Parler du Judaïsme libéral à nos enfants et autour de nous…Cours à Ganénou ce dimanche à 11h

Nous sommes fiers d’appartenir à un courant qui défend la conjonction de la tradition et de la modernité, qui milite pour l’égalité entre les femmes et les hommes, qui accueille chacun et chacune de façon ouverte et respectueuse. Nous apprécions le fait que nos offices soient en hébreu, mais également en français. Nous sommes heureux d’accueillir les parents non juifs des enfants qui célèbrent leur bar ou bat mitsva chez nous, d’inviter des personnes de toutes traditions religieuses à passer un moment avec nous pour l’un ou l’autre office « inter-identitaires », et de permettre à ceux qui le souhaitent d’explorer la possibilité de s’adjoindre au peuple juif.

Nous sommes conscients que toutes les synagogues ne fonctionnent pas de cette façon, mais savons-nous pourquoi? D’où les idées pratiquées au MJLF sont-elles issues? De quels questionnements? De quel type de décisions?

Adultes, parents, enfants, toutes ces questions nous importent, elles déterminent la façon dont nous nous situons dans le paysage global du judaïsme français.

Et elles nous permettent également de nous demander où nous en sommes et quelles valeurs nous transmettons à nos enfants, en adhérant à ce judaïsme libéral qui porte ces valeurs chères à nos cœurs.

Vous êtes tous invités à nous rejoindre pour un moment d’étude participative qui nous permettra d’approfondir nos réflexions sur notre identité ainsi que sur le judaïsme libéral.

 

« Quand Dieu s’adapte à l’individu » – Talmud et Humanisme ce mercredi au café des psaumes

Dans sa paracha 12, la psikta dérav kahana semble suggérer que le Créateur du monde adapte sa parole à chaque individu. Que peut signifier cette affirmation ? Quel enseignement actuel en tirer ? C’est ce que nous étudierons ce mercredi au café des Psaumes !

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Rabbi Lévy a dit il s’est révélé à eux le saint béni soit il comme cette icône qui a de nombreuses faces de tous les côtés mille personnes la regardent et elle les regarde tous de même le saint béni soit il quand il parlait chacun et chacune d’Israël disait avec moi cette parole parle je suis l’Éternel votre dieu n’est pas écrit ici mais je suis l’Éternel ton Dieu rabbi Yossi Bar Hanna a dit selon la force de chacun et chacune la parole lui parlait et ne t’étonne pas de cette chose que la manne tombait pour israel chacun et chacune le trouvait a son goût en fonction de sa force les bébés selon leur force les jeunes hommes selon leur force et les vieillards selon leur force les bébés selon leur force de même que ce bébé tête au sein de sa mère ainsi il le goûtait comme il est dit et son goût était comme le goût du son d’huile et les jeunes hommes selon leur force comme il est dit et le pain que je t’ai donné et de l’huile et du lait je t’ai nourri et les vieillards selon leur force comme il est dit et son goût est comme une tsfihiz dans le miel et de même que la manne chacun et chacune le goûte selon son goût dans sa bouche pour la parole chacun et chacune l’entend selon sa force David a dit la voix de dieu est dans la force la voix de dieu est dans sa force n’est pas dit mais la voix de dieu est dans la force de chacun et chacune פסקא יב אות כה(כה)

(שם) א »ר לוי נראה להם הקב »ה כאיקונין הזו שיש לה פנים מכל מקום אלף בני אדם מביטין בה והיא מבטת בכולם כך הקב »ה כשהיה מדבר כל אחד ואחד מישר’ היה אומ’ עמי הדבר מדבר אנכי י »י אלהיכם אין כת’ כאן אלא אנכי י »י אלהיך (שם) א »ר יוסי בר’ חנינא ולפי כוחן של כל אחד ואחד היה הדיבר מדבר עמו ואל תתמה על הדבר הזה שהיה המן יורד לישראל כל אחד ואחד היה טועמו לפי כוחו התינוקות לפי כוחן והבחורים לפי כוחן הזקנים לפי כוחן התינוקות לפי כוחן כשם שהתינוק הזה היונק בשדי אמו כך היה טועמו שנא’ והיה טעמו כטעם לשד השמן (במדבר יא ח) והבחורים לפי כוחן שנ’ ולחמי אשר נתתי לך לחם ושמן ודבש האכלתיך (יחזקאל טז יט) והזקנים לפי כוחן שנ’ וטעמו כצפיחית בדבש (שמות טז לא) ומה אם המן כל אחד ואחד לפי כוחן היה טועם לפיו בדיבר כל אחד ואחד שומע לפי כוחן אמ’ דוד קול י »י בכח (תהלים כט ד) קול י »י בכוחו אין כתי’ אלא קול י »י בכח של כל אחד ואחד א’ להם הקב »ה לא מפני שאתם שומעי’ קולות הרבה אלא היו יודעים שאני הוא אנכי י »י אלהיך (שמות כ ב) בעולם הזה נגאלו ישר’ ממצרים ונשתעבדו בבבל ומבבל למדיי וממדיי ליון ומיון לאדום ומאדום הקב »ה גואלן ואינן משתעבדין עוד שנ’ ישראל נושע בי »י תשועת עולמים לא תבושו ולא תכלמו עד עולמי עד (ישעיה מה יז) חסלת

