Le bonheur de faire connaissance…

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Le Comité Interreligieux de la Famille Franciscaine était avec nous ce vendredi, représenté par 4 de ses membres, de tradition soufie, bouddhiste et catholique. Ce dimanche, nous avons pu écouter des musiques de différentes origines spirituelles au Palais de la femme, armée du Salut. Peu à peu les liens se créent, nous apprenons à nous connaître, et nous continuerons dans ces directions. Le prochain rendez-vous sera le vendredi 17 avril. Nous aimerions faire la connaissance de personnes ayant des engagements religieux ou philosophiques très pluriels, n hésitez pas et permettons à nos amis de rencontrer nos diversités!

Un peu de douceur interconvictionnelle ce chabbat

Chers membres,

Notre communauté tient au dialogue, nous aimons apprendre les uns des autres.
Le CIFF est un groupe interconvictionnel engagé, une « fraternité » qui regroupe des personnes de convictions chrétiennes, musulmane, sikh, bouddhiste, et juive.
Des liens d’amitié les liens à notre synagogue et nous avons beaucoup à apprendre de leur expérience.
Ce vendredi nous aurons un dîner chabbatique en leur compagnie. Au programme: des chants, de l’amitié, et des échanges sur ce que signifie pour nous la découverte de l’autre.
Encore un petit pas vers plus de compréhension mutuelle….
Apporter un plat salé (sans viande) ou sucré + une boisson. Coordination des apports auprès de Catherine Klein (klein10cat@gmail.com ou 06 63 22 29 59)

Au delà des circonstances, la joie est entre nos mains… L’enseignement de Rabbi NaHman de Bratslav

Alors que les drames terroristes se suivent, je m’interroge. Que faire si le traumatisme s’ajoute au traumatisme et se cumule avec le traumatisme suivant ? Faut-il, de chabbat en chabbat, répéter les mêmes mots ? Car comment trouver des mots nouveaux lorsque les circonstances se ressemblent ?

Peut-on au lieu de s’adresser au désastre du moment, s’adresser à quelque chose de plus profond ? Comment nous soutenir mutuellement face à la peur ?

En regardant vers le passé, nous voyons que de tous temps nous avons été, en tant que juifs, confrontés à des massacres. Mais à chaque fois, nous avons eu la force de choisir les conclusions que nous voulions en tirer.

Quel effet ont-sur nous ces attentats ?
Nous ressentons plus fort encore la fragilité de la vie. Face à cette fragilité, on peut se dire qu’elle ne vaut pas la peine d’être vécue, renoncer, se replier, dépérir. On peut sentir au contraire qu’il faut profiter sauvagement de chaque instant, dans un pur présent qui oublie le futur. On peut se dire que puisque tout le monde souffre ou souffrira, autant tirer au mieux son épingle du jeu sans nous soucier des autres. On peut se trouver embarqués dans des superstitions, essayer de se raccrocher à n’importe quoi. On peut se dire que dieu n’existe pas. On peut entrer en conflit ouvert avec dieu, lui faire activement procès, ou se détourner de lui. On peut se rapprocher aussi, prier, étudier.

Je pense que toutes ces réponses sont humaines et compréhensibles, je peux toutes les sentir en moi, certaines plus dominantes, d’autres simplement en potentiel. Et je m’interroge : parmi ces réponses, lesquelles prévaudront ? Lesquels seront les nôtres et de quelles façons nos attitudes influenceront-elles celles d’autrui ? J’espère que nous réussirons, en tant que personnes, que membres d’une famille, d’une synagogue et membre d’un pays, à choisir les directions les plus nobles. A encourager nos proches à ne pas renoncer, mais au contraire à continuer à œuvrer avec vie, avec joie, avec bienveillance.

C’est ce que dit Rabbi NaHman dans les likouté moharan. Pour comprendre ce qu’est la joie, il propose une parabole. Lorsqu’une personne triste reste en marge du cercle des danseurs, il est possible de l’y faire rentrer, et il partage la joie des autres et oublie sa peine. De même, les sentiments douloureux et dangereux sont parfois rejetés en marge du cercle de notre conscience, la vraie joie est le mouvement de l’âme qui les ramène dans le cercle.

