensembles, nous sommes puissants et invincibles.
Alors soyons ensemble, avec nos frères et sœurs proches et éloignés, avec nos alliés de ce temps et ceux des temps passés, et comme au Sinaï, convoquons avec nous les générations futures.
Que les générations futures, la pensée de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir nous protège des erreurs, du repli, de céder à la peur.
J’ai parfois peur et parfois je suis juste insensible à la peur comme anesthésiée.
Je sais que je vais mourir un jour, et j’espère que ce sera dans longtemps.
J’ai un très fort sentiment du privilège qui est le nôtre, d’être porteuse avec chacun de vous de valeurs qui nous sont chères.
Si je devais mourir misérablement, alors considérez plutôt que mes derniers mots seront chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute israel la vérité sacré de la dignité humaine est unique dans le temps et l’espace.
Seuls, nous sommes faibles et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles. Soyons ensemble.
Allumons la poudre qui enflammera l’identité citoyenne, car les militants de l’identité humaine peuvent se multiplier bien plus vite que les exactions terroristes.
Voilà mon testament : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »
Il n’y a qu’un seul dieu, celui qui exige que chaque être humain puisse VIVRE pour ses idées, celui qui nous demande d’être bons avec nous-mêmes et avec notre prochain, c’est le même pour tous les défenseurs de la liberté.
Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression.
Rabbin Floriane Chinsky – MJLF Surmelin