 

Bar/Bat Mitsva adulte

Il n’y a pas d’âge pour célébrer sa Bar ou sa Bat Mitsva, et il n’est jamais trop tard. Dans notre communauté, tout le monde est bienvenu sur la Téva. C’est une occasion à titre personnel de retravailler son lien à son identité et à la communauté, de donner au groupe et de recevoir de lui.

Plusieurs membres de notre communauté souhaitent s’engager dans une démarche de Bar ou Bat Mitsva adulte.

Vous êtes les bienvenus pour vous joindre au groupe. La première rencontre aura lieu samedi 18/11 à 9h à la synagogue.

Nous « goûterons » aux principales compétences à mettre en place pour que chacun puisse voir de quelle façon s’organiser.

Après l’office, nous prendrons un moment convivial pour poursuivre la discussions, vous pouvez amener quelques mets lactés à partager.

Matériel pédagogique préparatoire :

  1. Playlist commentaire de la paracha: https://youtu.be/kueoXEJP34o
  2. Playlist prières du samedi matin: https://youtu.be/Cew9bRvo9EE
  3. Page sur ce site : Lire la torah et la haftara

Qui devons-nous devenir ?

Un article écrit à la rentrée pour le journal « L’Appel »…

Avatar de Floriane ChinskyLiberté juive

Je profite des vacances pour partager l’article que j’ai écrit pour le magazine l’appel à la rentrée. Bonne lecture.

Comment redéfinir notre identité et notre rapport au monde ?

La responsabilité collective de l’humanité est jugée en ce début d’année

Qu’est-ce que le judaïsme ? La question du « vrai israël » a agité les débuts de la chrétienté comme la naissance de l’Islam. Elle soulève d’ailleurs des remous au sein même du peuple juif. Mais il est trop réducteur de limiter la question à une revendication d’héritage. Le judaïsme n’est pas un objet défini mais un sujet en lui-même qui émerge sans cesse de la confrontation du peuple juif à l’histoire. Il n’est pas exact de dire que « le Judaïsme est la plus ancienne des trois religions monothéistes ». S’il est apparu antérieurement, sa forme actuelle est moderne au même titre que les formes modernes des autres religions.

Edmond Fleg s’exprime ainsi : « Israël n’est…

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MéHina-EST, Un cours d’hébreu en 10 séances commence ce dimanche

Pour info, si vous souhaitez vous joindre à un programme d’hébreu accéléré… Kol Touv!

Avatar de Floriane ChinskyDevenir Juif, Devenir Juive

Chers amis, chères amies,

Comme promis voici les dates de la MéHina, le cours d’hébreu de préparation pour le cycle « re-devenir juif ».

Les cours auront lieu à la synagogue, au 24 rue du Surmelin, de 10h à 12h le dimanche (et de 20h à 22h pour les deux soirées complémentaires).

Nous commencerons de façon intensive pour ancrer rapidement les connaissances acquises avant de prendre un rythme hebdomadaire qui inscrira les acquis dans le moyen terme.

Dates des cours : dim 22 oct, mar 24 oct, jeu 26 oct, dim 5 nov, dim 19 nov, dim 26 nov, dim 3 dec, dim 10 dec, dim 17 dec, dim 7 janv

Nous travaillerons avec la méthode « Tiyoul béisrael », qui nous fera entrer rapidement dans l’hébreu moderne d’une façon ludique et efficace, pour nous ouvrir progressivement également l’hébreu biblique et l’hébreu des prières.

PAF: 180€ (+achat du livre 19 €) pour 10 séances…

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Eve, le savoir, et la dignité des femmes

En cette période où le harcèlement sexuel est au coeur des débats, il est urgent de réhabiliter Eve et de relire attentivement l’épisode de la soit-disant « faute » dont elle serait entachée.

