4 façons juives de favoriser l’attachement secure

Comme promis dimanche matin, voici un premier article développant les grandes lignes exposées alors. Ce sont des pistes de discussion, à toujours faire passer par le prisme de VOTRE sensibilité… Parlons-en…

Il n’y a certainement pas de recettes pour éviter les traumatismes à nos enfants. Et prendre le temps de réfléchir devient ainsi nécessaire. Et les réflexions qui suivent sont tout aussi valables pour les adultes sensibles que nous sommes.

Accepter nos limites et notre pouvoir relatif

C’est également une façon de nous rassurer. Nous saurons que nous aurons fait au mieux. Winnicott avec son concept de « good enough mother » (ou mieux encore: parent suffisamment bon) se joint aux pirké avot qui affirment « Ce n’est pas ta responsabilité de terminer de façon parfaite, et tu ne dois pas renoncer au devoir de faire au mieux » (לא עליך המלאכה לגמור). Ensemble ils nous donnent des appuis pour échapper à l’illusion de la toute puissance et à la culpabilité, qui parfois obscurcissent notre jugement et pèsent sur notre force d’action et sur notre force de vie.

Nous appuyer sur l’alliance

La prière du matin reprenant un thème de l’Ecclésiaste exprime: Que sommes-nous, qu’est-ce que notre vie, notre sagesse? Face à ce que nous souhaiterions pouvoir réaliser, nous sommes très peu de chose. Mais elle se poursuit en rappelant notre inscription dans l’alliance, « nous sommes les enfants de ton alliance ». La collaboration est une valeur centrale. Les parents ont des devoirs, les enfants aussi, et ces devoirs nous unissent. C’est le contraire d’une relation de consommation où « le parent nourrit, l’enfant mange ». Dans cette perspective, admettre nos besoins et nos limites et chercher ensemble ce qui est bon pour chacun n’est évidemment pas un échec, mais une activité pédagogique.

Favoriser les attachements « secure »

La résilience est la capacité à se soigner des blessures émotionnelles. L’ « attachement secure » est pour Boris Cyrulnik l’une des deux composantes favorisant cette résilience. Il consiste dans des liens dont la puissance et la stabilité renforcent le sentiment de sécurité. Il est nécessaire aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Plus nous sommes nous-même rassurés, plus nous sommes rassurants pour nos enfants. Les adultes responsables des enfants, traditionnellement les parents, mais plus généralement tous ceux qui exercent la responsabilité de pourvoir à leurs besoins vitaux, sont des points d’attachement secure fondamentaux. Une bonne façon de soutenir nos proches est de leur permettre de diversifier les sources de rattachements rassurants.

Un exemple: le chabbat

Le chabbat, qui revient toutes les semaines, est une occasion merveilleuse de cultiver notre sentiment de sécurité. La bénédiction que nous faisons à nos enfants chaque vendredi soir finit par leur appartenir et exister indépendamment de notre présence physique. Les bougies, les discussions à table, les mets traditionnels, la chaleur familiale structurent notre vie et celle de nos enfants. Cette structuration qui résiste aux épreuves nous convainc que certaines choses sont stables, au delà des événements de l’histoire. Aussi tragiques soient-ils, leur impact en est relativisé.

Nous sommes pour nos enfants (ou ceux dont nous sommes les éducateurs) le lien qui les rattache à la vie. Depuis qu’ils sont nés, nous assurons leurs besoins primaires. Sans nous, ils mouraient. En conséquence, ils nous regardent, ils nous comprennent, ils lisent en nous, nous sommes leur référence, ils suivent notre exemple. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il est quasiment impossible de leur dissimuler notre état émotionnel. La bonne nouvelle, c’est qu’ils sentent aussi que ça va mieux. Notre sentiment de sécurité nourrit le leur. Travailler notre capacité à aimer la vie, c’est leur faire un merveilleux cadeau. Leur montrer que parfois nous allons mal, c’est légitimer leur droit de sentir leur propre mal-être. Leur montrer que nous prenons soin de nous, c’est les inciter a prendre soin d’eux-mêmes, partager le bonheur retrouvé, c’est les rassurer sur notre capacité à retrouver le chemin de la vie.

