L’enseignement oral, plus important que la Torah elle-même?

Après ces trois séances de « CultureJ », nous ressortons de cette immersion dans l’enseignement oral lui-même et dans son histoire avec le sentiment de la beauté et de la spécificité de notre tradition.

Nous comprenons que d’autres traditions religieuses ou spirituelles cherchent avant tout une vérité simple et rassurante, et nous comprenons qu’elles ne recherchent pas l’appel à la responsabilité et le relativisme que notre tradition nous enseigne.

A travers le paradoxe de notre mortalité, à au cours de notre quête de logique qui se heurte aux lacunes de la science, nous avons, en tant qu’espèce, recherché des sécurités et les religions sont parfois au coeur de cette recherche. Nous avons vu que la tradition juive nous invite au courage et au refus ce ces simplifications.

Nous avons brièvement évoqué le fait que les rythmes du temps juif sont peut-être l’élément rassurant qui nous permet de renoncer à la sécurité du dogme.

A partir de la prochaine séance, nous nous pencherons sur le temps juif et rechercherons la façon dont il nous guide dans le courage de la responsabilité et dont il nous accompagne dans notre besoin de sécurité affective.

Alors, la préséance de l’enseignement oral, est-ce une notion facile à appréhender? Que signifie cette oralité pour notre temps? J’attends avec impatiences vos idées, vos remarques sur le cours pour ceux qui y ont assisté, et votre avis ou d’autres sources pour tout le monde!

A très bientôt!

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Célébrons les miracles de demain !

Reprenez votre toupie de Hanouka. Les lettres noun, guimel, hé, ornent trois de ses côtés. Elles représentent les mots Ness (un miracleנס), Gadol (grand גדול), haya (il y eut היה). Mais quelle est la quatrième lettre ? S’agit-il d’un Pé pour Po (ici פה, pour les toupies israéliennes) ou d’un Chin pour Cham (là-bas שם, pour les françaises) ?

L’allumage des bougies à nos fenêtres a pour but la publication DU miracle. « LE miracle » ? Oui, mais lequel ?

Célébrons-nous le prodige d’une huile qui brûle sans se consumer, la ménorah du Temple à l’époque hasmonéenne, d’après le Talmud ? La victoire sur des ennemis plus nombreux, les makabim ayant vaincu les grecs, comme dans le Al hanissim ? La ré-inauguration du Temple, selon le livre des makabim ? Notre survie physique et spirituelle malgré les épreuves de l’histoire ? La renaissance de l’Etat d’Israël ? Célébrerons-nous également les petits miracles du quotidien, celui d’une personne qui franchit pour la première fois le seuil d’une de nos synagogues, d’un enfant qui trouve le courage de prendre sa place le jour de sa Bar/bat Mitsva, celui d’une main qui se tend quand on en a besoin ?

Nous chanterons cette année encore « sévivon sov sov » en famille et en communauté. Finirons-nous la chanson par « un grand miracle eut lieu là-bas », en Israël ou « ici », en France, et dans tous les pays ou l’existence juive poursuit son cours? Penserons-nous uniquement aux miracles de ces jours-là,  בימים הה, ou également à ceux qui se déroulent à notre époque, בזמן הזה ? A ceux réalisés par nos ancêtres pour que nous existions ? Ou à ceux qui restent à accomplir pour faire vivre un judaïsme de bonheur et d’engagement pour les générations futures ?

L’idéal juif est encore en chemin, et nous en sommes les porteurs.

Hag Ourim SaméaH ! Bonne fête des lumières ! Bonne construction communautaire !

Remonter sur les épaules des géants

Dracha kipour 5775

Plus que 31 ans à tenir.

C’est Ray Kurzweil qui l’a dit.

En 2045, nous serons immortels.

Voilà ce que prétend le trans-humanisme. Il sera possible de transférer les données de notre cerveau. Ce ne sera plus de la science-fiction.

JE pourrai survivre et améliorer mon corps, être une « plus qu’humaine ».

Depuis l’aube des temps, nous luttons pour dépasser nos limitations. Pouvons-nous nous transformer en une humanité « augmentée », améliorée, immortelle ?

Quels seraient les moyens éthiques de le faire ? Lesquels seraient inacceptables ?