Notre paracha, Térouma, mentionne l’importance d’accepter les offrandes de « toute personne dont le cœur l’y incite », le midrach mentionne qu’il faut aimer l’ « Eternel » de tout son cœur, c’est-à-dire à la fois son yétser hatov, son penchant au bien, la force de vie, et le yétser hara, le penchant au mal.

Puissions-nous inclure dans notre travail personnel et dans notre travail social et civil, toutes nos pensées, et également les personnes en marge, pour que les forces qui nous rendent vivantes soient les plus fortes et que nous atteignions la joie, la joie inclusive, au sens de Rabbi NaHman.

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Et vous, quel est sur vous l’effet de ces attentats? Avez-vous des désirs précis concernant votre façon personnelle de gérer leur impact émotionnel? Souscrivez-vous à l’enseignement de Rabbi NaHman de Bratslav?

Tout doux vers la Bat/Bar Mitsva

Chacun a sa façon d’aborder la BM de son enfant. Les rendez-vous avec le Rabbin ont pour but de trouver votre façon personnelle de célébrer ce moment. Vous trouverez ci-dessous les éléments principaux qui peuvent vous aider à prévoir au mieux ce moment pivot.

Matériel pour l’enfant, à l’avance pour se familiariser puis à amener le jour J:
Achat d’un sidour (livre de prière, disponible à Surmelin ou à Ganénou, prix 30 euros)
Tallit (suggestion de site qui associe beau travail et entre-aide sociale ici)
Téfilines

Devoirs vis-à-vis de la communauté (à régler avec Monica)
Cotisation
Paiement des cours
Don à la communauté

Préparation de l’office:
Vérifier qu’on sait ce qu’on fait à la téva (voir:      Feuille pour les parents de BM)
Parler des honneurs avec Monica puis Remplir le formulaire suivant:        Feuille des honneurs.

Autre, facultatif:
Trouver un traiteur (cacher)
Coupe de Kidouch à inaugurer le jour J
Bougeoirs de chabbat à inaugurer le jour J
Invitations à envoyer aux invités
Invitations spéciale pour l’office du jeudi matin
Photographe (pour le jeudi matin uniquement)
Kidouch pour chabbat et petit déjeuner pour le jeudi matin
Programmation des séances de préparation avec les invités au cours d’un chabbat précédent, avec une petite intervention du Rabbin
Apprendre soi-même une lecture de la Torah ou de la haftara

Jeudi matin:
Arrivée à 8h, office de 8h30 à 9h45 suivi d’un petit déjeuner
Vendredi soir:
office de 18h45 à 19h45
Samedi matin :
Arrivée des parents 10h10, arrivée des invités 10h15.
Début de l’office 10h30 précises (les invités doivent être installés) ( fin de l’office à 12h40)
Les invités peuvent participer aux cours qui précèdent les offices s’ils le souhaitent.

Bar/Bat Mitsva, le rôle de la communauté, le rôle des invités

Venus partager la joie de la famille, les invités participent à un évènement dont ils n’ont peut-être pas l’habitude. C’est l’occasion unique pour eux de découvrir un judaïsme vraiment accueillant et respectueux. Quelles que soient ses convictions et ses connaissances, l’assemblée peut prendre une part active à la cérémonie et il est souhaitable qu’elle le fasse. Pour ceux qui ne connaissent pas la tradition juive ou les offices égalitaires (où femmes et hommes prient ensemble), il est important d’expliquer le déroulement de la cérémonie ainsi que son contexte. Pour tous, il est important de pouvoir suivre l’office ainsi que la lecture de la Torah.  Les invités sont les bienvenus, quelles que soient leurs convictions religieuses ou athées.

Tous les invités qui le souhaitent seront encouragés à participer à accompagner le futur BM et ses parents à un office de chabbat.

Les invités qui le souhaitent seront encouragés à rencontrer le Rabbin pour préparer la cérémonie.

Les proches amis et la famille seront invités à participer activement à l’office de BM.

 

La communauté et tous ses membres sont heureux d’accueillir les jeunes, la famille et les amis.

Votre participation régulière permet de vous connaître et de partager votre joie. Elle vous permet d’être partie intégrante de la communauté, ainsi, vous vous sentirez « à la maison ».

