Paracha Hayé Sarah: Apaiser les fantômes

Certains actes de notre passé personnel, du passé familial, ou de l’Histoire nationale, continuent de nous hanter. L’antisémitisme, dans sa perpétuelle réminiscence, n’est-il pas l’un des cimetières indiens sur lesquels notre « maison », notre culture, est construite, et qui continue de nous hanter? Combien de crimes seront-ils donc encore commis avant que nous prenions la peine de nommer les fantômes du passé pour leur permettre d’enfin reposer en paix, et pour nous permettre de faire face aux défis du présent avec dignité?

Abraham revient de l’épreuve d’Isaac pour pleurer Sarah, il tourne une page importante de l’histoire des patriarches, et nous donne l’exemple.

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

Sur un pied 2015: Combien de temps allons-nous sacrifier nos enfants ?ois forts et vulnérables, La liberté au niveau de l’humanité par le renouvellement des générations.)

Sur un pied 2016: Rivka est-elle la fille de Sarah? « qui m’a fait à ton image ».

Esperante : Kelkaj agoj de nia persona pasinteco, de nia familia pasinteco, aŭ de nia nacia Historio, daŭre ĝenadas nin. Ĉu kontrauxsemidismo, en gia eterna relevigxo, ne estas indiana tombejo, sur kiu konstruigxis nia « hejmo », nia kulturo ? Kiom da novaj krimoj okazigxos, antaŭ ol nomi la fantomojn de la pasinteco por permesi al ili ripozi pace, kaj permesi al ni alfronti la defiojn de la estonteco kun digneco?

Voir également:

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-25-octobre-2018

Paracha Vayéra – Les fanatiques sont des sodomites

Quelle est la cause de la destruction de Sodome et Gomorrhe? Le détail des pratiques sexuelles des habitants est-il en cause? Le texte de la Torah ainsi que le midrach nous parlent de violence, de négation de l’autre, comme étant la perversité ultime de ces villes. A nous de nous opposer à cette violence, d’où qu’elle vienne. Bonan vidadon et chabbat chalom!

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

Sur un pied 2015: Es-tu le gardien de ta femme ( Relation patriarcale dans le couple, interventions divines en faveur de la liberté de Sarah, « dis que tu es ma soeur », Sarah allaite des enfants, soutien émotionnel des envoyés, le changement de nom de Sarah. )

Sur un pied 2016: Qui rira la dernière? ( L’importance du rire; la stigmatisation du rire féminin, ou son partage; le rire de dieu dans tanour aHnaï, « lénatséaH »)

Voir également (attention contenu sensible)

Ce que pense le judaïsme de l’homosexualité (Pshattt, Rabbin Delphine Horvilleur)

https://www.franceinter.fr/embed/player/aod/4e362a19-27c8-4f10-ace7-a9bc606034cb

https://www.franceinter.fr/embed/player/aod/0ed125d4-17d7-4c25-9169-50de0b024ca8

Paracha LeH LeHa: Abraham le migrant

Dans quel monde voulons-nous vivre? Abraham doit quitter Our Kasdim, Sarah doit fuir l’Egpyte, Loth échappe à Sodome et Gomorrhe. Notre paracha affirme que nous devons vivre dans un monde qui respecte notre liberté de pensée, que nous soyons femme ou homme, que nous soyons natifs du lieu ou migrants.

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

En kiel mondo ni volas vivi? Abraham devas forlasu Our Kasdim, Sarah devas forkuri de Egpyte, Loth eskapas Sodomon kaj Gomoron. Nia Paraŝo diras ke ni devas vivi en mondo kie nia libereco pensi estas respektita ĉu ni estas virinoj aŭ viroj, ĉu ni estas naskitaj ĉi tie aŭ aliloke.

Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen

2015: Les voyages forment la Genèse ( Le « pour toi », la bénédiction d’Abram, le « juif-Caïn errant » des chrétiens, les voyages des hébreux et des juifs dans l’histoire, la bénédiction universelle)

2016: Sarah, voir ou être vue ( écoute sa voix, iska la visionnaire, la soeur en danger, cachée dans les bagages, « al devar sarah »)

 

talmud yérouchalmi kidouchin 48b chap 4 halaha 12

 ר’ חזקיה רבי כהן בשם רב אסור לדור בעיר שאין בה לא רופא ולא מרחץ ולא ב »ד מכין וחובשין.  אמר ר’ יוסי בי ר’ בון אף אסור לדור בעיר שאין בה גינוניתא של ירק.  רבי חזקיה ר’ כהן בשם רב עתיד אדם ליתן דין וחשבון על כל שראת עינו ולא אכל

Paracha NoaH : Cessons d’être des voleurs!

Sommes-nous honnêtes? Nous profitons du monde, mais est-ce toujours dans la responsabilité?

Alors que Noé protège la biodiversité animale, que Rabbi Léazar s’intéresse à la multiplicité des espèces végétales, le Talmud de Jérusalem nous incite à profiter des plaisir de la vie et le Talmud Babylonien à répercuter les bénédictions dont nous bénéficions sur l’ensemble du monde. Devrons-nous essayer que quelques rescapés protègent les espèces en danger, comme dans l’histoire de Noé, ou  saurons-nous prendre les devants pour éviter la catastrophe, comme les habitants de Ninive reprenant leurs vies en main après l’alerte lancée par le prophète Jonas?

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

A propos de la préservation de la diversité des océans : bloomassociation est ici.

Sur un pied 2015: faut-il détruire l’humanité pour sauver le monde ? ( Hillel, Chamaï, et l’opportunité de créer l’humanité; Rabbi Yochouah ben KorHa et l’erreur de « dieu »; Seth comme deuxième fondement de l’humanité; l’alliance universelle de l’arc-en-ciel)

Sur un pied 2016: De qui Dieu est-il l’allié? ( Collaboration et non concurrence; l’alliance juive, l’obligation et de désir; les sept commandements universels de Noé; nos alliances particulières avec nos proches)

Résumé en espéranto: ĉu ni estas honestaj? Ni utiligas la mondon, kaj ĉu ni estas respektemaj de la mondo? En nian paraŝon, Noaĥ protektas la bestojn kiel Rabeno Leazar protektas la plantojn en la Talmudo. Ili ambaŭ protektas diversecon. Kio pri ni? Kion ni faros por la planedo?

Sources:

Babli BraHot 35b

א »ר חנינא בר פפא כל הנהנה מן העוה »ז בלא ברכה כאילו גוזל להקב »ה וכנסת ישראל שנא’ (משלי כח, כד) גוזל אביו ואמו ואומר אין פשע חבר הוא לאיש משחית ואין אביו אלא הקב »ה שנא’ (דברים לב, ו) הלא הוא אביך קנך ואין אמו אלא כנסת ישראל שנא'(משלי א, ח) שמע בני מוסר אביך ואל תטוש תורת אמך מאי חבר הוא לאיש

משחית א »ר חנינא בר פפא חבר הוא לירבעם בן נבט שהשחית את ישראל לאביהם שבשמים:

yérouchalmi kidouchin 48b chap 4 halaha 12

רבי חזקיה ר’ כהן בשם רב עתיד אדם ליתן דין וחשבון על כל שראת עינו ולא אכל. ר’ לעזר חשש להדא שמועתא ומצמיח ליה פריטין ואכיל בהון מכל מילה חדא בשתא.

Talmud, Lévinas et nous – A-t-on besoin de Dieu ?

Nos prochaines rencontres « talmudez-moi » seront consacrées aux passages du Talmud utilisés par Emmanuel Lévinas dans ses « Quatre lectures talmudiques ». Ce premier rendez-vous nous permettra d’évoquer la michna Yoma, le « retour- téchouva », les conditions nécessaires au fait de modifier notre comportement. Nos sources seront donc la michna Yoma ainsi que les pages 29 à 40 des Lectures Talmudiques.

cours-talmud-5779-1 à télécharger

RV le 17 octobre à 12h20 au café des Psaumes, http://cafedespsaumes.org/informations-pratiques.

