Téchouva pédagogique!

Les vacances nous offrent en cadeau une relation parentale libérée des contraintes du quotidien.
Elles nous permettent de préparer l’année à venir, et en particulier les événements de la rentrée.

La rentrée juive est un soutien pédagogique extraordinaire aux valeurs que nous défendons auprès de nos enfants.

Tichri nous invite à approcher la pensée et l’étude des questions fondamentales de la vie avec joie, c’est SimHat Torah, la fête des enfants dans laquelle les grands trouvent une liberté du bonheur partagé.
Tichri nous introduit également dans l’introspection, la critique bienveillance de nous-même. Ce sont les « jours redoutables », Roch Hachana et Yom Kipour, des fêtes pour adultes, grâce auxquelles les enfants peuvent apprécier l’importance que nous accordons au fait de toujours chercher à « grandir » et à nous améliorer, quel que soit notre âge.

Nous avons développé ces questions dans les deux précédents articles.
Voyons comment notre exemple peut également inspirer nos enfants dans leur cheminement.

En tant que parent, nous pouvons choisir de partager nos espoirs, nos réussites et nos échecs avec nos enfants, dans une mesure adaptée à leur compréhension bien sûr.

C’est une façon certaine de leur témoigner du respect que nous avons pour l’introspection, de la bienveillance avec laquelle nous jugeons nos échecs et nos imperfections, de l’importance à nos yeux de toujours chercher à mieux faire, sans juger.

Les textes de Roch hachana sont emplis de ces invitations à la bienveillance et à l’amélioration:
Si nous avons commis des erreurs, c’est sans le vouloir.
Nous nous invitons par le chofar, l’étude des textes, l’immersion dans un mikvé, et les offices, à recommencer à nous construire avec de nouvelles forces.
Tel est le sens de cette « téchouva », ce retour au meilleur de nous-même, que nous entreprenons à l’occasion des fêtes de Tichri.

Un autre élément fondamental de cette période est la réconciliation.
Chacun est censé demander pardon, reprendre sur de nouvelles bases non seulement au niveau personnel mais également au niveau relationnel.
Cet aspect n’est pas toujours évident à mettre en œuvre car nos partenaires amoureux, amicaux, familiaux ou professionnels ne sont pas toujours ouverts à cette question.

On peut, en souhaitant une bonne année aux uns et aux autres, ouvrir la discussion avec prudence. « Je voulais te souhaiter une bonne année, nous avons passé du temps ensemble en tant que collègues, et à l’occasion de cette fin d’année, je me demandais si nous pourrions améliorer notre façon de travailler ensemble ? Peut-être as-tu eu l’occasion d’y penser ? Voudrais-tu que nous en parlions à l’occasion ? »
Bien sûr, il nous appartient d’être juges de l’opportunité d’ouvrir ce dialogue et de le conduire au mieux.
Tichri nous invite à nous interroger sur la meilleure attitude à adopter pour permettre une fluidification des relations.

Pour ce qui est de nos enfants, la question est plus simple puisque nous nous appuyons sur notre devoir d’éducation pour leur transmettre ce qui nous tient à cœur. En principe, ils sont convaincus de notre bienveillance à leur égard.

Nous pouvons alors probablement soulever certaines questions. Le principe du fait que nous les aimons et que nous les acceptons dans les différentes composantes de leur personnalité doit être posé de façon évidente. Ceci établi, il est légitime de partager nos expériences…
Qu’aimons-nous dans leur attitude ? Qu’est-ce qui nous est difficile ? Et eux, qu’aiment-ils ? Quels seraient leurs désirs ? Il est normal d’avoir des désaccords, tout ne doit pas être résolu.

Il est des questions à propos desquels nos enfants n’ont pas la maturité pour définir leur meilleur intérêt, et d’autres pour lesquelles nous pouvons de façon discrétionnaire décider de ce qui est ou non acceptables dans nos murs. Ils ont le droit de ne pas être d’accord, et peuvent choisir la meilleure façon pour eux de gérer leur désaccord. Mais dans beaucoup de cas, il est possible d’identifier les besoins de chacun et de trouver les stratégies adéquates pour les satisfaire d’une façon acceptable par le collectif familial en général et par les parents en particulier.

Quel meilleur temps que les vacances, ce moment ensemble, ce moment sans contraintes, pour poser les bases d’un renouveau personnel et relationnel ? Nous pourrons alors ancrer toutes ces discussions et toutes ces décisions en les écrivant, en les racontant, en venant en parler au rabbin et de toute façon qui puisse vous convenir.

