Les cours auxquels vous pouvez assister, sur la torah, le talmud, les fêtes et la culture juive, à Nation, à Gambetta et à Saint-Paul, Par le rabbin Floriane Chinsky
La religion implique-t-elle la soumission ? Est-il impertinent ou pertinent de prétendre résister à Dieu ?
Le talmud, ce pilier central de notre tradition, prétend le contraire, et promeut les valeurs de responsabilité humaine, dans la plus pure tradition humaniste.
« Talmud et liberté humaniste » sera notre thème pour cette année, au Café des Psaumes. A partir du talmud dans le texte, avec des traductions en français, des Hévroutot (études en binôme), et avec l’objectif d’en tirer des enseignements de sagesse, nous trouverons chacun notre place dans l’étude de ce texte merveilleux.
18/10
Béréchit rabba paracha 34 : Quand l’homme résiste à Dieu (Noé)
15/11
Psikta dérav kahana paracha 12 : Quand Dieu s’adapte à l’individu (Manne)
13/12
Devarim rabba paracha 5 : Quand Dieu obéit à Moïse
17/1
Devarim Rabba paracha 4 et 5 : La justice divine dépend de la justice humaine
14/2
Talmud Babylonnien Nazir 23a : Y a-t-il une mauvaise façon d’obéir à Dieu ?
14/3
Talmud de Jérusalem Sanhédrin 22a et Talmud de Babylonne Baba Kama 59b : Pourquoi la loi juive ne nous dit pas quoi faire ?
11/4
Mishna edouyot 1 : Pourquoi promouvoir l’opinion des vaincus ?
9/5
Talmud Babylonien érouvin 13b et yébamot 14a : Comment rester unis ? Comment accepter nos différences ?
13/6
Talmud Babylonien chabat 130a : En fait, Dieu n’est pas intégriste !
Café des Psaumes – 16ter rue des Rosiers -Paris 4ème–
Là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir (braHot 34b).
« Les justes parfaits » ? Mais de quoi s’agit-il ? Pour m’aider à comprendre, je propose une petite expérience, j’aimerais que les justes parfaits de l’auditoire se lèvent : oh, il n’y en a pas ! Alors à quoi sert cette phrase ?
Nous voyons que la perfection n’existe pas. Et que même si elle existait, ce n’est pas elle qui aurait les honneurs. C’est au contraire le désir de nous améliorer qui est mis en valeur. L’essentiel, comme le dit Rabbi NaHman de bratslav, c’est la question, la chééla, et non pas la réponse, la téchouva.
« Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend? »
Voici les questions que le philosophe Ernst Bloch pose à l’ouverture même de son livre, « le principe espérance » en 1954.
La chanteuse-compositrice Barbara, qui nous a quittée cette année en dit autant dans l’une de ses chansons, choisie pour l’hommage national aux victimes de l’attentat du Bataclan : « pour qui, comment quand et pourquoi, contre qui comment contre quoi, c’en est assez de vos violences ! ».
Le vidouï de la prière de Néila, que nous dirons demain soir pose les mêmes questions :
Que sommes-nous, qu’est-ce que notre vie, qu’est-ce que notre bonté, notre force ?
Nous parlions à Roch Hachana de l’équilibre entre l’individu et le groupe, nous avons parlé de la tsédaka qui implique la société, nous nous tournons aujourd’hui vers l’individu.
Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ?
Yom Kipour nous met face à cette douloureuse question. Il peut-être tentant de la fuir.
Ernst Bloch poursuit :
Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? Qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend ?
« Beaucoup en restent perplexes. Le sol vacille, ils ne savent ni pourquoi ni comment. Leur état est angoisse ; s’il se précise il devient crainte… »
Comment faire face à cette crainte ? Les antidépresseurs, les drogues, les addictions, y compris aux écrans, à l’ordinateur ou au travail prennent leur essor. De la même façon, les sectes et les extrémismes se tiennent en embuscade comme le meurtre et la jalousie étaient tapis à la porte de Caïn.
Le judaïsme de superstition risque alors de s’emparer du judaïsme de courage.
Nous serions tentés de « faire téchouva », d’adopter des réponses toutes prêtes, au lieu de faire vraiment téchouva, de faire retour, de réfléchir, pour accéder à de nouvelles compréhensions.