Avatar de Floriane ChinskyLiberté juive

Voici l’article que je viens d’écrire pour le magazine  » L’appel »… Lié à l’actualité de la lecture de la Torah autant qu’à la question de la dignité des femmes…

AIMEZ LES FEMMES COMME VOUS-MÊME

De la terre aride du déni au jardin fleuri de la collaboration

(article pour le magazine « L’Appel »)

Exilés de la légitimité-responsabilité

 

Accuser l’autre pour se disculper, c’est jeter des buches dans l’incendie en espérant qu’il s’éteigne.

Après qu’Adam et Eve aient goûté du fruit de l’arbre de la connaissance, Dieu les interpelle : « Où es-tu ? ». La réponse d’Adam se projette comme un réflexe défensif : « C’est Elle, la femme que TU m’as donnée, c’est ELLE qui m’en a donné et j’en ai mangé ». Qui serait coupable ? Dieu qui a donné la femme, la femme qui a donné le fruit, mais pas réellement Adam qui l’a consommé.  La femme répond pour sa part : « Le serpent m’a incitée, et…

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« Quand l’homme s’oppose à Dieu » ce mercredi au café des Psaumes

Ce mercredi, au café des Psaumes, nous retrouvons notre cours « talmud et humanisme ».
Le thème de cette séance: « Quand l’homme résiste à Dieu ».
Comme apéritif, voici l’un des textes que nous étudierons, ainsi que les dates de nos rencontres sur l’année:

 

Chaque chose a son temps et toute chose sous le soleil a son moment Noé a eu le temps de rentrer dans l’arche comme il est dit Tu viendras dans l’arche, toi et toute ta famille. c’est comme ce dirigeant qui a quitté son pays et a installé quelqu’un d’autre à sa place quand il revint il lui dit  quitte ta place c’est comme cet écrivain qui a quitté son pays et a installé quelqu’un d’autre à sa place de la même façon Noé sors de l’arche et il n’a pas voulu sortir il a dit je vais sortir et que vais fructifier pour le mal jusqu’à ce que le Lieu lui fasse la promesse qu’il ne ferai plus de déluge comme il est dit car car ce sont pour moi les eaux de Noé pour moi comme j’ai promis à propos des eaux de Noé. « לכל זמן ועת לכל חפץ תחת השמים » (קהלת ג א), זמן היה לנח ליכנס לתיבה, שנאמר: « בֹא אתה וכל ביתך אל התיבה » (בראשית ז א), וזמן היה לו שיצא ממנה, שנאמר: « צא מן התיבה » (בראשית ח טז), משל לפרנס שיצא מן המקום והושיב אחר תחתיו. כיון שבא, אמר לו: צא ממקומך. משל לסופר שיצא למקום אחר והושיב אחר תחתיו. כיון שבא, אמר לו: צא ממקומך. כך נח: « צא מן התיבה » (בראשית ח טז), ולא קיבל עליו לצאת, אמר: אצא ואהיה פרה ורבה למארה, עד שנשבע לו המקום שאינו מביא מבול לעולם עוד, שנאמר: « כי מי נח זאת לי אשר נשבעתי מעבור מי נח » (ישעיה נד ט).

בראשית רבה פרשה לד, פסקה ו

 

Talmud et humanisme le programme 5778 commence mercredi!

 La religion implique-t-elle la soumission ? Est-il impertinent ou pertinent de prétendre résister à Dieu ?

Le talmud, ce pilier central de notre tradition, prétend le contraire, et promeut les valeurs de responsabilité humaine, dans la plus pure tradition humaniste.

« Talmud et liberté humaniste » sera notre thème pour cette année, au Café des Psaumes. A partir du talmud dans le texte, avec des traductions en français, des Hévroutot (études en binôme), et avec l’objectif d’en tirer des enseignements de sagesse, nous trouverons chacun notre place dans l’étude de ce texte merveilleux.