Michna Yoma 8 :9

Celui qui dit je fauterai et je reviendrai je fauterai et je reviendrai on ne donne pas dans sa main de revenir je fauterai et le jour de Kipour recouvrira le jour de kipour ne recouvre pas les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre et entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain c’est ce qu’a demandé Rabbi Eléazar fils d’Azaria de toutes vos fautes devant dieu vous serez purifiés les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre les fautes qui sont entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain Rabbi Akiva a dit tu es heureux Israël devant qui vous vous purifiez et qui vous purifie votre père qui est dans les cieux comme il est dit je jetterai sur vous des eaux pures et il est dit l’Eternel est le mikvé d’Israël quoi le mikvé purifie les fautes aussi le saint béni soit-il purifie Israël

משנה ט הָאוֹמֵר: « אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב, אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב », אֵין מַסְפִּיקִים בְּיָדוֹ לַעֲשׁוֹת תְּשׁוּבָה. « אֶחֱטֵא, וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר », אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, וְשֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אֶת זוֹ דָרַשׁ רְבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: « מִכּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי יי תִּטְהָרוּ », (וַיִּקְרָא טז,ל) עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר; עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אָמַר רְבִּי עֲקִיבָא: אַשְׁרֵיכֶם יִשְׂרָאֵל! לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין, וּמִי מְטַהֵר אֶתְכֶם? אֲבִיכֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: (יחזקאל לו,כה) « וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים וּטְהַרְתֶּם »; וְאוֹמֵר: (ירמיה יז,יג) « מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל יי », מָה מִקְוֶה מְטַהֵר אֶת הַטְּמֵאִים, אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְטַהֵר אֶת יִשְׂרָאֵל.

Paracha Béréchit: Qui détruit le monde?

Mais que s’est-il passé? A peine créé, le merveilleux monde tant apprécié par « dieu » (et « dieu » vit que c’était bien…) lui devient insupportable (il s’attriste dans son coeur). A peine le monde est-il construit que « dieu » veut le détruire, il a échoué. Comment DIEU peut-il échouer? Cet échec est-il l’échec du Créateur ou une parabole des risques que prend l’humanité aujourd’hui par manque de réactivité au changement climatique? En quoi cette histoire est-elle une histoire de fraternité et de respect des femmes (et de chacun)? Vous en saurez plus en regardant la nouvelle vidéo « sur un pied ». Bonan vidadon et chabbat chalom!

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

Sur un pied 2015: Avons-nous le libre arbitre? (La conscience est-elle indépendante de la causalité de notre cerveau?, Les différentes récits de la création: l’interdiction de la consommation de l’arbre de la connaissance est-elle réelle?, Le libre choix d’Eve, La liberté du choix nous rend à la fois forts et vulnérables, La liberté au niveau de l’humanité par le renouvellement des générations.)

Sur un pied 2016: Adam, Eve, qui est arrivé la première? (La difficulté de fonctionner ensemble, le rapport à l’autre et la hiérarchie, les différents récits de la création: les deux créations des humains, « une aide face à lui », talmud sanhédrin et michna: l’être humain créé unique et égalité entre les êtres humains, bénédiction « qui m’a fait à ton image ».

Résumé en esperanto: La paraŝo Bereŝito komenciĝas kun la kreo de la mondo kaj malkomenciĝas kun la ideo de la fino de la mondo. Ĉu Dio malsukcesis? Aŭ ĉu estas la homaro, kiu malsukcesis? Kajno mortigas Abelon, kiam Lameĥo edziĝas al du virin-objektoj.
Per la rilata nekompetento de la homaro, la estonto de la mondo estas en danĝero.

Danke al André kiu helpis min por la tradukado

Nous ne sommes rien! Dracha de Yom Kipour

Qui êtes-vous ? Qui voulez-vous devenir ?
En ce rendez-vous solennel de Yom Kipour, il est temps de nous reposer cette question traditionnelle.
En vous la posant, je me la pose également à moi-même.
Qui suis-je ? Vers quelle version de moi-même suis-je en chemin ?

Le temple de Delphes portait l’inscription « connais-toi, toi-même ».
La difficulté de cette formulation, c’est qu’elle prétend que nous « sommes » quelque chose, que nous aurions une « essence », une « nature ».

Or, nous ne sommes rien. Nous ne sommes rien de figé.
Nous voudrions savoir, et parfois nous le demandons aux autres, à nos amis, à nos psy, à nos rabbins, à nos gourous, à notre horoscope, nous voulons entendre : « tu es gentil », « tu es forte », « tu es beau » « tu es intelligente ». Nous voudrions « être ».