Notre synagogue vous propose des offices vibrants, pleins de sens et ouverts à tous, des cours de tous types (hébreu, créativité, étude approfondie, étude de base…), ainsi que l’occasion d’une solidarité avec les plus démunis (Tsédaka, rencontres), l’entrée dans un réseau social juif, le conseil de notre rabbin pour toute interrogation, l’accompagnement pour toutes les étapes de la vie (naissance et présentations à la Torah, Brit Mila/SimHat Bat (fête de naissance pour les petites filles), BM, mariages, divorces, conversions, deuils).

N’hésitez pas à utiliser les possibilités que nous mettons à votre disposition.

 

Texte d’étude de ce chabbat – Sortir d’Egypte, à toutes les générations

Rachi Bo

Ex 13 :2

Ouverture (pètèr) de toute matrice Celui qui ouvre la matrice en premier, comme dans : « c’est comme quand on donne libre cours (potèr) aux eaux » (Michlei 17, 14), ou dans : « ils donnent libre cours (yaftirou) à leur langue (Tehilim 22, 8).

A moi Je me les suis acquis, en frappant les premiers-nés en Egypte.

פֶּטֶר כָּל רֶחֶם. שֶׁפָּתַח אֶת הָרֶחֶם תְּחִלָּה כְּמוֹ פּוֹטֵר מַיִם רֵאשִׁית מָדוֹן. וְכֵן יַפְטִירוּ בְשָׂפָה יִפְתְּחוּ שְׂפָתַיִם:

לִי הוּא. לְעַצְמִי קְנִיתִים עַ »י שֶׁהִכֵּיתִי בְּכוֹרֵי מִצְרַיִם:

13 :3

Souviens-toi de ce jour-là Ceci nous apprend que l’on doit chaque jour rappeler la sortie d’Egypte (Mekhilta).

זָכוֹר אֶת הַיּוֹם הַזֶּה. לִמֵּד שֶׁמַּזְכִּירִין יְצִיאַת מִצְרַיִם בְּכָל יוֹם:
13 :8

C’est pour cela Afin que je puisse accomplir Ses mitswoth comme celles du sacrifice pascal, de la matsa et des herbes amères que voici.

Hachem a agi pour moi Allusion à la réponse à donner au fils méchant : « Hachem me l’a fait à moi, pas à toi ! Si tu avais été là-bas, tu n’aurais pas mérité d’être sauvé » (Mekhilta).

בַּעֲבוּר זֶה. בַּעֲבוּר שֶׁאֲקַיֵּם מִצְוֹתָיו כְּגוֹן פֶּסַח מַצָּה וּמָרוֹר הַלָּלוּ:

עָשָׂה ה’ לִי. רָמַז תְּשׁוּבָה לַבֵּן הָרָשָׁע לוֹמָר עָשָׂה ה’ לִי וְלֹא לְךָ שֶׁאִלּוּ הָיִיתָ שָׁם לֹא הָיִיתָ כְּדַאי לִגָּאֵל (מְכִילְתָּא):

13 :9

Ce sera pour toi comme un signe La sortie d’Egypte sera pour toi comme un signe sur ta main et comme mémorial entre tes yeux. Tu écriras ces chapitres et les attacheras à la tête et au bras.

Sur ta main La gauche. C’est pourquoi le mot yadekha (« ta main ») est écrit plus loin (verset 16) avec la lettre hé en finale, pour t’apprendre que c’est la main la plus faible (Mekhilta, Mena‘hoth 37a).

וְהָיָה לְךָ לְאוֹת. יְצִיאַת מִצְרַיִם תִּהְיֶה לְךָ לְאוֹת עַל יָדְךָ וּלְזִכָּרוֹן בֵּין עֵינֶיךָ רוֹצֶה לוֹמָר שֶׁתִּכְתּוֹב פָּרָשִׁיּוֹת הַלָּלוּ וְתִקְשְׁרֵם בָּרֹאשׁ וּבַזְּרוֹעַ:

עַל יָדְךָ. עַל יָד שְׂמֹאל לְפִיכָךְ יָדְכָה מָלֵא בְּפָרָשָׁה שְׁנִיָּה לִדְרוֹשׁ בָּהּ יָד שֶׁהִיא כָּהָה:

13 :14

Lorsque ton fils t’interrogera demain Il existe un « demain » qui est immédiat, et un « demain » qui est lointain, comme celui-ci et comme cet autre : « afin que vos fils ne disent pas “demain” à nos fils » (Yehochou‘a 22, 27), à propos des descendants de Gad et de Reouven (Mekhilta).