Nous risquons nous tourner vers une pratique obsessionnelle au lieu nous ouvrir à des pratiques et à des sens renouvelés, en toute conscience.
« Il a fait téchouva » signifie souvent de nos jours « la table de ses parents n’est plus assez cacher, il ne fait plus la bise à sa sœur ».
Faire téchouva n’est pas se rattacher frénétiquement à un cadre solide, extérieur, dicté.
Le cadre de la sagesse juive ne doit pas nous enfermer mais nous porter.
Et dans ce chemin-là également, Ernst Bloch nous accompagne :
« Mais maintenant, sans plus tenir compte des artisans de la peur, c’est un sentiment plus digne de nous qu’il est temps d’apprendre. Il s’agit d’apprendre à espérer. »
Espérer, c’est prendre un risque, et c’est se mettre en danger, nos espoirs peuvent se réaliser, mais ils peuvent échouer, et comment affronterons-nous la déception ?
Deux histoires illustrent deux façons d’affronter le danger.
Une histoire zen, et une histoire juive.
C’est l’histoire d’un moine boudhiste qui se promène sereinement, immergé dans ses méditations, lorsqu’il entend un rugissement, il se retourne, c’est un tigre, il court vers lui ! il le poursuit ! le moine se met à courir pour échapper au tigre, qui pourtant gagner du terrain, se rapproche, l’attrape presque mais là… Le moine sent la terre se dérober sous ses pieds, il tombe au fond d’un gouffre, essaie de se raccrocher, saisit une branche qui dépasse, c’est une vigne, elle est en train de se déraciner, elle va bientôt lâcher sous le poids du moine, il regarde, il y a du raisin, le raisin est mûr, il tend la main, admire le raisin, le porte à sa bouche, et s’écrie : « quel délicieux grain de raisin ! »
Dans l’histoire juive, c’est juste un juif lambda qui tombe dans le puits, il se raccroche à la branche et crie « à l’aide ! à l’aide » et, miracle, une voix lui répond ! « C’est moi, l’Eternel ton dieu, j’ai entendu ta voix mon fils, je suis là. Lâche la branche, je vais te rattraper ! » Alors le juif regarde vers le haut du puits et s’écrie : « y a pas quelqu’un d’autre ? »
Ces deux histoires sont des histoires juives. La première parce qu’elle met en avant la gratitude. Nous devons profiter de ce monde et de ses bénédictions. La deuxième parce qu’elle est décalée, humoristique, qu’elle cherche la survie à tout prix, et qu’elle ne croit pas aux miracles abstraits mais à l’action concrète.
Face aux questions existentielles, le puits du vide pourrait nous engloutir. Si nous sommes jetés sans préparation dans l’arène des interrogations et des craintes, nous courrons le risque qu’elles nous dévorent.
Mais jeté dans la fournaise de Nemrod, Abraham ne s’est pas consumé, balancé dans la fosse aux lions, Daniel n’a pas été dévoré, et nous de même, nous ne serons pas consumés ni dévorés par ces questions, nous leur ferons face, et nous en sortirons vainqueurs à la fin de cette journée. Cet espace nous soutiendra, la présence bienveillante de la communauté nous portera, nos chants nous embrasseront.
Tel est le sens de toutes ces prières, de toutes ces cérémonies qui nous accompagnent dans le voyage de 25 heures que l’on nomme Yom Kipour.
Le texte des prières évoque les qualités de dieu. Pas pour le flatter ou pour nous rabaisser, mais pour appeler en nous-mêmes ces qualités ! Pour nous en saisir et nous appuyer sur elles pour remonter du puits, comme le dit rabbi yéhouda halévi.
Le texte des prières évoque nos fautes. Pas pour nous humilier, mais pour affirmer l’humanité de nos sentiments, et pour permettre l’expression émotionnelle nécessaire au changement, comme le dit le rav Soloveitchik.
La téchouva n’est pas une invitation à rentrer dans le rang, mais un encouragement à oser être nous-mêmes, briser les entraves et les limitations, comme le dit le rav Kook.
Le vidoui, l’aveu des fautes ne prouve pas que nous sommes coupables, mais que nous sommes courageux et déterminés à nous rendre meilleurs comme le dit Rech Lakich : la téchouva nous permet de transformer nos erreurs en mérites.