J’espère pouvoir bientôt partager avec vous un article sur les façons dont notre tradition encourage la verbalisation, qui est également un élément fondamental de la résilience.

Pour lire le premier article, voyez ici.

 

Humblement, je partage avec tous un petit croquis-hommage en cette veille de paracha vayetse…

L'échelle de Jacob est une échelle citoyenne
L’échelle de Jacob est une échelle citoyenne

Et nos enfants? Comment les aider?

Nous ne maîtrisons pas tout de l’environnement de nos enfants. Nous aimerions leur offrir le meilleur de ce que le monde propose, et pourtant, souvent, ils doivent souvent faire face à des réalités très dures que nous aurions aimé leur épargner.

Au lendemain des fusillades de Paris, nous sommes perplexes.

Que dire? Que taire? Que faire?

Boris Cyrulnik nous dit que la résilience vient de deux facteurs: le lien « secure » et la possibilité de verbaliser. Il alerte également dans son dernier livre sur le risque du positionnement en tant que victime.

Ses enseignements sont à mon sens cohérents avec l’enseignement de Hillel l’ancien: « si je ne suis pas pour moi, qui le sera, si je ne suis que pour moi, que suis-je, si je n’agis pas maintenant, quand?  »

Je vais donc essayer de partager quelques réflexions sur ce que nous pouvons faire pour nos enfants lorsque les événements extérieurs tendent à destructurer la société, et à destructurer leurs parents, nous!

Ce serait sûrement bien de partager nos réflexions à ce sujet.

1 – Prendre soin de soi-même. « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera? »

2 – Nous tourner vers l’extérieur. « Si je ne suis que pour moi, que suis-je?  »

3 – Protéger notre propre structuration interne et familiale. « Si ce n’est pas maintenant, quand?  »

Je vais faire de mon mieux pour développer ces différents points dans les jours qui viennent.

Je suis en route vers la réunion du judaïsme francophone à Bruxelles, j’écris de mon smartphone, excusez svp les éventuelles fautes de frappe.

Partageons également nos remarques et commentaires. La sagesse collective, ça compte!

Courage et chalom à chacun et à chacune.

Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des militants !

Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des militants…. A court terme, la destruction est toujours vainqueur. Il est facile d’attaquer lâchement et par surprise. Aucune gloire à cela. Il est criminel de faire le jeu des terroristes. Continuons à ignorer le nom de ces pseudos combattants. Appliquons l’injonction d’ « effacer le nom d’Amalec ».

A long terme, la relation et l’éducation sont toujours vainqueurs. Depuis 3000 ans, notre peuple a eu l’occasion de le prouver. Nous étions minian, ce matin, à la synagogue. Nous avons fait un office écourté par respect pour les forces de l’État qui le demandait. Appliquons l’injonction de rester « tissés dans le réseau de la vie », actifs, prenant soin de nous, de notre prochain, de l’étranger, restons vraiment vivants.

Notre office de ce matin réaffirmait les valeurs pour lesquels nous militons personnellement depuis des années : L’égalité entre les hommes et les femmes, le lien indissociable entre la tradition et la modernité, le lien entre la prière/le spirituel et l’action dans la cité, la suprématie de l’éducation, de la vision à long terme, et de la paix.

Avatar de Floriane ChinskyLiberté juive

Vendredi dernier, nous étions plus de 60 à la synagogue pour un dîner interconvictionnel qui nous a permis de créer des liens directs avec des femmes, des hommes et des enfants de toutes traditions religieuses et philosophiques.

Ce vendredi en revenant de la synagogue, nous avons entendu les sirènes de la police et des ambulances.Nous sommes tristes et choqués que l’imbécilité humaine ait pu faire autant de victimes, à notre porte. Nous sommes en deuil national.