N’hésitez pas en tout cas à me faire part de vos commentaires, pour que nous puissions partager nos expériences !

Bonnes vacances 5775, et très bons préparatifs pour 5776 !

Embrasser le passé, Chérir l’avenir – pédagogie de Roch Hachana

L’année scolaire s’est achevée, les vacances sont à leur début, et tout semble possible!
Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.

Comment profiter des vacances?
Ces moments de tranquillité permettent de renforcer les liens familiaux et filiaux, de mettre en place de bonnes pratiques relationnelles qui renforceront la base d’amour si fondamentale pour que nous soyons en mesure de guider nos enfants tout au long de l’année.

Au cours de nos réflexions de ce matin, au cours “Le judaïsme, un atout pour l’avenir de nos enfants”, nous avons envisagé deux directions. Les vacances permettent de mettre en place des habitudes qui nous serviront au quotidien, d’une part, mais aussi de nous préparer à utiliser le plein potentiel pédagogique des fêtes de Tichri. Nous avons pu parler déjà de SimHat Torah, une fête « orientée enfant » par excellence, bien qu’elle soit également très riche spirituellement et intellectuellement.

Les « jours redoutables » pour leur part recèlent un potentiel insoupçonné sur le plan pédagogique.
La faute et les erreurs ne sont pas des fatalités, nous sommes tous unis dans la recherche de notre meilleur nous-mêmes, nous sommes égaux devant nos faiblesses et égaux face à notre potentiel d’amélioration.

Ces messages contribuent à inscrire les enfants dans une identité positive, à se considérer comme des « gens biens ». Les étiquettes influencent notre manière d’être. Celui qui se considère de façon négative a du mal à s’améliorer. Les jours redoutables brisent ces étiquettes, tel est le sens profond du Kol Nidré que nous prononçons solennellement le soir de Kippour.

Pourtant, les étiquettes positives peuvent nous inviter à nous complaire dans le sentiment de notre « bonté ».
Tichri nous enseigne que la seule façon d’être des « gens biens », c’est d’admettre nos imperfections et de chercher à nous améliorer.

Roch hachana et Kipour sont bien sûr fondamentales et jouent un rôle important également pour les plus petits. Pour en tirer un profit pédagogique, nos enfants ont pourtant besoin de notre aide.

En effet, ces fêtes sont avant tout des temps d’introspection.
La porte d’entrée pour les plus jeunes peut se faire de façon ludique, à travers le choix ensemble de vêtements blancs par exemples, qui souligneront le sens de ces fêtes.

On peut prévoir un seder de Roch Hachana, qu’il soit traditionnel selon les différentes coutumes séfarades ou créatif à la mesure des désirs de nos enfants. L’idée est de choisir notre menu préféré ainsi que des mets symboliques qui représentent nos espoirs pour l’année à venir.
Le seder traditionnel s’appuie sur des jeux de mot en araméen.
Il est tout à fait possible de se tourner vers des jeux de mots (laids) en français. Ainsi, des bananes, permettront de se souhaiter une « banne année », des pêches pour avoir la pêche, et on peut décliner cela à l’infini.

Roch hachana implique également une vision rétrospective de nos vies et une prise de décision concernant l’année à venir. Comment partager cela avec nos enfants?

Tous les moyens sont bons.
On peut leur demander de dessiner les trois évènements les plus marquants de l’année, ou leur proposer de les raconter.
On peut reprendre leur cahier de texte et parler de la façon dont ils ont vécu chaque saison, les différentes étapes scolaires, les différentes vacances, les événements familiaux, qu’ils soient joyeux ou douloureux.
On peut ouvrir les albums photo.
Nous avons ainsi une nouvelle chance de poser des mots sur leurs expériences.

Pour ce qui est de la projection dans l’avenir, on peut parler avec eux de leurs espoirs pour l’année à venir, les plus jeunes et les plus créatifs peuvent une fois de plus passer par le dessin et se représenter dans leur future classe de CM2, raconter leur entrée en 6e, envisager ce que seront leurs espoirs, leurs défis et leurs atouts lors de leur entrée à l’université…
Ce sont également des thèmes à aborder à la table familiale, chacun prenant ainsi la mesure de l’importance des différents enjeux de chacun.