Ce courage nous délivre de la chape des apparences qui nous oblige à toujours faire semblant, à toujours nous justifier, à ne jamais être aimés pour ce que nous sommes réellement. Ce courage contribue à délivrer le monde du dictat de la perfection, cette illusion qui nous rend passifs et fait de nous des robots.
Cette année, nous avons été courageux. Nous sommes montés sur la téva pour célébrer notre Bar ou Bat Mitsva, et pris des risques. Nous sommes montés sur la téva pour dire le Kadish à la mémoire de nos proches disparus. Nous nous sommes engagés dans des démarches de conversion et de régularisation d’identité et pris le risque d’être rejetés. Nous avons décidé de nous marier, ou de mettre un enfant au monde. Nous avons changé de carrière, ou mobilisé le courage de rester dans notre métier. Nous avons pris toutes sortes de risques qui nous ont obligés à murir, à évoluer, à faire téchouva, à répondre à l’appel de la vie. Prenons un petit instant pour y penser, puis un petit instant pour partager l’un de ces défis dont nous sommes fier.e.s avec notre voisin ou notre voisine.
Selon Rabbi Abahou, Dieu a créé la téchouva avant d’avoir créé le monde, il a créé le principe espérance, le potentiel de la liberté et c’est cela qui donne un sens à nos existences.
Cette liberté n’a pas de limites, et lorsque nous aurons fait téchouva, nous aurons gagné l’occasion… de faire téchouva à nouveau. Lorsque nous aurons de nouveaux outils de liberté, nous comprendrons quels autres outils nous pourrons mettre en œuvre, et nous irons, à nouveau, les chercher, ajoutant indéfiniment des qualités et des courages futurs à nos qualités et à nos courages présents, la téchouva est un processus permanent, comme le dit rabbi naHman de Bratslav, et nous pouvons être fiers de partir cette année encore à la recherche du meilleur de nous-mêmes.
La relation entre nous et le transcendant devrait être une relation d’amour et de passion. L’amour a besoin de surprise. Faisons téchouva.
La téchouva n’est pas la réponse, mais la question.
La téchouva n’est pas la soumission, mais la responsabilité.
La téchouva n’est pas le retour au rituel, mais l’accès, à travers le rituel, à des dimensions imprévues.
Faire téchouva, c’est surprendre Dieu et plus important encore peut-être, c’est me surprendre moi-même.
Alors que tous ceux et toutes celles qui ont fait téchouva cette année, qui ont fait face aux défis de leur vie, de leur mieux, se lèvent en cet instant.
Et répétons-le : là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir.
Nous avons fait de nombreuses téchouvot. Soyons-en fiers aujourd’hui. Et puissions-nous avoir la chance de nous tenir ici, l’année prochaine, grandis encore davantage par les défis que nous aurons relevés cette année.
Que ce début d’année soit pour vous intense, et nous emmène vers un Yom Kipour plein de sens.
Voici la version écrite de la dracha que j’ai prononcée mercredi soir au MJLF-surmelin. Elle a été enregistrée au préalable au MJLF-Beaugrenelle, ce qui nous permet d’en avoir également une version vidéo.
Bien sûr, les versions vidéo, live et papier sont parfois différentes, en fonction du média et du moment.
Au plaisir de vous retrouver très bientôt pour Yom Kipour.
Êtes-vous certains que cette année encore le monde « penchera du bon côté », que les plateaux de la balance de la justice s’équilibreront ? Et qu’y faire ? Et votre voisin, juste à côté de vous sur ce siège, dans la synagogue parée en l’honneur des fêtes, sa vie penchera-t-elle du bon côté ? Et nous-mêmes, saurons-nous faire face aux évènements que la vie portera jusqu’à nous au cours de l’année qui vient ?
De quelle façon le monde devrait-il changer pour qu’il penche du bon côté ? Et qui pourra opérer ce changement ? Moi, en tant qu’individu, ou nous, en tant que société ?
Changer le monde c’est articuler la société et l’individu
Lorsque j’étais enfant, au talmud torah de l’ULIF, ma professeure , Laurence Benzaken, nous parlait du Maguen David comme du symbole de l’articulation entre la société et l’individu.