Qu’est-ce que cela C’est l’enfant simple qui est incapable de poser une question élaborée et qui reste dans le vague : « Qu’est-ce que cela ? ». Un autre enfant demandera ailleurs : « Que sont les témoignages, et les statuts et les ordonnances ? » (Devarim 6, 20). C’est la question de l’enfant intelligent. La Tora emploie le langage de chacune des quatre catégories d’enfants : le simple, le méchant, celui qui ne sait pas poser de questions et celui qui interroge intelligemment.

כִּי יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר. יֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא עַכְשָׁיו וְיֵשׁ מָחָר שֶׁהוּא לְאַחַר זְמָן כְּגוֹן זֶה וּכְגוֹן מָחָר יֹאמְרוּ בְנֵיכֶם לְבָנֵינוּ דִּבְנֵי גָּד וּבְנֵי רְאוּבֵן:

מַה זֹּאת. זֶה תִּינוֹק טִפֵּשׁ שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהַעֲמִיק שְׁאֵלָתוֹ וְסוֹתֵם וְשׁוֹאֵל מַה זֹּאת וּבְמָקוֹם אַחֵר הוּא אוֹמֵר מָה הָעֵדוֹת וְהַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים וְגוֹ’ הֲרֵי זֹאת שְׁאֵלַת בֵּן חָכָם. דִּבְּרָה תּוֹרָה כְּנֶגֶד אַרְבָּעָה בָּנִים. תָּם רָשָׁע וְשֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִשְׁאוֹל. וְהַשּׁוֹאֵל דֶּרֶךְ חָכְמָה:

13 :16

Et pour fronteaux entre tes yeux Ce sont les tefilin. On les appelle totafoth (« fronteaux ») parce qu’elles comportent quatre cases. En effet, le mot tat veut dire : « deux » en langue katpi et le mot foth veut dire : « deux » en langue afriki (Sanhèdrin 4b). Le grammairien Mena‘hem classe ce mot dans la même catégorie que : « parle (wehatéf) au midi » (Ye‘hezqel 21, 2) et que : « ne parlez (tatifou) pas » (Mikha 2, 6). Il s’agit d’une incitation à parler, tout comme le « mémorial » (verset 9) est une incitation à se souvenir : En voyant les tefilin fixées entre les yeux, on « se souviendra » du miracle et on en « parlera ».

וּלְטוֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ. תְּפִלִּין וְעַל שֵׁם שֶׁהֵם אַרְבָּעָה בָּתִּים קְרוּיִן טוֹטָפוֹת טָט בְּכִתְפֵי שְׁתַּיִם פַּת בְּאַפְרִיקֵי שְׁתַּיִם וּמְנַחֵם חִבְּרוֹ עִם וְהָטֵף אֶל דָּרוֹם.

Rester vraiment vivants

Comme le dit Boris Cyrulnik, la cause du traumatisme des enfants, ce n’est pas les attentats. Les bombes provoquent des morts, mais c’est la désorganisation sociale et émotionnelle qui provoque des traumatismes. Il poursuit en soulignant que l’ « attachement secure » (le fait de se sentir en sécurité dans une relation humaine) et la possibilité de verbaliser sont les clefs de la résilience.

Certains d’entre nous, la police, l’armée, s’occupent du danger au niveau collectif. D’autres, les médecins, les infirmiers, prennent en charge les blessures du corps. Certains sont des spécialistes des soins de l’âme, ce sont des psychologues, des thérapeutes. L’amitié et la chaleur d’être ensemble, nous aident à surmonter certains traumatismes. Nos traditions spirituelles, religieuses ou laïques, nous aident à renouer avec le sens de nos vies.

Notre tradition, le judaïsme, nous contraint à prendre toute la mesure de notre devoir de « protéger nos âmes ». Nous devons nous défendre si nous sommes attaqués. Nous devons chercher la paix et la poursuivre sans cesse. Nous devons aussi être là pour nos sœurs et frères juifs et nos sœurs et frères humains.

Dans le cadre de notre synagogue, nous cherchons des moyens d’être présents à notre identité humaine et à la solidarité « inter-familles » qui s’impose en ces circonstances. Comme Dieu le dit à Avraham dans la paracha leH léHa : « Par toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Si vous êtes intéressés par des actions interconvictionnelles, je vous invite à prendre contact avec moi.