Ces deux événements illustrent une réalité que nous connaissons tous : En tant qu’êtres humains, nous sommes capables du pire et du meilleur.

Comment nourrir notre capacité au meilleur ? Comment endiguer et désamorcer le risque du pire ?

A court terme, la destruction est toujours vainqueur. Il est facile d’attaquer lâchement et par surprise. Aucune gloire à cela. Il est criminel de faire le jeu des terroristes. Continuons à ignorer le nom de ces pseudos…

Voir l’article original 487 mots de plus

Amour talmud

Vous pouvez télécharger ici notre feuille de sources:

Talmud amour

Les 25 livres juifs qui m’ont inspirée…

Voici 25 livres qui m’ont inspirée en tant que juive et en tant qu’être humain.

A côté de ces livres, l’oralité de la transmission a toujours été fondamentale à mes yeux comme à ceux de la tradition. Les pirké avot nous invitent à nous trouver un maître et à acquérir un compagnon d’étude, pour pouvoir évoquer toutes les questions qui nous touchent.

Notons qu’à y bien réfléchir, la Bible elle-même est en soi une bibliothèque, incluant des histoires, des pensées, des poèmes, d’inspirations et d’époques diverses. La Bible, présentée comme LE livre juif est une bibliothèque de 24 livres, et inclut un texte écrit et sa musique, son chant, son sens, ses taamim, transmis et renouvelé de façon orale à travers les générations…

  1. Torat haim, une Torah de vie, jean schwarz, torah hébreu, torah français, haftarot, commentaire très accessible.
  2. Sidour EI, texte des prières, hébreu, français, explications histoires et réflexion
  3. Célébration talmudique Elie Wiezel, approche du Talmud, intéressant et facile
  4. Ces interdits qui nous libèrent, Moussa Nabati, tout est dans le titre : les commandements sont un cadre de vie et non un système d’oppression. On pourrait écrire tout un livre sur les raisons qui ont poussé certains systèmes de pensée à les stigmatiser mais mieux vaut réfléchir avec Moussa Nabati à ce que nous apporte ce système de pensée et de vie
  5. Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, pour avoir une référence objective et historique sur tout ce qui concerne la vie juive.
  6. Guide et lexiques talmudiques, adin Steinsalz, approche de ce qu’est le Talmud et notre merveilleuse pensée talmudique. Un peu technique.
  7. Découvrir un sens à sa vie, Victor Frankel, impossible de dire quelques mots sans être réducteur.
  8. Dialogue avec les mères, Bruno Bettelheim, à l’école de la pensée des parents, et également une approche du midrach pour moi. A associer avec Psychanalyse des contes de fées.
  9. Récits Hassidiques, Buber, facile à lire et profond, et aussi l’entrée dans une grande page d’histoire du judaïsme.
  10. Contes et fêtes juives, Colette Estin, tout est dans le titre
  11. La source, James Michener, un voyage romancé dans l’histoire d’Israël à travers l’archéologie. Dense, précis, et facile à lire.
  12. Exodus, Léon Uris
  13. L’élu, Chaïm Potok, confrontation de courants dans le judaïsme, approche du Hassidisme moderne et de la critique historique du judaïsme à travers l’histoire de deux jeunes. Facile à lire et intéressant.
  14. Five Books Of Miriam: A Woman’s Commentary on the Torah (Anglais) de Ellen Frankel Commentaire de la Torah, Approche midrachique/talmudique moderne mettant en scène la pensée et les personnages féminins de la Torah. A Traduire !
  15. judaïsme pour débutants, charles Szlakman. Intelligent, illustré, reprise des bases d’une façon amusante et réfléchie.
  16. La loi juive à l’aube du XXI e siècle, dir. Rivon Krygier. Pour comprendre comment la loi juive évolue et réussit à relier authenticité et modernité, pour ne plus jamais laisser certains s’approprier une interprétation excusive et excluante de ce trésor que sont les commandements.
  17. Sauve toi la vie t’appelle, Boris Cyrulnik, un voyage dans le fonctionnement de la mémoire en général et dans celle d’un enfant échappé à Vichy.
  18. 4 lectures talmudiques, Lévinas, Raisonnement talmudique expliqué et appliqué aux questions morales. Cela vaut la peine de persévérer !
  19. La rose aux 13 pétales, Adin Steinsalz, une approche intelligente de la mystique juive. Il y en a peu.
  20. Bible chouraqui, bible incluant les évangiles et surtout les livres apocryphes comme Judith et les Maccabées (histoires liées à la fête de Hanouka). Les traductions de la Bible donnent souvent l’impression que le texte de la Torah est à la fois limpide et ennuyeux, cette traduction permet d’avoir une première approche de la richesse du texte.
  21. Les nouveaux essentiels – Histoire visuelle de la Bible, 2013, approche visuelle et historique.
  22. Enquête sur le nil, Carole Rosenthal-Aidan, Aggada à lire bien avant PessaH pour comprendre à la fois l’histoire de la sortie d’Egypte, l’histoire de la composition de la haggada, et la pensée juive. Très accessible et pédagogique, il faut prendre le temps de s’y plonger
  23. ISRAEL DE THEODOR HERZL A LA FEUILLE DE ROUTE Auteur MARTIN GILBERT , Editeur GRUND , histoire et documents, intéressant pour les jeunes comme pour les adultes
  24. Alain Michel Racines d’Israël : 1948 : plongée dans 3000 ans d’histoire
  25. Pourquoi je suis juif Edmond Fleg, Histoire de la recherche du sens de son identité juive par un humaniste assimilé qui deviendra un pilier de la pensée juive. Facile et beau.