Le Magen David est composé de deux triangles, dont la pointe est tournée, pour le premier, vers le haut, pour le second, vers le bas. La pointe du triangle peut symboliser l’individu. Sa base peut symboliser le collectif. Le premier triangle nous enseigne donc que parfois, l’individu doit être positionné au-dessus du collectif, le second nous enseigne qu’au contraire, parfois, c’est le collectif qui doit prendre le pas sur l’individu. A l’époque où j’étais enfant, cela se traduisait dans notre société comme deux modèles politiques : celui du système communiste, dans lequel le collectif est prédominant, et celui du capitalisme, dans lequel c’est l’individu qui a le dessus.
Aujourd’hui, cette distinction semble dépassée, mais ce questionnement reste pertinent. Les solutions aux grandes questions que nous nous posons reposent-elles davantage sur l’individu ou sur la société ? Si nous souffrons, devons-nous nous tourner vers la thérapie et le développement personnel, nous occuper surtout de nous, pour mieux vivre la situation ? Ou devons-nous au contraire parler ensemble de nos problèmes et trouver des remèdes au niveau collectif ? Devons-nous nous tourner vers la méditation ou vers la révolution ? Devons-nous trouver un coach personnel ou fréquenter nos associations de quartier ?
La réponse rabbinique ne vous surprendra pas et je dirai bien sûr que ceux qui penchent pour la médiation ont raison. Et que ceux qui penchent pour la révolution n’ont pas tort. Et que ceux qui pensent à associer les deux sont sur la bonne voie. Car l’année à venir, nous dit la tradition, repose sur le travail intérieur, la téchouva (s’examiner soi-même), et la téfila (la médiation et la prière), mais également sur le travail collectif, le tikoun olam, la « réparation du monde » et la tsédaka, l’établissement d’une société juste.
La michna rosh hachana autant que la prière ountané tokef nous le rappellent tout au long de ces journées de mobilisation.
Les trois piliers du changement sont donc la téfila (prière, médiation, cri), la téchouva (introspection, travail sur soi) et la tsédaka (mobilisation pour la justice sociale).
On peut dire à ce sujet que Rosh Hashana étant l’anniversaire de la création du monde, c’est le moment de la mobilisation collective, centrée avant tout sur la tsédaka.
Lorsqu’on parle de changer le monde, on parle de faire entrer dans ce monde qui est le nôtre un monde idéal, qui n’existe pas encore, et c’est la définition même d’une utopie.
Comment faire exister ces mondes meilleurs dans nos esprits, pour pouvoir les amener, autant que possible, dans nos réalités ?
Le très beau texte de Michel Foucault peut nous être une inspiration, et inscrire le rêve juif dans la grande famille des rêves humains, qu’il définissait en ces termes, en 1966, sur France Culture :
« Il y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chronologie; des cités, des planètes, des continents, des univers, dont il serait bien impossible de relever la trace sur aucune carte ni dans aucun ciel, tout simplement parce que ils n’appartiennent à aucun espace. Sans doute ces cités, ces continents, ces planètes sont-ils nés, comme on dit, dans la tête des hommes, ou à vrai dire, dans l’interstice de leurs mots, dans l’épaisseur de leurs récits, ou encore dans le lieu sans lieu de leurs rêves, dans le vide de leurs cœurs; bref, c’est la douceur des utopies. Pourtant je crois qu’il y a – et ceci dans toute société – des utopies qui ont un lieu précis et réel, un lieu qu’on peut situer sur une carte; des utopies qui ont un temps déterminé, un temps qu’on peut fixer et mesurer selon le calendrier de tous les jours. Il est bien probable que chaque groupe humain, quel qu’il soit, découpe, dans l’espace qu’il occupe, où il vit réellement, où il travaille, des lieux utopiques, et dans le temps où il s’affaire, des moments uchroniques. »
Les fêtes de Tishri sont sans aucun doute des temps hors du temps, où se créent tous les temps qui n’existent pas encore et que nous voulons inviter dans nos vies.
Nos synagogues sont des lieux hors des lieux, qui nous permettent de commencer à construire la réalité dans laquelle nous souhaitons vivre.
C’est dans cet esprit qu’Abraham Yoshua Heshel a écrit l’une de ses œuvres majeures : « Les bâtisseurs du temps ».
Et nous ne faisons pas autre chose en partageant nos semaines entre le travail des six jours et le repos du chabat.
Car il existe un temps pour tout, comme le dit l’Ecclésiaste, un temps pour faire vivre les rêves dans nos esprits, et un temps pour les faire vivre non plus dans nos esprits, mais dans la réalité de nos vies.