D’une façon plus centrée, nous sommes également tenus par un certain nombre de commandements, qui nous enjoignent de prendre soin les uns des autres et de prendre soin de nous-mêmes dans le cadre spécifique de notre tradition.

Je voudrais en mentionner trois : La bénédiction de la générosité, la bénédiction des miracles et le commandement de profiter de chaque instant de la vie. En hébreu : Birkat hagomel, birkat hanissim et mitsvat véassou lahem. Ceux qui savent ce dont je parle, me pardonneront je l’espère la liberté de ma traduction, ils admettront peut-être que ces mots sont difficilement traduisibles.

Nous allons nous concentrer aujourd’hui sur birkat hagomel, la bénédiction de la générosité.

Cette bénédiction doit être prononcée en présence d’un minian, lorsqu’on a échappé à un danger grave. On a coutume de la dire après être monté à la Torah, à l’occasion de l’office du samedi matin. Le Talmud BeraHot 54b enseigne : « Quatre types de personnes doivent dire cette bénédiction : Ceux qui ont voyagé en mer, ceux qui ont traversé des déserts, ceux qui étaient malades et ont guéri, ceux qui ont été emprisonnés puis libérés. »

ארבעה צריכים להודות – יורדי ים, הולכי מדבריות, מי שהיה חולה ונתרפא, ומי שהיה חבוש בבית האסורים ויצא

Le choulHan arouH souligne que les quatre initiales Havouch (prisonnier) Yssourin (souffrance) Yam (mer) et Midbar (désert) forment le mot « Haym » qui signifie la vie.

Nous pouvons considérer que le fait d’être en vie est un miracle, nous le répétons tous les jours dans la amida, et nous ne savons pas à chaque instant à quoi nous devons notre salut. Nous devons d’être vivants aujoud’hui à des miracles de la médecine, des miracles de la nature, au mérite de notre organisation sociale, à la chaleur de nos amis, à la bienveillance de celui-ci ou de celle-là qui nous a tendu la main au bon moment. Combien de dangers connus et inconnus de nous avons-nous traversés pour être encore en vie, ici, ensemble, ainsi que nous le disons avant la lecture de la Torah : « ואתם הדבקים בה’ אלהיכם חיים כולכם היום »., et vous qui vous attachés à l’Eternel votre dieu, vous êtes tous en vie aujourd’hui, en vie, c’est-à-dire en pleine conscience de notre présence ici et maintenant.

Nous disons Birakat hagomel, la bénédiction de la générosité, lorsque nous avons échappé à un danger. Cela nous donne l’occasion de repenser au danger dans le cadre le plus sûr, le cadre de la synagogue qui est notre maison, le cadre de la synagogue qui est notre famille.

Nous disons :

בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַגּוֹמֵל לְחַיָּבִים טוֹבוֹת, שֶׁגְּמָלַנִי כָּל טוּב

Tu es une bénédiction Eternel notre dieu , roi du monde, qui distribue généreusement ses bienfaits à ceux qui sont sans mérite, et qui m’a généreusement distribué tout ce qui est bon.

BarouH ata adonaï hagomel laHayavim tovot

En effet, vivre n’est pas tellement un droit, c’est surtout un privilège, rien ne nous est dû, mais au contraire nous avons le devoir d’employer nos vies de la meilleure façon.

L’assemblée nous répond :

אָמֵן, מִי שֶׁגְּמַלְּךָ‏ כָּל טוּב, הוּא יִגְמָלְךָ כָּל טוּב סֶּלָה

Je place ma confiance dans ce fait, Celui qui t’a généreusement distribué toutes ses bontés continuera à te donner généreusement tout ce qui est bon, un point c’est tout.

Amen, michégmaleH(Ha) kol touv hou YgmaleH(Ha) kol touv sela

 

Nous avons confiance dans le fait que nos vies ont un sens. Le fait d’être en vie nous oblige, en tant qu’humains, de même que le fait d’être sortis de l’esclavage nous oblige, en tant que juifs. Nous ne saurons pas comment il se fait que nous sommes en vie aujourd’hui, nous et pas d’autres, mais nous savons que c’est à nous de tirer le meilleur des opportunités qui se présentent à nous, et à la première de nos chances qui est celle d’être là, actifs, dans ce monde.