Il sera alors plus facile de faire preuve d’empathie, de garder la maison calme lorsque l’ainé prépare des examens ou d’augmenter ses capacités de tolérance au chahut quand la petite dernière fête son anniversaire!
Il est possible de garder les dessins ou les récits de nos espoirs pour l’année à venir et de les revisiter en fin d’année, lorsque un nouveau cycle recommencera… Ce qui a vraiment compté pour nous, était-ce justement ce que nous attendions ou d’autres événements imprévus?

Les dessins pourront également trouver leur place sur le mur du salon pendant la période des fêtes, ou dans la souka, et pourquoi pas sur les murs de la synagogue, pour que vos enfants s’y sentent bien chez eux!
On peut imaginer par exemple un dessin de l’espoir, reprenant nos aspirations pour l’année à venir, sur lequel travailler pendant les vacances, à accrocher dans le salon à l’occasion de roch hachana et à amener à la synagogue pour kipour… De cette façon, les dimensions individuelles et collectives qui sont représentées au cours des fêtes de tichri trouveront également leur place pour chacun d’entre nous.

N’hésitez pas à me faire partager le fruit de vos réflexions et de vos expériences… Les dessins des plus ou moins jeunes seront également bienvenus…

Dîner « Bonnes vacances à vous les post BM! » ce vendredi…

Pour la fin de l’année scolaire, les jeunes prennent le pouvoir !

18h30 – signature de la Mappa spéciale que nous utiliserons spécialement pour simHat Torah

18h45 – office des jeunes, ça va déménager!

19h45 – Kidouch

20h – 21h30 repas et jeux de sociétés

Pas d’inscriptions, mais veuillez prévenir notre rabbin sur f.chinsky@mjlf.org.
Amenez un plat lacté sans viande, un ballon, vos instruments de musique, votre chat et vos meilleur/e/s  ami/e/s !

Un SimHat Torah pédagogique!

L’année scolaire s’est achevée, avec ses malédictions, les vacances commencent, avec leurs bénédictions! (voir « aHot Kétana », cette magnifique prière d’entrée dans l’année nouvelle juive).
Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.
Comment profiter des vacances?

Nous avons vu dans un précédant article comment les vacances peuvent permettre de mettre en place de bonnes habitudes pour l’année à venir.

L’installation de ces façons joyeuses de fonctionner pour soi-même et pour les autres est soutenue par les fêtes de Tichri.

Le changement peut faire peur. La pensée et la pratique juives nous invitent à le considérer d’une façon positive, à le prévoir et à l’accompagner, à l’anticiper tout en restant flexibles.
Les fêtes de Tichri soutiennent la mise en place des valeurs et des bonheurs que nous voulons partager avec nos enfants.

Comment transmettre notre amour du questionnement à nos tout petits? Comment faire aimer les livres à nos plus jeunes qui ne savent pas encore lire? La fête de SimHat Torah donne une expression très concrète à notre amour de l’étude et du questionnement existentiel.

SimHat Tora incarne l’importance de la joie dans notre tradition. La joie à son paroxysme est associée au livre. Chanter, danser, vivre physiquement notre attachement à la tradition intellectuelle d’Israël est important.
Pour les plus jeunes, les vecteurs concrets et physiques sont la meilleure porte d’entrée dans l’amour de la tradition.

Comme l’année dernière, nous ouvrirons intégralement le sefer torah, chacun contribuera à le tenir ouvert. Cet acte est un message puissant de l’importance d’être ensemble pour savoir « lire » le message de la torah.
Il symbolise le fait que chacun a sa part, sa place et son importance.

Nous effectuerons également des danses Klezmer. Ces danses ont la particularité d’être accessibles à tous et de permettre des figures surprenantes et réjouissantes, de créer un bonheur d’être ensemble.

A titre familial, on peut prévoir d’acheter des livres à offrir à nos enfants à cette occasion, on peut leur faire apprendre les bénédictions de montée à la torah ou certains chants que nous reprendrons ensemble à la synagogue.

SimHat Torah, pour les enfants, c’est la fête des bonbons, des drapeaux et des danses.
Pour les adultes, c’est l’occasion de raviver une joie simple tout en s’interrogeant sur ce qu’est la joie et ce qu’est la vie qui passe, comme nous y invite le livre de l’ecclésiaste.