Et tel est le sens de l’obligation mentionnée dans la torah : « six jours, tu travailleras ». Ce travail n’est pas un travail de servitude, une avdout, mais un travail de construction du monde, une avoda. Ce n’est pas le travail d’un animale laborans, d’une personne interchangeable qui effectue un travail machinal qui disparaitra bientôt. C’est au contraire le travail d’un homo faber, une édification créative humaine qui dépasse la réalité de la nature et qui se transmettra aux générations future. Tel est le travail que nous devons faire pendant 6 jours, avant de faire le point chaque chabat, tel est la nature de ce que nous réalisons pendant l’année, et dont nous rendons compte à Rosh hashana.
Par notre action de cette année, avons-nous réussi à faire entrer nos rêves dans le possible, avons-nous tendu la main à des personnes qui sans nous auraient peut-être chancelé, avons-nous saisi la main de ceux qui pouvaient nous aider pour nous permettre d’avancer ?
Nous nous interrogeons aujourd’hui sur ce qu’est le travail, sa nature, son utilité sociale, la façon dont nous devrions le répartir, et la façon dont nous souhaiterions répartir les richesses de la société française autant que les richesses du monde, de la façon de les utiliser à bon escient.
L’idée de tsédaka nous invite à envisager la richesse comme un moyen de permettre la liberté.
La générosité est évoquée dans la torah lorsqu’on parle de la remise des dettes, de la chemita. Le deutéronome nous invite à faire avec lui le pari de la réussite. En ouvrant notre main à ceux qui ont tout perdu, nous leur donnons la chance de se relever, de se remettre à pied d’œuvre, de reprendre une action active dans la construction du monde. Et nous sommes certains qu’à l’arrivée de la septième année, ils auront réussi à rembourser leur dette. Et si tel n’était pas le cas, leur dette serait effacée, pour qu’ils puissent repartir avec une ardoise neutre, ouvrir une nouvelle page. N’existe-t-il pas un risque d’abus ? Le seul abus que la Torah envisage est celui du prêteur, qui pourrait refuser sa confiance. Des études récentes citées par Rutger Bregman dans son livre : « Les utopies pour ceux qui veulent les réaliser », prouvent qu’effectivement, à Londres, des SDF ayant reçu 3000 livres sterling se sont achetés des dictionnaires et ont réussi à mettre un toit au-dessus de leur tête.
La question est tellement sérieuse que pour nos commentateurs, la cause de la destruction de Sodome et Gomorrhe est justement l’absence de tsédaka, le refus de donner une nouvelle chance à ceux qui, malmenés par les circonstances de la vie, ont tout perdu.
Et nous en arrivons à la célèbre expression que cite le talmud chabbat : la tsédaka sauve de la mort.
C’est sans doute le cas dans l’exemple de Sodome et Gomorrhe.
C’est également ce que nous dit la prière ountané tokef, que nous chanterons demain.
La tsadaka sauve de la mort : il ne s’agit pas là d’une affirmation médicale. La tsédaka ne nous permet pas de lutter contre les maladies du corps. Mais elle nous permet de lutter contre une maladie qui nous touche trop souvent : le sentiment d’impuissance.
La tsédaka nous permet de nous sentir libres et vivants, de par notre pouvoir d’aider les autres.
Elle nous permet de nous sentir en sécurité, car grâce à elle, nous vivons dans un monde où celui qui trébuche et tombe n’est pas écrasé par la foule, mais relevé par ceux qui l’entourent. Et si cela nous arrivait à nous, des mains se tendraient pour nous secourir, de même que nous avons-nous même tendu la main vers d’autres en pareille circonstance.
La tsédaka sauve de la mort parce qu’elle nous éloigne de la fatalité, et nous rapproche de la liberté.
Elle est liée dans le talmud à cette autre phrase fondatrice : il n’y a pas de destinée pour israël. Quoi que dise l’astrologie, la psychologie, la sociologie, nous pouvons nous extraire des statistiques et garder notre liberté.
La misère est une menace pour tout le monde, et ce risque nous entraine dans une course à l’accumulation, alors que le sentiment de sécurité nous permet de travailler raisonnablement à la satisfaction de nos besoins réels.
L’argent nous permet de nous accomplir dans nos vies, et de nous mettre en relation avec les autres et avec notre liberté.