Un autre privilège, c’est celui d’appartenir à des familles génétiques et à des familles d’idées qui nous apportent le sentiment de chaleur humaine qui permet de surmonter les épreuves.

Il est de notre devoir de venir prononcer Birkat hagomel lorsqu’on a échappé à un danger, et aussi de notre devoir d’entourer les « rescapés de la vie » quand ils ont échappé à un danger. Les rescapés de la vie, c’est nous tous, tôt ou tard, lorsque l’occasion se présente.

Nous pourrons commencer par prononcer cette bénédiction tous ensemble ce chabbat.

Que nos synagogues soient pour nous des lieux d’attachement en toute confiance, que nos relations communautaires soient des occasions de verbalisation, pour que nous restions entiers, vraiment vivants, à travers les épreuves d’aujourd’hui, mais aussi à travers les complications personnelles.

Amen

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression

Mes dernières paroles seront : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Si autre chose sortait de ma bouche, j’aimerais que vous entendiez quand même ces mots : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad ».

Ils signifient que je peux mourir, mais que ma foi en l’humanité ne le peut pas.

Je tiens à le dire publiquement aujourd’hui, car aujourd’hui, nous voyons ce qui se passe autour de nous et nous savons que nous pouvons mourir de façon imprévue.

Nous savons aussi que cela ne se produira sans doute pas.

Mais nous savons aussi que même si cela ne se produit pas, notre conscience du danger a un impact sur nous.

Nous voulons que cet impact soit un impact positif, qui nous rende plus sage à chaque instant et plus aptes à profiter de la vie et à agir en conformité avec nos croyances.

Le juif bien aimé d’un roi, forcé de le condamner à mort, eut la « chance » de pouvoir choisir sa mort. Il a choisi : Il voulait mourir de vieillesse.

Georges Brassens dans sa chanson « mourir pour des idées » fait le même choix : il faut défendre ses idées en vivant, s’il faut mourir, ce sera « de mort lente ».

J’espère que nous mourrons tous de vieillesse dans très longtemps.

En attendant, nous sommes vivants, comme le dit la bénédiction qui introduit la lecture de la torah : vous qui vous liez profondément à vos valeurs, à l’amour du prochain et à la justice, « vous êtes tous vivants aujourd’hui », Haïm koulHem hayom.

Nous sommes vivants, et nous partageons ce moment du chabbat, cet îlot de paix que rien ne peut atteindre.

La paix et la joie, l’amour du prochain sont nos moteurs.

Le chabbat est le moment du retour à la paix, à la joie, et à l’amour du prochain.

Bien sûr, nous avons les yeux ouverts sur le monde, nous savons que tout ceci est une utopie.

Mais cette utopie parfois se réalise, en certains moments, et nous sommes là ce soir.

Ce qui arrive en ce moment n’est pas exceptionnel.

Au vu de l’histoire en général, ce n’est que trop connu.

Au regard de l’histoire juive, il n’y a aucune surprise.

De tous temps, la dignité humaine est bafouée, « toujours debout le héros attire la foudre », comme le disait Gilles Vigneault.

De tous temps et dans toutes les civilisations, il y a des héros de l’histoire, qui tiennent haut la bannière de la liberté identitaire.

Sur la bannière de l’identité humaine figurent tous les êtres humains.

Les croyants et les laïcs, les pratiquants et les athées, ceux qui ont une large vision du bien commun, et ceux dont la vision est plus étroite, les gens forts, les gens perdus, les gens tristes, les gens heureux, les gens fédérés et les gens solitaires.

Nous sommes tous sur la bannière de la dignité humaine. Nous devons tous la tenir haut.

La dignité humaine est le symbole de la royauté divine. Ou le contraire peut-être, la royauté divine est le symbole de la dignité humaine. Prenez-le comme vous voudrez.

Le sacré, c’est l’humain, c’est les individus, c’est nous et notre capacité de faire advenir un mieux.

Que sommes-nous ? Qu’est-ce que notre vie notre sagesse, notre force ? Devant l’histoire, devant notre responsabilité, les plus sages ne sont-ils pas comme le néant, les savants comme sans intelligence ?