 

18/10 Béréchit rabba paracha 34 : Quand l’homme résiste à Dieu (Noé)
15/11 Psikta dérav kahana paracha 12 : Quand Dieu s’adapte à l’individu (Manne)
13/12 Devarim rabba paracha 5 : Quand Dieu obéit à Moïse
17/1 Devarim Rabba paracha 4 et 5 : La justice divine dépend de la justice humaine
14/2 Talmud Babylonnien Nazir 23a : Y a-t-il une mauvaise façon d’obéir à Dieu ?
14/3 Talmud de Jérusalem Sanhédrin 22a et Talmud de Babylonne Baba Kama 59b : Pourquoi la loi juive ne nous dit pas quoi faire ?
11/4 Mishna edouyot 1 : Pourquoi promouvoir l’opinion des vaincus ?
9/5 Talmud Babylonien érouvin 13b et yébamot 14a : Comment rester unis ? Comment accepter nos différences ?
13/6 Talmud Babylonien chabat 130a : En fait, Dieu n’est pas intégriste !

Café des Psaumes – 16ter rue des Rosiers -Paris 4ème–

Nous ne ferons pas « Téchouva » ! Dracha de Yom Kipour

Là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir (braHot 34b).

« Les justes parfaits » ? Mais de quoi s’agit-il ? Pour m’aider à comprendre, je propose une petite expérience, j’aimerais que les justes parfaits de l’auditoire se lèvent : oh, il n’y en a pas ! Alors à quoi sert cette phrase ?

Nous voyons que la perfection n’existe pas. Et que même si elle existait, ce n’est pas elle qui aurait les honneurs. C’est au contraire le désir de nous améliorer qui est mis en valeur. L’essentiel, comme le dit Rabbi NaHman de bratslav, c’est la question, la chééla, et non pas la réponse, la téchouva.

« Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend? »

Voici les questions que le philosophe Ernst Bloch pose à l’ouverture même de son livre, « le principe espérance » en 1954.

La chanteuse-compositrice Barbara, qui nous a quittée cette année en dit autant dans l’une de ses chansons, choisie pour l’hommage national aux victimes de l’attentat du Bataclan : « pour qui, comment quand et pourquoi, contre qui comment contre quoi, c’en est assez de vos violences ! ».

Le vidouï de la prière de Néila, que nous dirons demain soir pose les mêmes questions :

Que sommes-nous, qu’est-ce que notre vie, qu’est-ce que notre bonté, notre force ?

Nous parlions à Roch Hachana de l’équilibre entre l’individu et le groupe, nous avons parlé de la tsédaka qui implique la société, nous nous tournons aujourd’hui vers l’individu.

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ?

Yom Kipour nous met face à cette douloureuse question. Il peut-être tentant de la fuir.

Ernst Bloch poursuit :

Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? Qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend ?

« Beaucoup en restent perplexes. Le sol vacille, ils ne savent ni pourquoi ni comment. Leur état est angoisse ; s’il se précise il devient crainte… »

Comment faire face à cette crainte ? Les antidépresseurs, les drogues, les addictions, y compris aux écrans, à l’ordinateur ou au travail prennent leur essor. De la même façon, les sectes et les extrémismes se tiennent en embuscade comme le meurtre et la jalousie étaient tapis à la porte de Caïn.

Le judaïsme de superstition  risque alors de s’emparer du judaïsme de courage.

Nous serions tentés de « faire téchouva », d’adopter des réponses toutes prêtes, au lieu de faire vraiment téchouva, de faire retour, de réfléchir, pour accéder à de nouvelles compréhensions.

Nous risquons nous tourner vers une pratique obsessionnelle au lieu nous ouvrir à des pratiques et à des sens renouvelés, en toute conscience.

« Il a fait téchouva » signifie souvent de nos jours « la table de ses parents n’est plus assez cacher, il ne fait plus la bise à sa sœur ».

Faire téchouva n’est pas se rattacher frénétiquement à un cadre solide, extérieur, dicté.

Le cadre de la sagesse juive ne doit pas nous enfermer mais nous porter.

Et dans ce chemin-là également, Ernst Bloch nous accompagne :

« Mais maintenant, sans plus tenir compte des artisans de la peur, c’est un sentiment plus digne de nous qu’il est temps d’apprendre. Il s’agit d’apprendre à espérer. »

Espérer, c’est prendre un risque, et c’est se mettre en danger, nos espoirs peuvent se réaliser, mais ils peuvent échouer, et comment affronterons-nous la déception ?

Deux histoires illustrent deux façons d’affronter le danger.

Une histoire zen, et une histoire juive.