Un peu de féminisme divin dans un monde de brutes…

Pour d’autres liens vers des sites en anglais liés à l’histoire de Sarah: Dieu plus féministe que nous cours 1/4
Pour accéder au programme des 3 autres cours: cliquez sur ce lien: Programme « 4 preuves que Dieu est féministe »
Vous pouvez télécharger sur ce lien la feuille de sources avec les questions fondamentales, les extraits de la Torah et de Rachi en Français et Rachi en hébreu:
sources CJ femmes 1

Pour en savoir plus en temps réel sur le prochain cours… Abonnez-vous au blog en inscrivant votre adresse email sur cette page, à droite!

Merci à tous pour le partage de la belle étude de ce soir.

Au cours de notre première session d’étude, nous avons pu situer la tradition juive dans une perspective humaniste, existentialiste et féministe.
Nous avons parlé de ce que sont la domination et l’oppression et de ce que sont les systèmes alternatifs de collaboration. Le partage par Dieu du pouvoir de création avec le chabbat, le système de l’alliance, la collaboration à travers la pratique de la Hévrouta, l’étude en binômes, qui ajoute un enseignement par les pairs au « traditionnel » enseignement frontal (ex cathedra!).
Nous avons étudié ensemble les quelques versets qui parlent de la décision d’Eve de manger du fruit de l’arbre et démystifié ce que certains appellent le « pêcher originel ». Nous avons pu dissocier ce choix des notions de culpabilité, de soumission des femmes aux pulsions, d’impureté qui sont parfois associées au choix d’Eve dans d’autres traditions spirituelles.

A travers ce texte, nous avons pris connaissance de la différence entre le texte de la Torah et Rachi pour pouvoir l’identifier dans les sources et mettre en place notre Hévrouta.

Nous avons ensuite étudié en Hévroutot les différents passages de la Torah qui reprennent la vie de Sarah, en commençant par le kidnapping chez Faro, avant de nous répartir les autres sources et de les détailler à nouveau en « session plénière ».
Nous avons pu, dans chacun de ces cas, détailler le contexte clairement patriarcal de la Torah et identifier le rôle clairement protecteur du personnage biblique divin dans ces épisodes difficiles ou joyeux.