D’un point de vue pédagogique SimHat Torah (et soukot), sont les premières fêtes juives, car elles sont accessibles à tous les âges et placent le plaisir d’être ensemble au premier plan.

N’hésitez pas à partager vos idées pédagogique autour de cette fête merveilleuse…

Le sourire de Bonna ne disparaitra jamais

Bonna Devora Haberman, fondatrice de Women of the Wall, est décédée avant hier. Pour ceux qui souhaiteront faire connaissance avec son oeuvre, sa mémoire sera une bénédiction.

Avatar de Floriane ChinskyLiberté juive

Il doit y avoir quelque part une source secrète.
Toute personne qui s’y abreuve trouve le sens de sa place dans le monde et la sérénité dans son rapport à l’autre, aux autres, aux atrocités du monde, à ses beautés.

Je pense que c’est dans cet endroit de félicité que Bonna est allé chercher ce grand sourire gourmand irrésistible qui semblait toujours vous dire que votre présence et ce moment était un délice.
« Accueille tout l’humain avec un visage bienveillant »

Ce sourire qui alternait avec un visage sérieux et concentré, concerné par les souffrances et les injustices auxquelles elle s’adressait.
Ce qui était, était et ce qui devait changer, le devait.
A partir de ce constat, les limites de l’impossible dans la pensée disparaissait.
J’imagine que les collines bondissaient comme des béliers, les montagnes comme des agneaux.
Ce qui était possible au delà de nos croyances se réalisait.

Voir l’article original 462 mots de plus

Sur un pied… Une série de vidéos sur la paracha de la semaine

Bonjour à tous,
Vous l’avez vu sur la page facebook du MJLF-est: Nous avons désormais une vidéo hebdomadaire qui permet de s’interroger sur la paracha de la semaine…
La playlist est disponible ici, sur ce lien.

Voici la vidéo de lancement, bonne écoute, et partagez vos commentaires!

Les vacances – Une étape décisive!

L’année scolaire s’est achevée, avec ses malédictions, les vacances commencent, avec leurs bénédictions! (voir « aHot Kétana », cette magnifique prière d’entrée dans l’année nouvelle juive).

Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.

Comment profiter des vacances?
Ces moments de tranquillité permettent de renforcer les liens familiaux et filiaux, de mettre en place de bonnes pratiques relationnelles qui renforceront la base d’amour si fondamentale pour que nous soyons en mesure de guider nos enfants tout au long de l’année.

Au cours de nos réflexions de ce matin, au cours « Le judaïsme, un atout pour l’avenir de nos enfants », nous avons envisagé deux directions.

1 – peaufiner le quotidien…
La première et de profiter du calme des vacances pour mettre en place des éléments pédagogiques et des habitudes de vie auxquelles nous aspirons. D’un point de vue juif, on peut commencer un allumage des bougies du chabbat, apprendre quelques chants à partager à cette occasion, commencer à lire un livre qui raconte la paracha de la semaine… On peut chaque semaine prévoir un temps pour chercher un jeu de société à ouvrir et à tester spécialement le chabbat suivant. Ces jeux pourront ensuite marquer joyeusement les chabbatot tout au long de l’année à venir. On peut profiter de l’été pour préparer des sets de tables spécifiques pour chacune des fêtes juives à venir, apprendre des chants, adopter des défis pour réviser son hébreu…

2 – se préparer à une transformation téchouvatesque!
La seconde façon de mettre à profit les vacances consiste à préparer plus spécifiquement les fêtes de Tichri. Roch hachana, Kipour, Soukot et SimHat Torah sont des fêtes de fondation et de re-fondation, sur lesquelles on peut s’appuyer sans modération !
Ces fêtes permettent un renforcement entre les valeurs de la maison et les valeurs de la culture juive. Ce n’est pas simplement nous qui demandons à nos enfants de travailler leurs qualités humaines. C’est la communauté juive dans son ensemble qui s’inscrit dans un processus de Téchouva, de retour à soi-même, de culture du meilleur de soi-même.

Les notions de Tichri peuvent sembler abstraites. Pourtant, chaque âge a sa propre porte d’entrée dans cette belle dynamique. Nous étudierons cela au fil des semaines à venir…

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Par ailleurs, toutes les idées sont les bienvenues ici, n’hésitez pas à les partager, je serai toujours heureuse de vous répondre…

D’ici-là, très bons préparatifs pour vos vacances à venir, pour qu’elles soient fondatrices de bons moments à prolonger tout au long de l’année…

Les religions et le sens de la vie, conférence interreligieuse féminine!