Mais nous sommes tes enfants, les enfants de ton alliance, nous sommes alliés au « divin » quel qu’il soit, dans la défense de la dignité humaine. Voilà ce que nous disons tous les jours dans la prière du matin et aujourd’hui plus que jamais. Car nous sommes alliés à nos frères et à nos sœurs humains, dont le corps est sacré, dont le corps physique représente l’image de dieu, car nous considérons que la vie humaine dans sa vulnérabilité, dans sa matérialité, notre corps a été créé à l’image de dieu, porter atteinte au corps, c’est le blasphème ultime, un coup fatal à l’image du créateur.

Nous sommes les enfants de l’alliance. Nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles.

L’histoire a prouvé qu’on pouvait tuer les juifs, tuer beaucoup de juifs, mais qu’on ne pouvait pas tuer nos idéaux.

Et cela est valable pour toute personne, pour tout héros de l’histoire, et pour toute héroïne, de l’histoire juive et de l’histoire universelle, pour tous les personnages qui nous inspirent et dont nous transmettons la mémoire aux générations futures.

C’est cela que nous raconte l’histoire de rabbi Akiva.

Alors qu’il était supplicié par les romains, sa peau arrachée à l’aide de peignes, il s’approchait de sa fin. Mais le soir tombait, il était temps de dire le chéma. Il prononça alors la première phrase du chéma : chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute Israël l’eternel est notre dieu l’eternel est un.

L’histoire pourrait s’arrêter là. La morale serait : soyez héroïques comme Rabbi Akiva et respectez les commandements.

Mais l’histoire continue.

Car les élèves de rabbi Akiva s’insurgent. Ils l’interpellent. Comment ! Il faut aller jusque là ?! Il faut dire le chéma israel sous la torture !? Ce serait inhumain d’exiger une chose pareille !

Rabbi Akiva leur répond. Il ne dit pas que c’est obligatoire, il dit que telle est sa volonté. Pendant des années il a répété matin et soir, répété que sa dignité d’être humain était plus forte que toutes les atteintes, répété qu’il ne trahirait pas ses valeurs, même au péril de sa vie. Mais il ne savait pas si c’était vrai.

Comment savoir si nous serons à la hauteur à nos derniers moments ?

Alors pour rabbi Akiva, ces derniers moments sont venus, et il était capable de prononcer ces mots puissants, plus puissants que toutes les armées romaines.

C’est cela qu’il répond à ses élèves.

Une voix descend du ciel et annonce : rabbi Akiva a accédé à la vie éternelle.

Car aujourd’hui encore il est notre exemple et notre référence, au même titre que tous les héros de l’histoire.

Rabbi est tombé.

Mais quand un ami tombe, un ami sort de l’ombre à sa place.

Comme le dit le chant des partisans : rabbi si tu tombes un rabbi sort de l’ombre à ta place.

Seuls, nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensembles, nous sommes puissants et invincibles.

Alors soyons ensemble, avec nos frères et sœurs proches et éloignés, avec nos alliés de ce temps et ceux des temps passés, et comme au Sinaï, convoquons avec nous les générations futures.

Que les générations futures, la pensée de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir nous protège des erreurs, du repli, de céder à la peur.

J’ai parfois peur et parfois je suis juste insensible à la peur comme anesthésiée.

Je sais que je vais mourir un jour, et j’espère que ce sera dans longtemps.

J’ai un très fort sentiment du privilège qui est le nôtre, d’être porteuse avec chacun de vous de valeurs qui nous sont chères.

Si je devais mourir misérablement, alors considérez plutôt que mes derniers mots seront chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute israel la vérité sacré de la dignité humaine est unique dans le temps et l’espace.

Seuls, nous sommes faibles et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles. Soyons ensemble.

Allumons la poudre qui enflammera l’identité citoyenne, car les militants de l’identité humaine peuvent se multiplier bien plus vite que les exactions terroristes.

Voilà mon testament : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Il n’y a qu’un seul dieu, celui qui exige que chaque être humain puisse VIVRE pour ses idées, celui qui nous demande d’être bons avec nous-mêmes et avec notre prochain, c’est le même pour tous les défenseurs de la liberté.

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression.