Dans cette recherche de réponse, nous nous tournons vers des dieux de toute sorte, vers le religieux, l’économie ou la biologie, comme s’ils avaient des réponses.  Les hommes de pouvoir et les industries technologiques l’ont compris. Les publicités fleurissent pour des tests ADN qui nous permettraient de savoir « qui nous sommes ». Nous aimons les films dans lesquels le héros change d’identité par magie, comme superman, Gigi ou les Winx. Nous passons parfois par les produits miracles ou la chirurgie esthétique.

Et nous démasquons cette tendance par l’humour. J’avais acheté il y a quelques années, un « spray » de conversion, il suffisait de l’aspirer pour devenir juif.
Nous savons que ce n’est pas aussi simple, alors nous luttons pour ne pas nous laisser tenter.

Comment définir l’identité alors qu’elle est sans cesse en mouvement ?
Sommes-nous juifs parce que nos parents étaient juifs ? Ou parce que nos enfants reçoivent un enseignement juif ? Ou parce que nous en renouvelons ce choix aujourd’hui ?

Héraclite disait que nous ne pouvons pas nous baigner deux fois dans le même fleuve. Lorsque nous nous baignons dans l’eau, elle ne doit justement pas être statique, pour que cette eau soit un mikvé, מקווה et nous aide à évoluer, elle doit être en mouvement.

Comme le disait Hillel : « N’aie pas confiance en toi jusqu’au jour de ta mort » ( ואל תאמן בעצמך עד יום מותך )ou plutôt : « ne crois pas que tu es ce que tu es, jusqu’au jour de ta mort, car tu ne sais pas ce que tu peux devenir ». (avot 2 :4)

En ce jour de Kipour, comme Hillel, nous sommes ouverts aux possibles qui s’offrent à nous pour l’année à venir.

La rencontre de Rabbi Yohanan et Rech lakich évoque l’infini des possibles.
Ils se sont justement rencontrés au bord d’un fleuve, en ce lieu de traversée, de passage et d’ouverture.

Rabbi YoHanan, le grand sage de notre tradition, s’y baignait. Rabbi YoHanan était d’une grande beauté, qui émut Rech lakich, ce terrible bandit. Rech lakich se mit alors à sauter d’une rive à l’autre, pour l’impressionner. Il lui dit « ta beauté conviendrait mieux à une femme » et rabbi YoHanan lui répondit « ta force conviendrait mieux à… l’étude de la torah ».

Rech Lakich décida de suivre la recommandation de rabbi YoHanan, il devint un grand sage, tous deux devinrent des amis « à la vie, à la mort », des compagnons d’étude indispensables l’un à l’autre. Des années plus tard, un jour de colère, Rabbi YoHanan dira à Rech laKich avec cynisme : bien sûr que tu as raison, tu t’y connais en banditisme, toi qui était brigand. Blessés, les deux amis se séparèrent et moururent de chagrin. (baba metsia 84a)

Cette histoire est peut-être encore plus importante qu’il n’y parait.
Elle parle d’amitié, d’amour, et de leur caractère vital, sans eux, nous mourons.

Comment naît l’amour ?
L’amour, nait dans une recherche de soi-même, dans un projet de transformation.

Rech Lakich saute d’une rive à l’autre, il hésite, quel chemin prendra-t-il ?
Rabbi YoHanan se baigne dans le fleuve, il se ressource, il fait un mikvé, il « se baigne dans l’espoir », il prépare une renaissance.
Tous les deux sont dans un processus de transformation qui changera leur vie. Jamais plus Rabbi YoHanan ne se baignera à nouveau dans ce même fleuve, car tout aura changé, pour lui, pour son ami, et pour les juifs de tsipori du IIIe s, et le monde juif jusqu’à aujourd’hui.

L’amour naît dans le projet de transformation, et meurt dans le retour vers le passé.
Dans un moment de colère Rabbi YoHanan a transgressé un interdit fondamental : on ne doit pas rappeler à quelqu’un ses transgressions ou ses erreurs passées ; on ne peut pas le forcer à regarder en arrière. Sinon, comme la femme de Loth, on se change en statue de sel, éternelle, mais morte.