Contact: Michel Haim: 06 09 28 29 19cordoba

L’antichoa

Yom Hashoa. Le jour de l’extermination.

Aujourd’hui, ce 15 avril 2015, ce 26 nissan 5775, nous sommes ici, nous sommes vivants, nous sommes ensemble, nous sommes debout face au passé.
Je suis ici en tant que française, au premier plan de cette extermination des enfants français, perpétrée par un gouvernement français, commémorée dans ce square du XXe arrondissement.
Je suis ici en tant que juive, en tant que Rabbin, qui tente d’accueillir les blessures des rescapés, des enfants de rescapés, et notre blessure dans notre besoin de sécurité, notre terrible perte en termes d’identité, en tant que personne qui essaye d’aider à réparer un peu le vide identitaire.
Je suis ici en tant qu’humaine qui s’interroge : Que peut-être l’humanité après la choa ? Que reste-t-il de nous ? Ce poids du passé nous attire vers la terre, nous attire vers le gouffre. Il continuera à nous attirer jusqu’à ce que nous l’ayons résorbé.
Les événements du monde d’aujourd’hui, les génocides du 20e siècle et ceux qui se déroulent en ce moment même nous le crient en face : le poids de la choa n’est pas résorbé, le trou noir créé par cette arme de destruction massive de l’humanité est encore là et nous attire à lui.
Et pourtant nous sommes là, et nous sommes ensemble, et nous sommes debout, et ceci est un acte d’une très grande puissance, c’est un très grand remède, un puissant signe d’espoir, le début d’une route vers la lumière. Le début.

Le programme du régime nazi était de détruire l’identité juive. Il a réussi à précipiter l’humanité dans le gouffre.
En s’attaquant à des enfants, le nazisme s’est attaqué à l’enfance toute entière.
En s’attaquant à des humains dans leur droit à la différence, le nazisme a détruit l’humanité.

Car le propre de l’humain, c’est la différence.
L’humain n’est pas un robot, son identité n’est pas une égalisation. Quand des humains se réunissent, ils forment un groupe d’individus, pas un corps, pas une totalité dans laquelle l’humain devrait se fondre, se dissoudre, disparaitre en fumée.
En réduisant des êtres humains, des enfants, à une chose qu’on peut brûler, Hitler a nié cette chose en plus qui nous anime et qui fait de nous plus des objets. Il a voulu nous fondre en un seul monstre dont il aurait la tête, unis dans l’adoration et dans la terreur.

Le nazisme ne s’est pas attaqué à n’importe quelle identité.
Il s’est attaqué au judaïsme.
En faisant cela, il touchait le point sensible de toutes les identités « autres ».
Le judaïsme, sagesse minoritaire en occident comme en orient, représente de tout temps l’altérité, l’Autre, Celui qui est solidaire, mais pas identique, celui qui ne se laisse pas convertir. Le judaïsme est l’autre dans l’espace.
Le judaïsme, sagesse antique, est également une tradition mère pour la chrétienté et pour l’Islam. Il représente le temps, l’histoire, la paternité, la filiation. La tentative d’assassinat du peuple juif, c’était un parricide. Le judaïsme est l’autre dans le temps.

Le judaïsme est un fervent défenseur de l’individuation.
Le symbole juif de la filiation, le symbole juif de la liberté et de l’indépendance de nos enfants, c’est la circoncision.
Par la circoncision, nous affirmons que nous sommes plus que nos corps, c’est nous qui façonnons notre être. Notre liberté va jusque-là.
Par la circoncision, nous affirmons que nos bébés ne nous appartiennent pas, ils sont avant tout dans l’alliance avec le créateur, ils ne sont pas nos choses, mais des acteurs libres.
J’ai appris récemment que dans l’enfer même des camps, dans le lieu de l’annulation de l’identité, certains déportés ont effectué des circoncisions. Le bébé allait mourir sous la main d’hitler, mais il était vivant et libre. Ces déportés en sursis devaient affirmer que la dignité humaine passe avant tout aucune vie n’est possible sans le droit pour l’individu de choisir qui il veut être, et de pouvoir ainsi faire le choix de la différence.