Il ne doit pas constituer un obstacle, comme dans la scène final du « Dibouk ». Le rabbin conduit une personne très aisée mais peu généreuse, devant la fenêtre. « Que vois-tu ? » « Des enfants qui rient, des hommes, des femmes, la vie ». Il la conduit vers un miroir. « Que vois-tu ? » « Je ne vois que mon image. » « C’est exactement cela, parfois, il suffit d’un peu d’argent sur la vitre par laquelle on voit le monde pour que tout devienne opaque, et qu’on voit plus qu’une seule chose : soi-même. »
Revenons aux basiques. Comme le dit Hillel : si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?, nous souhaitons cette année veiller à notre propre bien-être, à celui de nos proches, à celui de notre communauté. Mais Hillel continue : si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Tournant en roue libre, enfermé dans mon propre esprit, je reste loin de la vie et du mouvement. Nous devons nous occuper de nous-mêmes, mais aussi des autres, de nos proches, et de ceux qui le sont moins, de notre communauté, et d’autres communautés, dans le monde juif, dans le monde interreligieux et dans le monde associatif. Et Hillel de conclure : et si ce n’est pas maintenant, quand ? L’heure de l’action, c’est maintenant. Maintenant pour faire exister nos rêves dans nos esprits, pendant ces jours de fête, et pour les transposer dans nos réalités, lorsque le vrai « travail » reprendra.
Suivons donc la recommandation de Hillel, en nous souhaitant à nous-même, intérieurement, une année pleine de renouveau, puis en nous souhaitant mutuellement, les uns aux autres, une année de bonheur, avant de nous tourner vers ceux de nos voisins que nous connaissons moins et d’envisager de poursuivre nos actions, en nous mettant parfois sur le dessus du magen david, et parfois au contraire, en nous mettant en retrait, pour faire exister ensemble l’individuel et le collectif.
Chers amis, ce petit article express pour vous signaler que je serai l’invitée de Léa Moscona demain matin dans l’émission » c’est nouveau, ça m’intéresse ».
Ce dimanche à 9h45 auront lieux nos seliHot pédagogiques. L’occasion de découvrir ces belles prières, de nous projeter dans une année renouvelée, qui intègre réellement la réalité de l’année passée, nos nouvelles découvertes, nos nouvelles compréhension, et notre nouvelle condition si nos vies ont changé. Nous nous préparons à travers ces prières à la transition vers la nouvelle année, rosh hashana, yom kipour, et nous entendons le chofar.
Ce moment sera suivi d’un petit office du matin, qui permettra également aux parents de se familiariser avec les prières que leurs enfants apprennent au talmud torah.
Ce dimanche, 9h45, à Ganénou, premières seliHot pédagogiques.
Autres rendez-vous: mercredi 24 septembre 7h30 Surmelin et dimanche 27 septembre 9h45 ganénou.
Que dire à ses invités lorsqu’on célèbre la Bar ou la Bat Mitsva de ses enfants? Comment agir lorsqu’on est soi-même invité? Voici quelques mots sur la meilleure façon pour vous de participer à cette expérience avec le MJLF-est Surmelin. Voyez également la playlist suivante si vous voulez découvrir quelques chants et quelques moments phares de l’office:
1 Quel est le dress-code? Comment est-on censé s’habiller ?
Le plus important c’est de « s’habiller » de la volonté de découvrir un jeune qui prend sa place dans le monde des adultes, de « mettre ses vêtements de splendeur », ainsi qu’on le dit dans « LeHa dodi », c’est-à-dire une attitude intérieur de bienveillance et de partage, dans le respect de soi-même et des autres.
Pour ce qui est des habits extérieurs, je vous recommande de choisir une tenue dans laquelle vous vous sentez bien, et qui marque également l’importance de ce jour de bar/bat mitsva et de chabbat. Dans nos communautés, on ne considère pas que les femmes mariées doivent nécessairement se couvrir la tête, en revanche, nous respectons la tradition selon laquelle les hommes mettent une Kipa en signe de respect pour ce qui se passe dans ce lieu particulier. Des kipot (pluriel de kipa) sont disponibles à la synagogue.
D’une façon générale, les règles de l’habillement dans la tradition juive, que l’on nomme règles de « tsniout », sont des règles de comportement général, de respect de l’autre, de non sexualisation vestimentaire : nous nous rappelons du caractère sacré de la dignité humaine et du respect que nous avons pour nous-mêmes et pour les autres. Si vous respectez ce principe, vous ne risquez pas de commettre d’impair dans notre synagogue.