C’est l’histoire d’un moine boudhiste qui se promène sereinement, immergé dans ses méditations, lorsqu’il entend un rugissement, il se retourne, c’est un tigre, il court vers lui ! il le poursuit ! le moine se met à courir pour échapper au tigre, qui pourtant gagner du terrain, se rapproche, l’attrape presque mais là… Le moine sent la terre se dérober sous ses pieds, il tombe au fond d’un gouffre, essaie de se raccrocher, saisit une branche qui dépasse, c’est une vigne, elle est en train de se déraciner, elle va bientôt lâcher sous le poids du moine, il regarde, il y a du raisin, le raisin est mûr, il tend la main, admire le raisin, le porte à sa bouche, et s’écrie : « quel délicieux grain de raisin ! »

Dans l’histoire juive, c’est juste un juif lambda qui tombe dans le puits, il se raccroche à la branche et crie « à l’aide ! à l’aide » et, miracle, une voix lui répond ! « C’est moi, l’Eternel ton dieu, j’ai entendu ta voix mon fils, je suis là. Lâche la branche, je vais te rattraper ! » Alors le juif regarde vers le haut du puits et s’écrie : « y a pas quelqu’un d’autre ? »

Ces deux histoires sont des histoires juives. La première parce qu’elle met en avant la gratitude. Nous devons profiter de ce monde et de ses bénédictions. La deuxième parce qu’elle est décalée, humoristique, qu’elle cherche la survie à tout prix, et qu’elle ne croit pas aux miracles abstraits mais à l’action concrète.

Face aux questions existentielles, le puits du vide pourrait nous engloutir. Si nous sommes jetés sans préparation dans l’arène des interrogations et des craintes, nous courrons le risque qu’elles nous dévorent.

Mais jeté dans la fournaise de Nemrod, Abraham ne s’est pas consumé, balancé dans la fosse aux lions, Daniel n’a pas été dévoré, et nous de même, nous ne serons pas consumés ni dévorés par ces questions, nous leur ferons face, et nous en sortirons vainqueurs à la fin de cette journée.  Cet espace nous soutiendra, la présence bienveillante de la communauté nous portera, nos chants nous embrasseront.

Tel est le sens de toutes ces prières, de toutes ces cérémonies qui nous accompagnent dans le voyage de 25 heures que l’on nomme Yom Kipour.

Le texte des prières évoque les qualités de dieu. Pas pour le flatter ou pour nous rabaisser, mais pour appeler en nous-mêmes ces qualités ! Pour nous en saisir et nous appuyer sur elles pour remonter du puits, comme le dit rabbi yéhouda halévi.

Le texte des prières évoque nos fautes. Pas pour nous humilier, mais pour affirmer l’humanité de nos sentiments, et pour permettre l’expression émotionnelle nécessaire au changement, comme le dit le rav Soloveitchik.

La téchouva n’est pas une invitation à rentrer dans le rang, mais un encouragement à oser être nous-mêmes, briser les entraves et les limitations, comme le dit le rav Kook.

Le vidoui, l’aveu des fautes ne prouve pas que nous sommes coupables, mais que nous sommes courageux et déterminés à nous rendre meilleurs comme le dit Rech Lakich : la téchouva nous permet de transformer nos erreurs en mérites.

Ce courage nous délivre de la chape des apparences qui nous oblige à toujours faire semblant, à toujours nous justifier, à ne jamais être aimés pour ce que nous sommes réellement. Ce courage contribue à délivrer le monde du dictat de la perfection, cette illusion qui nous rend passifs et fait de nous des robots.

Cette année, nous avons été courageux. Nous sommes montés sur la téva pour célébrer notre Bar ou Bat Mitsva, et pris des risques. Nous sommes montés sur la téva pour dire le Kadish à la mémoire de nos proches disparus. Nous nous sommes engagés dans des démarches de conversion et de régularisation d’identité et pris le risque d’être rejetés. Nous avons décidé de nous marier, ou de mettre un enfant au monde. Nous avons changé de carrière, ou mobilisé le courage de rester dans notre métier. Nous avons pris toutes sortes de risques qui nous ont obligés à murir, à évoluer, à faire téchouva, à répondre à l’appel de la vie. Prenons un petit instant pour y penser, puis un petit instant pour partager l’un de ces défis dont nous sommes fier.e.s avec notre voisin ou notre voisine.

Selon Rabbi Abahou, Dieu a créé la téchouva avant d’avoir créé le monde, il a créé le principe espérance, le potentiel de la liberté et c’est cela qui donne un sens à nos existences.

Cette liberté n’a pas de limites, et lorsque nous aurons fait téchouva, nous aurons gagné l’occasion… de faire téchouva à nouveau. Lorsque nous aurons de nouveaux outils de liberté, nous comprendrons quels autres outils nous pourrons mettre en œuvre, et nous irons, à nouveau, les chercher, ajoutant indéfiniment des qualités et des courages futurs à nos qualités et à nos courages présents, la téchouva est un processus permanent, comme le dit rabbi naHman de Bratslav, et nous pouvons être fiers de partir cette année encore à la recherche du meilleur de nous-mêmes.