C’est une question très difficile pour un juif.

En effet, notre tradition nous enseigne à la fois l’aspiration à l’excellence ET la modération, l’ambition ET la solidarité.

Ainsi,

nous devons agir dans le tikoun olam, la correction du monde,

nous nous considérons (et l’humanité à nos côtés) comme étant dans l’alliance avec dieu, des acteurs de la création,

la circoncision elle-même symbolise l’alliance, c’est-à-dire notre pouvoir sur notre nature, notre devoir de coopération avec notre corps.

Nos actes corporels sont sacrés.

La sexualité ? C’est sacré, à tous les âges, avec ou sans procréation, dans le cadre du travail sur une relation équilibrée avec son propre corps et avec son partenaire.

L’abstinence ? Sacrée aussi, à certains moments, en tant que balancier qui permet au couple équilibriste de ne pas tomber de son fil.

La gourmandise ? C’est sacré, à tel point que nous disons des bénédictions avant de manger.

La faim ? C’est sacré également, aujourd’hui en ce jour de jeune, c’est une bonne chose, une occasion unique de ressentir la faiblesse de nos corps et de comprendre mieux ceux qui l’éprouvent au quotidien.

Le manque nutritionnel est un outil, nous le savons dans nos têtes ce soir, nous le saurons dans nos corps demain soir.

Nos corps nous stabilisent, parfois trop, comme le disent les prophètes, tu as mangé, tu t’es engraissé et tu t’es mis à refuser tes obligations !

Ces gestes quotidiens sont sacrés car ils sont une façon d’agir sur nous-mêmes, sur nos corps, sur notre construction.

Pouvons-nous modifier nos corps ?

Nos corps sont sacrés, oui, parce qu’ils sont à l’image de dieu, porter atteinte à l’intégrité physique de quelqu’un, le frapper, est un blasphème (en plus d’être interdit !). Les tatouages et les piercings sont, disons, déconseillés.

Mais nous avons le droit d’intervenir sur nos corps, nous pouvons être opérés pour protéger notre santé ; plus encore, les téfilines eux-mêmes, lorsqu’ils sont sur nos fronts et sur nos bras, sont le signe volontaire d’une « réalité augmentée » de l’humain, leur empreinte sur nos bras témoigne de notre concentration vis-à-vis de nos valeurs le matin-même, c’est l’affirmation que nous voulons faire entrer en nous autre-chose que ce qui était nous-mêmes.

Et tel est le propre de l’humain, et le miracle de la plastie du cerveau, qui se modifie pour créer des souvenirs, ces souvenirs que nous rouvrons depuis Roch hachana.

Nos vies nous changent, nos fréquentations, nos proches nous changent, le souvenir est une empreinte physiologique, vraiment écrite dans nos corps, ces paroles que je t’ordonne aujourd’hui sont vraiment « gravées dans nos cœurs », comme nous le disons dans le Chéma Israël, c’est-à-dire imprimés dans nos neurones.

Nous nous « augmentons » sans cesse, mais de quelle façon et jusqu’où ?

En tant que juifs, nous ne croyons pas au « satan », aux démonisations. Certaines questions peuvent faire peur mais aucune ne peut être taboue.

Dire que nous sommes responsables de nous faire nous-mêmes, c’est dangereux. Avec quelle limite ? Greffes, implants électronique, transformations génétiques, investissements couteux qui pénalisent les moins fortunés ?

Dire que nous ne sommes pas responsables de nous faire nous-mêmes, c’est dangereux aussi. Nous subissons nos pulsions ? Ce que nous sommes, c’est la faute des autres ? De « dieu » ? De la société ?

Les prophètes ont consacré des pages, des années, et fait des sacrifices personnels incroyables pour s’opposer à chacune de ces deux tendances : l’individualisme en fantasme de puissance, la « soumissionnite » en fantasme d’impuissance.

Ainsi, nous pouvons entendre ce désir d’humanité augmentée, de Ray Kurzweill et y adhérer partiellement certainement,

– puisque tel est l’essence de l’humain, être plus que la nature,

– puisque telle est l’essence du judaïsme, chercher à être un partenaire du Créateur dans la création de nous-mêmes et de notre descendance,

– puisque telle est l’essence du jugement de Yom kipour, nous sommes jugés pour ce que nous avons fait de nous-mêmes.