D’une façon remarquable, la Torah décrit sans l’enjoliver un monde qui est dur pour les femmes, une culture patriarcale difficile, ainsi qu’un effort pédagogique pour améliorer la condition des femmes.

Notre prochain rendez-vous (2/4) aura lieu le 3 novembre, nous y étudierons des extraits du Talmud présentant des personnages féminins.

cours femmes judaïsme

Fête du Talmud! Invitation…

Fete du talmud

Inscrivez-vous à travers Facebook ici:Je m’inscris à l’évènement Fête du Talmud ou   Inscrivez-vous à travers les commentaires de cet article.

Téléchargez les flyers en format doc:     Fête du Talmud         Ou en format PDF: Fête du Talmud 

Sur le pont étroit de la liberté! – 4 – Viktor Frankl: le sens en toutes circonstances (Discours de Kipour 5776)

Voir la partie 3: Au delà de notre confort

Viktor Frankl a une expertise puissante sur la question.

Il a su traverser, changer de ligne au dernier moment dans le cadre de la « sélection » qui menait aux chambres à gaz. Il a su collecter ses observations au sein même de l’enfer des camps en se projetant dans la création de sa propre pensée.

Viktor Frankl dit : « La vie a un sens dans toutes les circonstances, y compris les pires. »

Quand Frankl affirme cela, il l’affirme du fond de sa propre expérience.
Parfois, nous avons besoin de souffrir pour retrouver le sens et l’intensité de notre vie.
Mais franchement, ce n’est pas nécessaire.

Nous pouvons aussi construire le pont AVANT de nous retrouver au-dessus du précipice…

Kipour a sa façon particulière de nous inviter à construire ce pont.

Le dialogue avec nos proches initié en préparation renouvelle notre lien humain.
En jeûnant, nous prenons la mesure de notre fragilité et de celle des autres, nous pousse à la responsabilité
A travers les poèmes liturgiques que nous chantons nous nous laissons porter dans notre volonté de changement.
Le son du chofar nous met dans l’urgence.
Les histoires de la torah nous invitent à penser.
Le fait d’être ensemble nous ouvre aux autres et à nous-mêmes, dans la chaleur du partage.

Ce pont se construit à Kipour et se prolonge dans l’année juive, chaque événement « religieux » ou culturel vient le renforcer, venez traverser ce pont que nous construisons pour vous, venez construire pour vous-même le pont que nous souhaitez traverser ensemble.

Si vous avez des questions, des interrogations, sur l’identité juive, sur nos sources, sur la communauté, partagez-les avec nous, quand vous le souhaiterez, après les fêtes.

La liberté est comme un muscle, c’est en l’utilisant qu’on lui permet de grandir.
La liberté ne s’use que quand on ne s’en sert pas (adaptation de la devise du canard enchaîné).

La joie elle-même est un choix courageux.
Comme Selma Baraz, alors âgée de 91 ans, nous pouvons prendre la responsabilité de notre bonheur et renoncer à la plainte, sans attendre.

En ce jour de Kipour, nous mobilisons notre liberté dans une posture d’humilité face au chemin que nous avons à parcourir.

Dans quelque jours, à soukot, nous mobiliserons notre liberté dans une posture de joie prête à assumer ses choix. Nous danserons avec la Torah le 4 octobre.

Que cette année 5776 se poursuive dans le courage de la joie, du partage, de l’action et du sens.

Sur le pont étroit de la liberté! – 3 – Au delà de notre confort immédiat: l’urgence d’agir (Discours de Kipour 5776)

Voir la deuxième partie: Dépasser nos peurs

L’appel des prophètes nous met en garde. Si nous ne pratiquons pas l’entre aide et la tsédaka, si nous extradons de la réalité, si nous nions la souffrance autour de nous, les catastrophes nous attendent au tournant.