Rabbin Floriane Chinsky – MJLF Surmelin

La paracha pour parler de la vie… VayichlaH

VayichlaH, il envoya

La dispute entre Jacob et Esaü était lourde et violente. Jacob avait dû partir, sa mère Rébécca devait l’envoyer chercher une fois la colère de son frère Esaü apaisée. 20 ont passé. Rébecca n’a pas rappelé Jacob. Au cours de ces 20 années, Jacob a épousé deux femmes et leurs deux servantes, il est devenu le propriétaire de nombreux troupeaux, il est le père de 12 enfants (11 fils et une fille). Malgré ces années et ces événements, la colère reste vive entre les deux frères. Jacob décide de faire face aux vieilles querelles et de revenir.

Qu’en pensez-vous ? Est-il normal d’avoir des querelles familiales ? Est-il simple de s’accorder avec ses frères et sœurs ? Est-il normal que les querelles durent ? Faut-il fuir la dispute, comme Jacob l’a fait, et dans quelles circonstances ? Faut-il revenir et faire face aux désagréments, comme le fait maintenant Jacob ?

Jacob va mettre en place différentes stratégies pour se protéger de la colère de son frère. Il lui envoie des cadeaux, il divise ses possessions pour éviter que tout puisse être détruit d’un seul coup, il se prépare à se défendre physiquement.

Qu’en pensez-vous ? Quelle est/ quelles sont les bonnes façons de se protéger ? Lesquelles sont préférables ?

Finalement, lorsque Jacob retrouvera Esaü, ils tomberont dans les bras l’un de l’autre.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce crédible ? Qu’est-ce qui a pu provoquer l’apaisement d’Esaü ? Ils ne parlent pas du passé. Est-ce sain ?

Ils se sépareront ensuite, mais se retrouveront au moment de la mort de leur père Isaac.

Qu’en pensez-vous ? Pourquoi se sont-ils séparés ? Quand les grands-parents meurent, comment les enfants reprennent-ils le flambeau ? Chez qui célèbre-t-on PessaH quand les grands parents ne sont plus là pour rassembler tout le monde ?

Comment accompagner nos jeunes vers l’âge adulte?

Nous voulons le meilleur pour nos enfants.
Bientôt, ils prendront leur envol, riches de tout ce que nous aurons pu leur donner.
Notre rôle aura évolué, ce ne sera plus le temps du soutien protecteur, mais celui de la liberté et de la confiance.

Cette transition est un passage riche de sens pour tous les parents.
Nous savons aussi qu’il est d’une très grande importance pour nos enfants.
En célébrant leur Bar ou leur Bat Mitsva, nos jeunes ont l’occasion de mettre à l’épreuve leur courage et leur persévérance, de développer une vision personnelle de l’identité juive et de l’identité humaine et de la partager avec parents, amis et enseignants. Ils et elles prennent le rôle central sur la scène de leur vie adulte. En célébrant leur Bat ou Bar Mitsva, ils nous installent à la place du spectateur. A eux le devoir de prendre ce risque, à nous d’en faire une réussite dont ils s’en souviendront toujours. Ce succès les encouragera à toujours rebondir dans les épreuves de la vie.

La tradition juive accompagne cette transition fondamentale.
En les suivant dans ce processus, nous leur montrons que nous serons toujours là pour eux, nous les invitons à prendre place sur les épaules des géants et à voir plus loin, à s’appuyer sur la sagesse juive millénaire pour se projeter dans un avenir qui reste à construire.

Le jeune apprend les prières ?
C’est pour en prendre la direction, nous répondrons « Amen ».
Il apprend l’hébreu ?
C’est pour donner une voix à un texte rédigé bien avant que la langue française n’existe, pour le vocaliser au présent, pour affirmer la continuité de l’écrit juif qui a inspiré les monothéismes comme les acquis laïcs.
Il apprend l’histoire juive ?
C’est pour en devenir l’enseignant actif dans sa dracha.

Nous ne savons pas ce que sera l’avenir de nos enfants. Mais nous savons qu’ensemble, nous voulons leur faire ce merveilleux présent : nous tenir à leurs côtés dans ce moment fondateur de leur vie.

Ce faisant, nous faisons au judaïsme de demain le cadeau d’affirmer le principe d’égalité, le principe de générosité et ouverture dans l’accueil, et celui de la recherche permanente de l’excellence pédagogique. Ils sont les clefs de notre avenir en tant que peuple.

Rabbin Floriane Chinsky