2 Quels comportements adopter pendant la cérémonie ? Le silence est-il de rigueur ?
L’accueil est important pour nous, et nous ferons tout pour que vous vous sentiez bien et que cette cérémonie revête pour vous le maximum de sens.
Nous vous proposerons un livre de prière : prenez-le, il comprend des traductions en français et des textes de méditations auxquels vous pourrez vous référer pendant l’office. Prenez également une kipa pour les hommes. Nous vous demandons également d’éteindre vos téléphones portables et de ne pas les consulter, mais au contraire de vous poser avec nous dans ce temps spécial.
Pendant l’office : Vous pouvez suivre dans le livre de prière, lire les textes de l’anthologie, chanter les prières que vous connaissez, fredonner les airs que vous souhaitez apprendre pour accompagner les chants, apporter votre voix au moment des lectures en français. Si le cœur vous en dit, il est recommandé de chanter spécialement avec le Bar Mitsva ou la Bat Mitsva, ou en alternance avec lui ou elle lorsqu’il s’agit d’un chant alterné (voir les vidéos d’aide). Il faut évidemment écouter le jeune lorsqu’il intervient, et si possible lui répondre. Nous apprécions particulièrement lorsque les participants s’entre-aident, n’hésitez pas à demander ou à proposer de l’aide, pour savoir où on en est dans l’office par exemple.
3 Comment faire de ce moment un temps privilégié lorsqu’on a de jeunes enfants?
Dans un premier temps, on s’assoit en famille tranquillement, on peut leur parler à voix basse pour les encourager à observer les objets de la synagogue, le livre de prière, ou leur raconter des histoires concernant des valeurs qui nous tiennent à cœur. Il est bon de dire aux enfants qu’à certains moments ils pourront eux-mêmes rejoindre le jeune sur l’estrade, cela leur permet de s’y préparer. Quand les enfants saturent, il est possible de sortir un livre d’enfant, un biberon, voire des petits gâteaux, éventuellement un puzzle ou des jeux très calmes. Les enfants ne doivent pas se promener dans la synagogue sans surveillance. Ils peuvent venir sur l’estrade s’ils le souhaitent et « explorer l’espace » dans le calme s’ils le souhaitent. En préparation : regardez les vidéos avec eux et apprenez quelques chants, cela vous permettra de faire de ce temps un moment familial significatif.
Vous avez d’autres questions? N’hésitez pas à les poser en commentaire!
A 18h, nos chants de Tishri nous permettront de passer un moment intense autour de la liturgie de Kipour. Plus d’info ici.
A 18h30, nous accueillerons nos plus jeunes pour la reprise des « erev shel yeladim ». Plus d’info ici.
De 20h à 21h30, nous aurons un dîner chabbatique sur le thème: « préparez votre seder de Rosh Hashana », mais avant tout sur une note de convivialité et de retrouvailles. (Inscription nécessaire auprès de Catherine Klein)
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome… Les 5 livres de la Torah nous accompagnent tout au long de l’année. Voici un index des commentaires présents sur ce site. Des textes d’étude et des questions à se poser d’année en année, avec des réponses toujours renouvelées.
Chers amis, voici les chants que nous travaillerons plus particulièrement ce soir. Des liens vers des vidéos seront bientôt disponibles pour permettre à tous d’entendre cette merveilleuse liturgie de Roch hachana et de Yom Kipour.
Vous trouverez sur cette page quelques explications concernant ces belles prières ainsi que leur texte en hébreu et en translittération.
Pour télécharger le feuille de chants en format Word, cliquez sur ce lien.Chants de Tishri 2
Adon Olam est l’un des poèmes liturgiques les plus célèbres. Il est dit en introduction ou en conclusion de la prière du matin. Initialement, pourtant, cette prière était réservée à Yom Kipour. Lorsqu’on en reprend la traduction, on peut constater combien ses thématiques sont proches de celles des fêtes de Tishri, qui souligne le caractère transcendant et suprême de la divinité par contraste avec notre sentiment d’humilité lorsque nous acceptons de faire face à la fragilité de nos vies.