En ce jour de kipour, comme Rech Lakich et Rabbi YoHanan, nous prenons conscience des chemins qui s’offrent à nous, des rives du fleuve que nous devons choisir, des eaux dans lesquels nous pourrions nous immerger.

Apollinaire dit cela merveilleusement avec beaucoup de nostalgie : « Passent les jours et passent les semaines, Ni temps passé, Ni les amours reviennent, Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Vienne la nuit sonne l’heure, Les jours s’en vont je demeure »

Ce qui est écoulé, ne reviendra plus, il faut le laisser partir, il faut faire le « tachliH », תשליך le « renvoi », la cérémonie au cours de laquelle on laisse les erreurs et les regrets du passé s’écouler dans l’eau des fleuves.

En ce jour de Kipour nous prenons le temps de faire le deuil de ce qui ne reviendra pas, dans nos vies, dans le judaïsme, et dans le monde pour renoncer à attendre vainement le retour du passé.

Mais Yom Kipour ne s’arrête pas là. Il nous incite à la mobilisation : la téchouva תשובה, la téfila תפילה, la tsédaka צדקה lèvent la malédiction du passé, et nous ouvrent les portes de l’avenir.
Apollinaire continuait « l’espérance est violente » !  Et Ernst Bloch nous guide : Il faut faire un pas vers l’espoir, transformer l’espoir passif en espérance active. « L’affect de l’espoir sort de lui-même, agrandit les hommes au lieu de les diminuer. »

Comme le disent Francis Blanche et Pierre Dac, nous avons l’avenir devant nous, et il sera derrière nous chaque fois que nous ferons demi-tour. A nous de choisir dans quelle direction regarder.

Si « je demeure », je meurs. Mais si je dévie, je vis.
C’est paradoxal, mais cela fonctionne. L’intelligence, c’est la souplesse de savoir s’adapter de façon créative.

En ce jour de Kipour, nous envisageons ce qui nous aide à nous tourner vers l’avenir, à changer de chemin, à exercer notre intelligence, à « choisir la vie ».

Ainsi le hasard perd son pouvoir. Nous pouvons cesser de souhaiter une année pleine de bonheur et commencer à souhaiter une année pleine de force et de détermination.

Edgar Morin, avec d’autres, est un penseur du « réechantement du monde », son nom de naissance n’est pas Morin mais NaHoum, qui signifie consolation. Pour lui, la pensée doit quitter l’espoir d’obtenir des réponses définitives et s’ouvrir à la complexité du monde.

En ce jour de Kipour, comme Edgar Morin, nous pensons aux changements de pensée qui sont nécessaires pour que notre monde se réenchante pour nous-mêmes, pour la sagesse juive, pour le monde dans lequel nous vivons.

La philosophe féministe et anarchiste Emma Goldman avait rencontré Durruti au moment de la guerre d’Espagne. Il disait de ses soldats qu’il ne leur donnait pas d’ordres : « Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. »

Le chef militaire lui-même ne considère pas qu’il a les réponses pour les autres, mais que chacun doit faire son chemin et chercher.

Publié après la mort de Durruti, L’article d’Emma Goldman, s’appelle : « Durruti n’est pas mort ». De la même façon, des siècles après la mort de Jacob, rabbi YoHanan disait « le patriarche Jacob n’est pas mort ». (taanit 5a) Car les idées que nous continuons à porter restent en vie, en changement, et en devenir.

En ce jour de Kipour, comme Emma Goldman et rabbi YoHanan, nous pensons à tous ceux « qui ne sont pas mort » et dont la pensée continue à nous mettre en mouvement.

Nous pouvons renoncer à chercher « qui nous sommes » et nous engager à décider « de quoi nous sommes capables ».
Nous pouvons renoncer à nous appuyer sur « la réponse scientifique » et rechercher « ce que disent les sciences de la complexité du monde ».

La réalité n’est pas une terre solide sur lequel nous pouvons marcher. Elle est une eau fluide dans laquelle nous pouvons nager. Elle s’écoule, tout en nous maintenant hors de l’eau.