Nous pouvons adhérer partiellement aux ambitions de Ray Kurzweill mais pas tout à fait à sa façon à lui. Je crois qu’aujourd’hui, Kipour vient nous dire que les transformations, dans la tradition juive, se font en solidarité et en douceur.

Nous avons chacun et chacune commis des fautes, provoqué des dommages à nous-mêmes, que nous devons réparer aujourd’hui.

Mais avons-nous commis des vols, des extorsions, des falsifications, de fausses accusations ? Y a-t-il quelqu’un ici qui soit allé si loin ? Non, n’est-ce pas.

Je ne pense pas avoir rien commis de tel de façon directe, mais la société dans laquelle je vis, certainement. J’ai laissé perdurer un cadre où le vol, la trahison, etc… sont possibles. C’est pourquoi il est justifié de dire le vidoui au pluriel, et de mentionner des fautes que nous ne pensons pas avoir commises. אשמנו בגדנו דברנו דופי.

Le bilan des fautes juif se fait en solidarité.

L’épanouissement parfait selon la tradition juive, viendra quand nous aurons été capables de créer une société sans laissés pour comptes, où chacun et chacune trouvera sa place, et qu’on appelle chez nous, ימות המשיח, les jours du messie.

Et en attendant, nous œuvrons ensemble à créer une synagogue sans laissés pour compte, et toujours plus riche humainement et intellectuellement grâce à la souplesse, à la bienveillance et à l’engagement de tous, merci. Chacun est invité à prendre part à ce grand projet.

Alors, que dire maintenant à propos de Ray Kurzweill, l’informaticien juif transhumaniste ?

Ray Kurzweill est né à New york en 1948. Kurt Weill, qui était musicien comme son père, est mort à New-york en 1950.

Kurt Weill suivait aussi d’une certaine façon les traces de son père, qui était Hazan.  Lui qui a composé avec Bertold Brecht avait commencé par écrire un « מה אדיר », chant qui accompagne la rentrée des fiancés lors du mariage juif !

Je dirais alors que j’espère que les générations futures sauront s’appuyer sur le savoir des générations précédentes, comme nous pouvons remonter sur les épaules des géants qu’étaient certains sages du passé, pour voir plus loin.

Evoluer, oui, mais en nous appuyant sur la sagesse du passé.

Dans l’habanéra de Kurt Weill, l’ère messianique se nomme Youkali :

« C’est dans notre nuit comme une éclaircie l’étoile qu’on suit c’est youkali, youkali c’est le respect de tous les vœux échangés, youkali, c’est le pays des beaux amours partagés, c’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains, la délivrance, que nous attendons tous pour demain. »

Aujourd’hui, nous entrons dans cette île, toute petite, de yom kipour, cette île de rencontre avec soi-même, de rencontre avec notre avenir, rencontre avec les autres, rencontre avec la communauté.

Nous entrons dans ce sas de décompression pour 25 petites heures, qui nous mettra en relation notre passé et notre avenir ;

Nous n’avons pas besoin de « tenir » 31 ans avant que notre cerveau soit, éventuellement, enregistré dans un ordinateur.

Nous préférons remettre MAINTENANT nos vies sur le métier à tisser et poursuivre ces 4000 ans de quête d’une relation juste à nous-mêmes, à l’autre, et à nos espoirs pour le monde.

Nous espérons nous installer toujours mieux sur les épaules des géants qui nous ont précédés, et que nos enfants puissent continuer, à notre suite, à voir plus loin encore.

Qui sait ce que, demain, et dans un an, à ce même rendez-vous de Kipour, nous verrons du haut des nouvelles montagnes que nous aurons escaladées !

Qui sait ce que nos enfants y verront, s’ils trouvent des épaules confortables sur lesquelles s’installer ?

צום מועיל,

Que ce jeune nous soit profitable.

Ouverture des inscriptions pour la vie, demain à 18h45!

En cette veille de Roch hachana, nous sommes presque prêts à accueillir le renouveau de l’année.
La synagogue s’est déjà habillée de blanc, le blanc de l’espoir, le blanc de la joie, le blanc aussi qui nous rappelle l’ouverture d’une nouvelle page dans nos vies.