Alors je demande ce qu’est la choa. Et je sais que je ne peux pas en parler, car je ne peux pas l’appréhender, je n’arrive pas à me représenter ce qu’a pu être ce gigantesque assassinat programmé, et si j’y arrivais, je sais que je ne pourrais plus me tenir debout.
Et, je me tourne vers la question inverse : Qu’est-ce que l’anti-choa.

La choa, c’est la hiérarchisation des races. L’anti-choa, c’est dire que nous vallons tous autant.
La choa, c’est la volonté d’égaliser l’humain. L’anti-choa, c’est valoriser le génie propre de chacun.
La choa, c’est la terreur. L’anti-choa, c’est la paix et la liberté.
La choa, c’est la théorie du bouc émissaire, c’est dire c’est la faute des autres. L’anti choa, c’est quand j’assume mes responsabilités.
La choa, c’est nous considérer comme les bons et les victimes, l’anti choa, c’est nous considérer comme des acteurs responsables.
Car oui, les nazis ont pu faire croire à de nombreux citoyens qu’ils étaient les victimes, et qu’attaquer des femmes et des enfants, des artisans et des médecins, et les assassiner constituait une légitime défense.
La choa, c’est détourner le regard, l’anti choa, c’est voir en face le risque du mal, même quand il est en nous, et le canaliser.
La choa, c’est dire qu’un être humain ne vaut rien, l’anti-choa, c’est donner à chacun le sens de sa dignité.
La choa, c’est monter les uns contre les autres, les aryens contre les juifs, les collaborateurs contre la population. L’anti-choa, c’est travailler les uns avec les autres, c’est travailler là où notre action est bénéfique pour tout le monde.
La choa, c’est la confusion, l’anti choa, c’est la liberté d’être, la sagesse d’accepter les générations, la distinction.

L’anti choa, c’est t’aimer parce que tu n’es pas moi, c’est faire confiance à ta liberté.
Car, comme le dit ce proverbe qui reprend l’article 4 de la déclaration des droits de l’Hommes de 1798 : la liberté des uns commence là ou s’arrête celle des autres, il faut des limites.
La liberté exige des limites. Mais pas les limites du totalitarisme, pas les limites patriarcales « travail, famille, patrie ». Des limites qui libèrent, celle qui fondent le contrat social, « liberté, égalité, fraternité ».

Ainsi, je veux également dire que la liberté des uns commence là où COMMENCE celle des autres. Si ta liberté ne commence pas, la mienne est en danger, car celui t’oppresse me menace également.

Ce jour est celui de la commémoration.
La Choa a été une perte indicible pour le peuple juif, une atteinte dans nos corps, dans nos familles, dans notre dignité, dans notre identité, dans nos croyances, car comment croire en Dieu et comment croire en l’humanité après un tel chaos ?
Merci d’être là avec nous, votre amitié nous soutient dans notre humanité que nous devons continuer à cultiver en cette époque de violence.

Merci du fond du cœur, a notre maire du 20e, Madame Frédérique Calendra qui a permis à cette commémoration d’avoir lieu ici cette année encore, merci à Florence de Massol qui la représente ici, merci aux représentants des religions bouddhistes catholique musulmanne protestante et adventistes, merci aux communautés juives libérales, massorti et orthodoxes qui sont avec nous et merci aux représentants des associations et en particulier de la LICRA. Merci du fond du coeur à Marc Wluzcka qui a porté cet événement à bout de bras, ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué à l’organisation.

La choa a été un renversement de l’identité humaine, merci à tous, de nourrir cette humanité par le courage face au passé, ici, au square Edouard Vaillant, en l’année du centenaire de sa mort, en ce lieu symbolique, en ce temps symbolique.

Un jour, il le faut, la choa nous semblera lointaine, toutes ses conséquences seront neutralisée, toutes les idées qui l’ont amenée seront réfutées, les sentiments qui l’ont permise n’existeront plus.
La braise des génocides sera éteinte.
Ce jour, nous fêterons ensemble notre libération en tant que juifs, oui, et en tant que Français, oh oui ! et en tant qu’humains.
D’ici-là je formule le vœu que nous soyons toujours plus nombreux, ici, square Edouard Vaillant, en ce jour, le jour de Yom Hashoa, pour prendre la mesure de cette horreur qui a voulu réduire 6 millions de personnes à une condition d’objet, qui a nié la conscience qui fait de chacun de nous un être humain. Cultivons toujours cette conscience.

Houlin – Traduction du texte sur le lait et la viande

Houlin bassar béHalav

Houlin bassar béHalav