Ledor Vador est un extrait de la fin de la Kédoucha. Ce passage insiste sur la transmission de génération en génération, et la mélodie que nous utilisons souligne cette idée par un jeu de réponses successives entre l’officiant et l’assemblée. A l’occasion de Rosh hashana et de Yom Kipour, la bénédiction finale est transformée de « hael hakadoch » (le dieu saint) en « hamélèH hakadoch » (le Roi saint)
Le vidouï est traditionnellement prononcé à voix basse après la amida du matin, dans une partie de l’office appelée « taHanounim ». Cependant, pendant les fêtes de Tichri, il est chanté à voix haute. Il revêt à la fois une dimension personnelle et collective sur lesquelles il est bon de s’interroger. Les différentes fautes constituent un acrostiche qui compose l’alphabet hébraïque, comme pour symboliser notre désir de dire la globalité de notre responsabilité dans tous les aspects de notre comportement.
Adon Olam
Adon olam acher malaH bétérem kol yétsir nivra léet naassa béHeftso kol azaï méleH chémo nikra véaHaré kiHlot hakol lévado imloH nora véhou aya véhou ové véhou yiyé bétifara véhou éHad véein chéni léhamchil lo léaHbira béli réchit béli taHlit vélo haoz véhamissra véhou éli véHaï goali vétsour Hévlit béet tsara véhou nissi oumanos li ménat kossi béyom ékra béyado afkid rouHi béet ichan véaira véim rouHi géviati adonaï li vélo ira.
Amida – Lédor vador
((Lédor vador)2 naguid godléHa)2
((oulnétsaH néTsaHim) 2 kédouchatéHa nakdich )2
(véchiveHaHa élohénou mipinou (lo yamouch)2 léolam vaèd)2
« Les chants des hommes sont plus beaux qu’eux-mêmes plus beaux qu’eux-mêmes, plus lourds d’espoir, plus tristes, plus durables… », disait le poète Hazim Hikmet. Les chants de Roch Hachana et de Kipour nous accompagnent depuis des siècles. Nous sommes invités à nous plonger à nouveau dans leur histoire, leur signification, leurs paroles et leur musique.
1 : vendredi 16 juin 18h/18h45 : Séou Shéarim, Sim Shalom, Ki anou améHa
Nous ouvrirons avec Séou Shearim, qui sera une parfaite introduction à nos séances.
Ouvrez-vous, Portes du monde ! Pour que le Roi de Gloire puisse entrer !
On pourrait avancer la théorie que nous sommes tous plus ou moins mégalomanes. Comme le dit l’homme éméché : « Je suis maître de moi comme de l’univers ! ». Nous ne sommes pas maîtres de l’univers, et nous devons même lutter pour être maîtres de nous-mêmes. « Qui est le fort ? -interrogent les chapitres des pères- Celui qui se conquiert lui-même ! ». C’est ce que nous tentons de faire à Kipour : Contenir nos instincts. Le jeûne est l’une des façons de pratiquer cette maitrise et d’affirmer qu’autre chose que notre propre confort peut animer nos actes. Et puisque nous ne sommes pas les maîtres du monde, nous pouvons néanmoins essayer de contribuer à la rendre meilleur. Ainsi, nous clamons : « Qu’entre le Roi de Gloire ! » Pour certains, c’est peut-être Dieu lui-même qui prend sa place parmi nous alors que nous sortons la Torah. Pour d’autres, c’est une invocation à faire entrer en nous-même les plus hautes valeurs, celles qui font notre gloire lorsque nous réussissons à les atteindre. Ouvrez-vous, portes du monde !
Pour apprendre à le chanter:
Roch hachana (Synagogue MJLF EST, 24 rue du Surmelin, 75020) aura lieu: office du premier soir: mercredi 20 septembre (18h45); premier matin: 21 septembre (10h); deuxième soir: jeudi 21 septembre (18h45); deuxième matin: vendredi 22 septembre (10h)
Kipour (Salle Olympe de Gouges,15 Rue Merlin, 75011 Paris) : soir de Kol Nidré: Vendredi 29 septembre (19h30); Offices toute la journée: Samedi 30 septembre (10h); soir de Neila: 30 septembre (19h)
Les seliHot à Surmelin auront lieu les mercredi 13 et 27 septembre à Surmelin à 7h30, et les dimanches 17 et 24 septembre au Talmud Torah ( Ecole Ganénou, 11 rue du Sergent Bauchat à 9h45).