 

La relation entre nous et le transcendant devrait être une relation d’amour et de passion. L’amour a besoin de surprise. Faisons téchouva.

La téchouva n’est pas la réponse, mais la question.

La téchouva n’est pas la soumission, mais la responsabilité.

La téchouva n’est pas le retour au rituel, mais l’accès, à travers le rituel, à des dimensions imprévues.

Faire téchouva, c’est surprendre Dieu et plus important encore peut-être, c’est me surprendre moi-même.

Alors que tous ceux et toutes celles qui ont fait téchouva cette année, qui ont fait face aux défis de leur vie, de leur mieux, se lèvent en cet instant.

Et répétons-le : là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir.

Nous avons fait de nombreuses téchouvot. Soyons-en fiers aujourd’hui. Et puissions-nous avoir la chance de nous tenir ici, l’année prochaine, grandis encore davantage par les défis que nous aurons relevés cette année.

Gmar Hatima tova à chacun et à chacune.

La Tsédaka, Changer le monde: Dracha de Roch Hachana

Chères amies, chers amis,

Que ce début d’année soit pour vous intense, et nous emmène vers un Yom Kipour plein de sens.

Voici la version écrite de la dracha que j’ai prononcée mercredi soir au MJLF-surmelin. Elle a été enregistrée au préalable au MJLF-Beaugrenelle, ce qui nous permet d’en avoir également une version vidéo.

Bien sûr, les versions vidéo, live et papier sont parfois différentes, en fonction du média et du moment.

Au plaisir de vous retrouver très bientôt pour Yom Kipour.

Êtes-vous certains que cette année encore le monde « penchera du bon côté », que les plateaux de la balance de la justice s’équilibreront ? Et qu’y faire ? Et votre voisin, juste à côté de vous sur ce siège, dans la synagogue parée en l’honneur des fêtes, sa vie penchera-t-elle du bon côté ? Et nous-mêmes, saurons-nous faire face aux évènements que la vie portera jusqu’à nous au cours de l’année qui vient ?

De quelle façon le monde devrait-il changer pour qu’il penche du bon côté ? Et qui pourra opérer ce changement ? Moi, en tant qu’individu, ou nous, en tant que société ?

Changer le monde c’est articuler la société et l’individu

Lorsque j’étais enfant, au talmud torah de l’ULIF, ma professeure , Laurence Benzaken, nous parlait du Maguen David comme du symbole de l’articulation entre la société et l’individu.

Le Magen David est composé de deux triangles, dont la pointe est tournée, pour le premier, vers le haut, pour le second, vers le bas. La pointe du triangle peut symboliser l’individu. Sa base peut symboliser le collectif. Le premier triangle nous enseigne donc que parfois, l’individu doit être positionné au-dessus du collectif, le second nous enseigne qu’au contraire, parfois, c’est le collectif qui doit prendre le pas sur l’individu. A l’époque où j’étais enfant, cela se traduisait dans notre société comme deux modèles politiques : celui du système communiste, dans lequel le collectif est prédominant, et celui du capitalisme, dans lequel c’est l’individu qui a le dessus.

Aujourd’hui, cette distinction semble dépassée, mais ce questionnement reste pertinent. Les solutions aux grandes questions que nous nous posons reposent-elles davantage sur l’individu ou sur la société ? Si nous souffrons, devons-nous nous tourner vers la thérapie et le développement personnel, nous occuper surtout de nous, pour mieux vivre la situation ? Ou devons-nous au contraire parler ensemble de nos problèmes et trouver des remèdes au niveau collectif ? Devons-nous nous tourner vers la méditation ou vers la révolution ? Devons-nous trouver un coach personnel ou fréquenter nos associations de quartier ?

La réponse rabbinique ne vous surprendra pas et je dirai bien sûr que ceux qui penchent pour la médiation ont raison. Et que ceux qui penchent pour la révolution n’ont pas tort. Et que ceux qui pensent à associer les deux sont sur la bonne voie. Car l’année à venir, nous dit la tradition, repose sur le travail intérieur, la téchouva (s’examiner soi-même), et la téfila (la médiation et la prière), mais également sur le travail collectif, le tikoun olam, la « réparation du monde » et la tsédaka, l’établissement d’une société juste.