Demain, nous serons nous-mêmes vêtus de blanc, de ce blanc qui dans notre tradition est aussi la couleur du deuil, et nous rappelle que nos vies ont une fin, et qu’en ce sens, nous risquons effectivement notre vie à Roch Hachana.
Gagnerons-nous une année de vie, par notre volonté d’investir cette année de tout son potentiel? Ou perdrons-nous une année, incapables d’en valoriser le bien et de cloisonner l’impact des difficultés?

Réussirons-nous à intégrer toutes les nouvelles connaissances acquises l’an dernier ?
Les connaissances intellectuelles bien sûr, mais aussi les connaissances humaines… Saurons-nous attribuer leur juste place aux événements du passé ?
Que nous dit le passé de ceux que nous sommes ? Nos « échecs » furent-ils des échecs ? Nos « réussites » de vrais succès ?
Avons-nous déjà compris le sens de nos erreurs ou reste-t-il encore du chemin à accomplir ?
Ces questions, nous nous les posons à nous-mêmes, et nous nous les posons mutuellement à Roch Hachana. Nous pouvons en parler avec nos proches, nos familles, nos amis, nos enfants, demain soir, devant la table familiale. Savons-nous vraiment quels sont leurs espoirs? Le fait même d’y penser est une projection vers l’avenir, une invitation consciente que nous faisons à tout notre être, une invitation à nous projeter vers le bien.

Si nous cheminons de Roch Hachana, jusqu’à Yom Kipour, de Soukot jusqu’à SimHat Torah sur les sentiers de l’examen du passé et de la mise en place de l’avenir, l’année qui se présentera devant nous demain soir sera, certainement, une année qui comptera dans nos vies.

Espérons que comme Sarah notre mère nous pourrons dire que chacun des jours de notre vie aura compté de façon pleine et entière.

Soyons prêts à ces jours tissés d’une joie si profonde, par le fait même qu’ils sont redoutables.

Prêts à rentrer dans une nouvelle année, nous, nos proches et nos communautés.
Léchana tova tikatévou ! Faites-vous inscrire pour une année excellente !

SeliHot à surmelin/ganénou

Les seliHot sont l’un des moments fort de l’année juive et nous font entrer directement dans les fêtes de Tichri.

Merci à tous ceux qui se sont déjà inscrits aux offices des seliHot de Surmelin.
Vous pouvez faire circuler ce lien pour inviter les uns et les autres à ajouter leurs noms au sondage doodle suivant:

(en vertu du célèbre adage: plus on est de juifs, mieux on prie!)
Si vous avez des demandes particulières concernant les airs et les textes des seliHot, n’hésitez pas à me les communiquer.
Le texte de base sera celui contenu dans nos sidourim.
N’oubliez pas d’amener vos tallitot et téfilines, nous prendrons quelques minutes pour en réexpliquer la signification.
Au plaisir de partager pour la première fois en votre compagnie ces prières si particulières!

Zététique et éthique juive – Paracha Choftim, rentrée vers 5775

Georges Charpak et Henri Broch ont publié en 2002 un livre qu’ils ont nommé « Devenez sorciers, devenez savants ».

Ils font ainsi la preuve qu’ils maitrisent l’art du titre, posant en prémices un paradoxe fondateur : il y aurait un rapport entre le fait de devenir sorcier et celui de devenir savant !
Notre tradition vibre au rythme de la deuxième proposition et nous répète : « Devenez savants ! »
En revanche, la Torah ne cesse de répéter : ne devenez pas sorciers.

Oui, nous devons devenirs savants.
Le « Talmud Torah » au sens large, l’ « étude de la torah », nous soutient dans notre identité depuis les débuts de notre histoire. En 1882, Jules Ferry a rendu l’école obligatoire pour tous en France. Sept siècles avant l’E.C., la Torah portait à l’écrit l’obligation « et tu raconteras à ton fils » « והגדת לבנך » (Ex.13 :8). En 64, Chimon ben Gamla instituait l’obligation pour chaque ville de créer une école primaire, pour permettre aux parents d’accomplir leur devoir d’enseignement.
Le « rite initiatique » juif (Bar et Bat Mitsva) est centré sur la culture : l’enfant doit savoir lire pour lui-même et pour les autres afin de prouver sa valeur dans le monde adulte. Savoir lire, étudier, cela fait partie de la vie juive, au même titre que se marier et chercher un métier. La michna Avot (5 :21) nous décline le programme de la vie : « A l’âge de cinq ans on apprend la bible, à dix ans on étudie la michna, à treize ans on s’occupe des commandements, à quinze ans on étudie le Talmud, à dix-huit ans on se marie, à vingt ans on cherche un travail, à trente ans on atteint la force, à quarante ans la sagesse, à cinquante ans les capacités de conseiller… ».