Le travail de téchouva et de aHrayout de notre tradition, le réexamen et la responsabilité, correspondent au travail d’espérance d’Ernst Bloch, au travail de réechantement d’Edgar Morin, au travail d’action directe d’Emma Goldman.

Marc Twain disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait »

Au cours de nos vies, nous avons appris que certaines choses étaient impossibles. Il est temps de l’oublier.

Kipour est ce moment où on oublie ce qu’on croit impossible, de façon à pouvoir le réaliser.
Ce moment où l’on cesse de se connaitre, pour commencer à se découvrir,
ce moment où l’on quitte l’illusion des réponses pour le développement des questions.

Nous sommes plus que ce que nous sommes, nous sommes ce que nous pouvons devenir.

Gmar Hatima tova.

Profitez des vacances pour lire dans la Torah!

Le prochain chabbat kéhilati aura lieu le 24 et 25 août. La paracha Ki tétsé nous prépare aux fêtes de tichri à travers le rappel du respect de la justice et de la bienveillance. Profitez des vacances pour préparer une petite lecture de trois versets et commencer la rentrée en beauté!

Pour la lecture de la Torah du chabbat de rentrée, retrouvez:

Vous trouverez également les vidéos des chabbatot kéhilatiim suivants sur ma chaine youtube, ainsi que le texte des montées ici: vayera 1 Hayé Sarah 1

Enfin, le lien avec TOUTES LES REFERENCES des Kéhilatiim et les explications, se trouve ici.

D’ici-là, excellentes vacances à toutes et à tous!

 

Kadich et transmission

La synagogue nous accueille dans les moments de joie comme dans les moments difficiles. Le Rabbin est présent pour accompagner la famille pendant le temps du deuil, à l’enterrement, pendant la Chiva (les sept jours du deuil), et à la synagogue. Là, les endeuillés peuvent prononcer le Kadich, et la communauté leur répondre. Pour en savoir plus, vous pouvez suivre ce lien.

Au cours de la Chiva à la synagogue, nous étudions également des textes. L’un d’entre eux est le texte suivant, qui raconte la légende de Rabbi Akiva et du Kadich.

Le Kadich est souvent considérée aujourd’hui comme la prière des endeuillés. Il ne figure pourtant pas tant que tel dans les deux Talmud ni dans le Michné Torah de Maïmonide, il apparait d’abord comme une pratique réservée au cimetière avant d’investir également la synagogue. En Yiddish, on pourrait résumer le sens de la récitation du Kadish par les mots « mir zaynen do ». Voici l’histoire qui a inspiré la récitation du Kadich par les endeuillés, qui se trouve dans différentes traditions dans la littérature rabbinique depuis le VIIIe siècle.  Elle nous parle de l’espoir jamais caduc de donner un sens à nos vies, à travers ce que nous avons pu transmettre à nos enfants.

Sidour tefila larokéaH, Rabbi Elazar de Worms, 12e et 13e siècles ([קז] ויתן לך עמ’ תרב  (ou midrach TanHouma 9es)

 