La michna rosh hachana autant que la prière ountané tokef nous le rappellent tout au long de ces journées de mobilisation.

Les trois piliers du changement sont donc la téfila (prière, médiation, cri), la téchouva (introspection, travail sur soi) et la tsédaka (mobilisation pour la justice sociale).

On peut dire à ce sujet que Rosh Hashana étant l’anniversaire de la création du monde, c’est le moment de la mobilisation collective, centrée avant tout sur la tsédaka.

Lorsqu’on parle de changer le monde, on parle de faire entrer dans ce monde qui est le nôtre un monde idéal, qui n’existe pas encore, et c’est la définition même d’une utopie.

Comment faire exister ces mondes meilleurs dans nos esprits, pour pouvoir les amener, autant que possible, dans nos réalités ?

Le très beau texte de Michel Foucault peut nous être une inspiration, et inscrire le rêve juif dans la grande famille des rêves humains, qu’il définissait en ces termes, en  1966, sur France Culture :

« Il y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chronologie; des cités, des planètes, des continents, des univers, dont il serait bien impossible de relever la trace sur aucune carte ni dans aucun ciel, tout simplement parce que ils n’appartiennent à aucun espace. Sans doute ces cités, ces continents, ces planètes sont-ils nés, comme on dit, dans la tête des hommes, ou à vrai dire, dans l’interstice de leurs mots, dans l’épaisseur de leurs récits, ou encore dans le lieu sans lieu de leurs rêves, dans le vide de leurs cœurs; bref, c’est la douceur des utopies. Pourtant je crois qu’il y a – et ceci dans toute société – des utopies qui ont un lieu précis et réel, un lieu qu’on peut situer sur une carte; des utopies qui ont un temps déterminé, un temps qu’on peut fixer et mesurer selon le calendrier de tous les jours. Il est bien probable que chaque groupe humain, quel qu’il soit, découpe, dans l’espace qu’il occupe, où il vit réellement, où il travaille, des lieux utopiques, et dans le temps où il s’affaire, des moments uchroniques. »

 

Les fêtes de Tishri sont sans aucun doute des temps hors du temps, où se créent tous les temps qui n’existent pas encore et que nous voulons inviter dans nos vies.

Nos synagogues sont des lieux hors des lieux, qui nous permettent de commencer à construire la réalité dans laquelle nous souhaitons vivre.

C’est dans cet esprit qu’Abraham Yoshua Heshel a écrit l’une de ses œuvres majeures : « Les bâtisseurs du temps ».

Et nous ne faisons pas autre chose en partageant nos semaines entre le travail des six jours et le repos du chabat.

Car il existe un temps pour tout, comme le dit l’Ecclésiaste, un temps pour faire vivre les rêves dans nos esprits, et un temps pour les faire vivre non plus dans nos esprits, mais dans la réalité de nos vies.

Et tel est le sens de l’obligation mentionnée dans la torah : « six jours, tu travailleras ». Ce travail n’est pas un travail de servitude, une avdout, mais un travail de construction du monde, une avoda. Ce n’est pas le travail d’un animale laborans, d’une personne interchangeable qui effectue un travail machinal qui disparaitra bientôt. C’est au contraire le travail d’un homo faber, une édification créative humaine qui dépasse la réalité de la nature et qui se transmettra aux générations future. Tel est le travail que nous devons faire pendant 6 jours, avant de faire le point chaque chabat, tel est la nature de ce que nous réalisons pendant l’année, et dont nous rendons compte à Rosh hashana.

Par notre action de cette année, avons-nous réussi à faire entrer nos rêves dans le possible, avons-nous tendu la main à des personnes qui sans nous auraient peut-être chancelé, avons-nous saisi la main de ceux qui pouvaient nous aider pour nous permettre d’avancer ?

 

Nous nous interrogeons aujourd’hui sur ce qu’est le travail, sa nature, son utilité sociale, la façon dont nous devrions le répartir, et la façon dont nous souhaiterions répartir les richesses de la société française autant que les richesses du monde, de la façon de les utiliser à bon escient.

L’idée de tsédaka nous invite à envisager la richesse comme un moyen de permettre la liberté.