Cet amour du judaïsme pour le savoir rattache notre tradition à la conscience humaine elle-même. Depuis l’aube des temps, nous tentons, en tant qu’espèce humaine, de comprendre le monde qui nous entoure. Dans un débat avec Michel Foucault en 1971, Noam Chomsky affirmait que la capacité à reconstituer une vérité, un système de compréhension, une logique, à partir de quelques éléments seulement, était une caractéristique de l’humanité, peut-être la plus fondamentale.

Il semble que cette capacité soit une nécessité vitale pour des êtres qui, comme nous, sont doués d’une certaine compréhension, compréhension et capacité de prévision qui nous obligent sans cesse à faire face au risque de la mort. Dans ce contexte, comprendre le contexte physique et métaphysique de notre existence est perçu comme une nécessité vitale. Quels que soient le peu d’éléments mis à notre disposition, nous voulons nous rassurer en créant un système explicatif fiable, des certitudes, mêmes illusoires, sur lesquelles appuyer notre sentiment de sécurité.

Henri Broch en a obtenu confirmation lorsque, dans les années 80, il a effectué un sondage auprès de ses étudiants en science. Soixante-huit pour cent des trois cents étudiants interrogés considéraient « que la torsion du métal par le pouvoir de l’esprit était un acquis scientifique », alors quarante-huit pour cent seulement considéraient la capacité du temps à se dilater en application de la relativité d’Einstein comme plus qu’une simple spéculation théorique. C’est à la suite du choc éprouvé à ce constat qu’il a fondé la chair de Zététique à l’Université d’Aix-Sophia-Antipolis, pour promouvoir le scepticisme scientifique et l’opposer aux phénomènes prétendument paranormaux et aux pseudosciences.

Compte tenu de cet impératif de compréhension du monde, il n’est pas étonnant que l’humanité se soit de tous temps créée des dieux, des forces de références par lesquelles il devenait possible d’agir sur le monde.
Pas surprenant du tout que nous, en tant qu’espèce, nous soyons sans cesse tentés de devenir sorciers, ou de croire à des sorciers capables de nous procurer une maîtrise de notre contexte de vie qui nous fait cruellement défaut.

Notre Torah écrite et la tradition orale qui la développe s’ingénient à nous extirper de ces croyances, imaginaires, oui, mais tellement rassurantes.
Comme le dit Max Weber, les commandements prescrits aux juifs incluent « une éthique hautement rationnelle, c’est-à-dire libre de toute magie comme de toute quête irrationnelle du salut […] ».

Ainsi, lorsque nous pourrions craindre le tonnerre et les éclairs, et peut être les vénérer dans l’espoir de les contrôler, nous préférons prononcer les mots suivants :
« Tu es bénédiction Eternel notre Dieu, roi du monde, dont la force et la puissance emplissent le monde. »

Plutôt que de raconter après le déluge que le dieu El a vaincu le dieu Yam, nous affirmons, tous les matins :
« Tu es bénédiction Eternel notre Dieu, roi du monde, qui étends la terre au-dessus des eaux. »

Au lieu de nous convaincre que les forces du bien et les forces du mal luttent dans une dichotomie et un manichéisme rassurant, nous nous adressons à la même force d’unité, lorsque nous apprenons de bonnes nouvelles, et aussi lorsque nous devons faire face à de dures réalités.
« Tu es bénédiction Eternel notre Dieu, roi du monde, qui est bon et qui agit pour le mieux. »
« Tu es bénédiction Eternel notre Dieu, roi du monde, qui est le seul juge de la Vérité ultime. »

De façon récurrente, la Torah nous enjoint la plus grande prudence, le plus grand recul vis-à-vis de la tentation superstitieuse.