« Et l’orphelin dit le Kadich, Ytgadal, Yéhé chémé, YtbaraH, Yéhé chélama rabba, et Ossé chalom bimromav jusqu’à Véimérou amen. Pourquoi l’orphelin dit le Kadich ? à cause d’une histoire qui s’est passée. C’est l’histoire de Rabbi Akiva ( erets israel 1-2e s) qui se promenait dans un cimetière et a heurté un homme qui était nu et noir comme du charbon et portait sur sa tête l’équivalent de dix charges et il courait comme un cheval. Rabbi Akiva   le força à s’arrêter et lui dit : Pourquoi fais-tu un travail aussi difficile, si tu es un esclave et que ton maître te fait cela je vais te racheter de sa main et si tu es pauvres je vais t’enrichir. Il lui dit « S’il te plait, ne me retarde pas de peur que ceux qui sont mes référents ne se mettent en colère contre moi ». Il lui dit : « De quoi s’agit-il et qu’as-tu fait ? » Il lui dit : « L’homme que tu vois est mort et chaque jour on m’envoie couper du bois et on me brûle avec. » Il lui dit : « Mon fils, quel était ton métier dans le monde dont tu viens ? » Il lui dit : « J’étais collecteur des impôts et je faisais partie des chefs du peuple et je faisais des sourires aux riches et je tuais les pauvres. » Il lui dit : « Tu n’as rien entendu de tes supérieurs concernant un remède ? » Il lui dit : « S’il te plait, ne me retarde pas de peur que les responsables du malheur ne se mettent en colère contre moi, car ce pauvre homme ne peut-être corrigé, mais j’ai entendu de leur part une chose qui ne saurait pas être, que si ce pauvre avait un fils qui se tenait devant une assemblée et disait « baréHou et adonaï hamévoraH » et qu’on répondait après lui « barouH adonaï hamévoraH » ou qu’il diste « Ytgadal » et qu’on réponde après lui « yéhé chémé rabba mévaraH », immédiatement on délivrerai ce pauvre homme de son malheur et cet homme n’a pas eu de fils dans ce monde il a quitté sa femme enceinte et ne sait pas si elle a donné naissance à un garçon, qui lui a enseigné la torah car ce pauvre homme n’a pas une personne qui l’aime dans le monde. » A ce moment, Rabbi Akiva a pris l’engagement d’aller chercher si il avait eu un fils pour lui enseigner la Torah et le placer devant le public. Il lui dit « quel est ton nom », il lui dit « Akiva », et le nom de ta femme ? Il lui dit « Chochneva », et le nom de ta ville ? Il lui dit « Davké » immédiatement Rabbi Akiva s’est donne une grande peine et est allé demandre à son sujet et quand il arriva à ce même endroit il a demandé à son sujet et ils lui ont dit « que soient effacés les os de ce méchant », il a demandé à propos de sa femme, ils lui ont dit « que son nom et son souvenir soient effacés du monde », il a demandé à propos d’un fils, ils lui ont dit « et fait il n’est même pas circoncis, même le commandement de la Brit Mila ils ne s’en sont pas occupés pour lui », immédiatement Rabbi Akiba l’a pris et l’a circoncis et l’a installé face à lui et il n’a pas voulu accepter la Torah jusqu’à ce qu’il fasse pour lui quarante jours de jeûne, alors est sortie une voix et elle a dit à Rabbin Akiva : « Va et enseigne lui », il est allé et lui a enseigné la Torah et la lecture du Chéma et les 18 bénédictions et le birkat hamazon et il l’a installé devant le public et il a dit « baréHou et adonaï hamévoraH » et le public a répondu « barouH adonaï hamévoraH », Ytgadal, Yéhé chémé rabba, à cet instant ils ont délivré le mort de son malheur, immédiatement Rabbi Akiva a fait un rêve et a dit «  Que ce soit une volonté pour le Saint, béni soit-il, que ta conscience repose au jardin d’Eden car tu m’as sauvé de la justice de la guéhène » immédiatement Rabbi Akiva a dit «  Que ton nom Eternel soit éternellement, ton souvenir de génération en génération. Et c’est également ce que j’ai trouvé dans le tana de Eliahou rabba : «  le mineur qui dit Ytgadal sauve son père de la misère »