La générosité est évoquée dans la torah lorsqu’on parle de la remise des dettes, de la chemita. Le deutéronome nous invite à faire avec lui le pari de la réussite. En ouvrant notre main à ceux qui ont tout perdu, nous leur donnons la chance de se relever, de se remettre à pied d’œuvre, de reprendre une action active dans la construction du monde. Et nous sommes certains qu’à l’arrivée de la septième année, ils auront réussi à rembourser leur dette. Et si tel n’était pas le cas, leur dette serait effacée, pour qu’ils puissent repartir avec une ardoise neutre, ouvrir une nouvelle page. N’existe-t-il pas un risque d’abus ? Le seul abus que la Torah envisage est celui du prêteur, qui pourrait refuser sa confiance. Des études récentes citées par Rutger Bregman dans son livre : « Les utopies pour ceux qui veulent les réaliser », prouvent qu’effectivement, à Londres, des SDF ayant reçu 3000 livres sterling se sont achetés des dictionnaires et ont réussi à mettre un toit au-dessus de leur tête.

La question est tellement sérieuse que pour nos commentateurs, la cause de la destruction de Sodome et Gomorrhe est justement l’absence de tsédaka, le refus de donner une nouvelle chance à ceux qui, malmenés par les circonstances de la vie, ont tout perdu.

Et nous en arrivons à la célèbre expression que cite le talmud chabbat : la tsédaka sauve de la mort.

C’est sans doute le cas dans l’exemple de Sodome et Gomorrhe.

C’est également ce que nous dit la prière ountané tokef, que nous chanterons demain.

La tsadaka sauve de la mort : il ne s’agit pas là d’une affirmation médicale. La tsédaka ne nous permet pas de lutter contre les maladies du corps. Mais elle nous permet de lutter contre une maladie qui nous touche trop souvent : le sentiment d’impuissance.

La tsédaka nous permet de nous sentir libres et vivants, de par notre pouvoir d’aider les autres.

Elle nous permet de nous sentir en sécurité, car grâce à elle, nous vivons dans un monde où celui qui trébuche et tombe n’est pas écrasé par la foule, mais relevé par ceux qui l’entourent. Et si cela nous arrivait à nous, des mains se tendraient pour nous secourir, de même que nous avons-nous même tendu la main vers d’autres en pareille circonstance.

 

La tsédaka sauve de la mort parce qu’elle nous éloigne de la fatalité, et nous rapproche de la liberté.

Elle est liée dans le talmud à cette autre phrase fondatrice : il n’y a pas de destinée pour israël. Quoi que dise l’astrologie, la psychologie, la sociologie, nous pouvons nous extraire des statistiques et garder notre liberté.

La misère est une menace pour tout le monde, et ce risque nous entraine dans une course à l’accumulation, alors que le sentiment de sécurité nous permet de travailler raisonnablement à la satisfaction de nos besoins réels.

L’argent nous permet de nous accomplir dans nos vies, et de nous mettre en relation avec les autres et avec notre liberté.

Il ne doit pas constituer un obstacle, comme dans la scène final du « Dibouk ». Le rabbin conduit une personne très aisée mais peu généreuse, devant la fenêtre. « Que vois-tu ? » « Des enfants qui rient, des hommes, des femmes, la vie ». Il la conduit vers un miroir. « Que vois-tu ? » « Je ne vois que mon image. » «  C’est exactement cela, parfois, il suffit d’un peu d’argent sur la vitre par laquelle on voit le monde pour que tout devienne opaque, et qu’on voit plus qu’une seule chose : soi-même. »

Revenons aux basiques. Comme le dit Hillel : si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?, nous souhaitons cette année veiller à notre propre bien-être, à celui de nos proches, à celui de notre communauté. Mais Hillel continue : si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Tournant en roue libre, enfermé dans mon propre esprit, je reste loin de la vie et du mouvement. Nous devons nous occuper de nous-mêmes, mais aussi des autres, de nos proches, et de ceux qui le sont moins, de notre communauté, et d’autres communautés, dans le monde juif, dans le monde interreligieux et dans le monde associatif. Et Hillel de conclure : et si ce n’est pas maintenant, quand ? L’heure de l’action, c’est maintenant. Maintenant pour faire exister nos rêves dans nos esprits, pendant ces jours de fête, et pour les transposer dans nos réalités, lorsque le vrai « travail » reprendra.

Suivons donc la recommandation de Hillel, en nous souhaitant à nous-même, intérieurement, une année pleine de renouveau, puis en nous souhaitant mutuellement, les uns aux autres, une année de bonheur, avant de nous tourner vers ceux de nos voisins que nous connaissons moins et d’envisager de poursuivre nos actions, en nous mettant parfois sur le dessus du magen david, et parfois au contraire, en nous mettant en retrait, pour faire exister ensemble l’individuel et le collectif.

 

Chana Tova oumétouka