Nous lirons ainsi dans le richon de cette deuxième année du cycle triennal paracha choftim :

« Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, ne t’habitue pas à imiter les abominations de ces peuples-là. Qu’il ne se trouve personne, chez toi, qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille; qui pratique des enchantements, qui s’adonne aux augures, à la divination, à la magie; qui emploie des charmes, qui ait recours aux évocations ou aux sortilèges ou qui interroge les morts. Car l’Éternel a horreur de quiconque fait pareilles choses; et c’est à cause de telles abominations que l’Éternel, ton Dieu, dépossède ces peuples à ton profit. Reste entièrement avec l’Éternel, ton Dieu! Car ces nations que tu vas déposséder ajoutent foi à des augures et à des enchanteurs; mais toi, ce n’est pas là ce que t’a départi l’Éternel, ton Dieu. C’est un prophète sorti de tes rangs, un de tes frères comme moi, que l’Éternel, ton Dieu, suscitera en ta faveur: c’est lui que vous devez écouter! » (Deut 18 :11-15)

Dans d’autres passages, la Torah nous enseigne que les miracles qui pourront être produits par les prophètes ne sont aucunement des garanties de véracité (Deut. 13 :2-5, paracha Réé), mais qu’au contraire, c’est la confrontation des paroles d’un prophète à la réalité qui permettra de valider sa prophétie (Deut. 18 :21,22, paracha choftim).

Voilà une méthodologie que ne renieraient peut-être pas les partisans de la Zététique.
Depuis trois mille ans, la Torah nous ouvre un chemin vers la raison et l’éthique, et ce message reste aujourd’hui de la plus grande pertinence.
Oui, face aux situations de la vie, face aux situations politiques, face à la situation en Israël, nous avons de bonnes raisons d’avoir peur.
Mais aussi, dotés de notre raison, de notre savoir, de notre amour de la vérité et de notre connaissance juive de l’âme humaine, nous devons nous souvenir des merveilleux outils que nous avons dans nos mains pour nous rassurer, pour nous élever aussi haut que possible dans la justice, le bien et l’amour de notre prochain.

La Torah nous dit : « N’apprends pas à pratiquer les abominations de ces peuples. »

לֹא-תִלְמַד לַעֲשׂוֹת, כְּתוֹעֲבֹת הַגּוֹיִם הָהֵם

Rachi développe : « N’apprends pas à pratiquer, mais apprends à comprendre et à enseigner, c’est-à-dire comprendre ce qu’ils font et combien ils sont nocifs, enseigner à tes enfants de ne pas agir de cette façon, car il s’agit de pratiques étrangères. »

לֹא תִלְמַד לַעֲשׂוֹת. אֲבָל אַתָּה לָמֵד לְהָבִין וּלְהוֹרוֹת, כְּלוֹמַר לְהָבִין מַעֲשֵׂיהֶם כַּמָּה הֵם מְקֻלְקָלִין וּלְהוֹרוֹת לְבָנֶיךָ לֹא תַּעֲשֶׂה כָּךְ וְכָךְ שֶׁזֶּה הוּא חֹק הָעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים:

Notre tradition nous enjoint de nous éloigner de ces pratiques, mais aussi de les comprendre, pour nous en prémunir, pour enseigner comment leur résister.
C’est également ce que font Charpak et Broch, en nous proposant de comprendre les procédés d’ illusionnisme pour nous en affranchir, devenir sorciers pour désamorcer la sorcellerie, et ainsi, devenir, autant que possible, savants.

Notre tradition est une tradition d’actualité, de liberté, d’outils pour faire face aux incertitudes du monde, pour œuvrer à la cohésion humaine, à l’amour du prochain.

Qu’il nous soit donné d’y puiser avec intelligence et d’en recueillir l’élixir de jouvence concocté par Nicolas Flamel…
Euh, non, pardon, je me suis juste mélangée dans mes notes…

Que nous puissions nous abreuver à l’eau jamais assez désaltérante du savoir,
Et que le temps qui passera sur nous cette année nous rende plus sages l’an prochain que nous ne le sommes aujourd’hui !

Lettre du 13 décembre à télécharger…

Lettre déc 13