והיתום אומר קדיש, יתגדל, יהא שמיה, יתברך, יהא שלמא רבא, ועושה שלום במרומיו עד ואמרו אמן. למה היתום אומר קדיש משום מעשה שהיה: מעשה בר’ עקיבא שהיה מהלך בבית הקברות ופגע באדם אחד שהיה ערום ושחור כפיחם והיה טוען על ראשו כסבור עשרה טעונין, והיה רץ בהם כסוס שהוא רץ, גזר עליו ר »ע והעמידו, ואמר לאותו האיש למה אתה עושה עבודה קשה כזאת, אם עבד אתה ואדוניך עושה לך כך אני אפדה אותך מידו, ואם עני אתה אני מעשיר אותך, אמר לו בבקשה ממך אל תעכבני שמא ירגזו עלי אותם הממונים עלי, אמר לו מה זו ומה מעשיך, אמר לו אותו האיש מת הוא ובכל (עמ’ תרג) יום ויום שולחים אותי לחטוב בעצים ושורפין אותי בהם, אמר לו בני מה היה מלאכתך בעולם שבאת הימנו, אמר לו גבאי המס הייתי והייתי מראשי העם ונושא פנים לעשירים והורג עניים, אמר’ לו כלום שמעת מן הממונים עליך אם יש לך תקנה, אמר לו בבקשה ממך אל תעכבני שמא ירגזו עלי בעלי פורענות שאותו האיש אין לו תקנה, אלא שמעתי מהם דבר שאינו יכול להיות, שאילמלא היה לעני זה בן שהוא עומד בקהל ואומר ברכו את ה’ המבורך ועונין אחריו ברוך ה’ המבורך, או יאמר יתגדל ועונין אחריו יהא שמיה מברך, מיד מתירין אותו האיש מן הפורענות, ואותו האיש לא הניח בן בעולם, ועזב אשתו מעוברת ואינו יודע אם תלד זכר מי מלמדו תורה שאין לאותו האיש אהוב בעולם. באותו שעה קבל עליו ר’ עקיבא לילך ולחפש אם הוליד בן כדי שילמדנו תורה ויעמידו לפני הצבור, אמר לו מה שמך אמר לו עקיבא, ושום אינתתך אמר לו שושניבא, ושום קרתך אמר לו דוקיא, מיד נצטער ר’ עקיבא צער גדול והלך ושאל עליו, כיון שבא לאותו מקום שאל עליו, אמרו לו ישתחקו עצמותיו של אותו רשע, שאל על אשתו אמרו לו ימחה שמה וזכרה מן העולם, שאל על בן, אמרו לו הרי הוא ערל אפי’ מצות מילה לא עסקו בו, מיד נטלו ר’ עקיבא ומלו והושיבו לפניו, ולא היה מקבל תורה עד שישב עליו מ’ יום בתענית, ויצאה בת קול ואמרה לו ר’ עקיבא לך ולמד לו, הלך ולמדו תורה וקרית שמע וי »ח ברכות וברכת המזון, והעמידו לפני הקהל ואמר ברכו את ה’ המבורך וענו הקהל ברוך ה’ המבורך, יתגדל, יהא שמיה רבא, באותה שעה מיד התירו המת מן הפורענות, מיד בא לר’ עקיבא בחלום ואמר יהי רצון מלפני הקדוש ברוך הוא שתנוח דעתך בגן עדן שהצלת אותי מדינה של גיהנם, מיד פתח ר’ עקיבא ואמר יהי שמך ה’ לעולם ה’ זכרך לדור ודור. וכן מצאתי בתנא דבי אליהו רבא קטן האומר יתגדל מציל אביו מן הפורענות ».

Chavouot, J-5!

Depuis 44 jours, nous comptons le temps en nous préparant à ce grand événement: la célébration du don de la Torah.  Dans 5 jours, nous arriverons à destination. Il ne s’agit pas seulement de la commémoration d’un acte passé. Il s’agit de la réactualisation de cet acte, à travers un office du soir, une veillée d’étude, et un office du matin. Pour tester vos connaissances sur Chavouot, suivez ce lien.

Samedi 19 mai, nous aurons donc un court office du soir à 18h45 (c’est l’occasion d’amener les enfants), une étude sur le thème « Torah et vérité » (voir la fin de cet article), un repas lacté de Shavouot à partir de 20h30 (inscriptions auprès de Catherine). D’autres études suivront.

Le dimanche 20 mai, notre office du matin commencera à 10h nous permettra de chanter le hallel (écouter ici le chant « bétset israël« ), de lire les dix paroles ainsi qu’une très belle haftara tirée du prophète Ézéchiel, suivis du livre de Ruth.

Torah et vérité, samedi 19 mai de 19h30 à 20h30:

La quête de La Vérité est un pansement empoisonné sur la plaie de l’insécurité qui nous envahit parfois. D’un autre côté, le relativisme est une invitation à s’investir dans des fantasmes qui nous éloignent des faits. Or, si nous renonçons à notre rapport à la réalité, nous perdons de toute chance de trouver le référentiel commun nécessaire à la communication.

Comment rester sur le sentier étroit qui chemine entre ces deux dangers ?
Nous étudierons des sources dans l’un et l’autre sens de façon à pouvoir cultiver les outils de la modération. Ainsi, nous pourrons continuer ensemble sur le chemin que constitue notre commune torah écrite, dans le respect de son potentiel interprétation.