Il n’y a de sécurité que partagée. Il peut y avoir des écarts sociaux, mais pas trop. La terre est restituée aux perdants du jeu économique tous les 50 ans. Les dettes qui vous réduisent à néant sont annulées tous les 7 ans. C’est le yovel, le jubilée, c’est la chemita, l’année chabbatique, que nous avions cette année.

Telle est la condition de la liberté. La liberté des uns COMMENCE là où COMMENCE celle des autres (adaptation personnelle).

Tel était le propos du Pasteur Niemöller. Quand certains s’en prennent aux « communistes, juifs, syndicalistes, catholiques (le protestantisme étant dominant en Allemagne, là où il vivait) », si je ne les défends pas, je risque fort d’être le suivant sur la liste. Cela vaut également aujourd’hui pour les grecs, les syriens, les arabes ou encore, les femmes, les convertis, etc…

Si nous n’écoutons pas cet appel, nous dit la torah, la terre nous vomira. Dans la Torah, il est fait mention de cette responsabilité au niveau du peuple juif et de la terre d’Israel. En ce jour de Kipour, à la veille du cap 21, nous sommes conscients que c’est la planète entière qui est concernée, et qu’elle pourrait finir par détruire cette étrange espèce puissante mais souvent inconsciente, l’espèce humaine.

Nous demandons : « Bénis nous comme un seul par la lumière qui émane de toi » « barHénou KééHad » (fin de la amida, prière « sim chalom »).

Il n’y a pas de bénédiction purement individuelle. Si je souhaite l’emporter sur mon voisin et que lui souhaite l’emporter sur moi, laquelle de nos prières devrait trouver un accomplissement ? Le ‘bon dieu’ devrait- ‘il’ alors mettre en œuvre leur résultante ? L’expression de nos désirs serait annulée, rien ne pourrait se produire. Si au contraire nous formulons des désirs personnels en harmonie avec l’intérêt collectif, ils pourront trouver leur accomplissement. Tel est le sens de la bénédiction. Une fois l’harmonie installée, nos espoirs peuvent devenir des actes constructifs et chaque parcelle de notre énergie trouve sa réalisation. La bénédiction consiste peut-être justement en la capacité de conjuguer harmonieusement nos forces.

Notre liberté évolue donc sur le fil, entre trop d’insatisfactions et trop d’autosuffisance.

Dans ce contexte compliqué, parmi de nombreux penseurs et sages de différentes époques, nous pouvons aujourd’hui mentionner Viktor Frankl.

Lire la suite ici…

Sur le pont étroit de la liberté! – 2 – Dépasser nos peurs (Discours de Kipour 5776)

Voir la première partie: l’étrange épreuve de Selma Baraz

Or, en plus d’être juifs, nous sommes français.

Et je vais parler d’une façon un peu plus sérieuse, et douloureuse même, vous m’en excuserez.
Taux de suicide en France 2e place en Europe, 17e dans le monde (en 2008).
Dans la vision de Jean-Paul Sartre, « l’homme est condamné à être libre… nous sommes seuls, sans excuses ».
C’est une vision lourde à porter.
L’existentialisme a-t-il besoin de la souffrance ? La liberté est-elle forcément liée à la douleur ?

L’insatisfaction a également des vertus.
Un article de The Economist en 2012 faisait le portrait culturel de la France et de sa littérature. La France cultiverait la nostalgie comme une valeur, « bonjour tristesse ! », qui expliquerait le fort taux de suicide en France.
Mais d’après cette article, l’insatisfaction serait également à l’origine d’une créativité et d’une volonté de changement remarquables.

Nous sommes à la fois juifs et français. Est-ce que nous cumulons les risques ?

L’autocritique risque de nous déprimer.
L’autosatisfaction risque de nous endormir.
La liberté est menacée, mise en danger sur ces deux versants.

Elle est menacée par nos peurs, par notre désespoir, par le sentiment d’impuissance qui parfois, s’empare de nous. Lorsque nous observons le monde autour de nous, nos vis, celles de nos proches, les drames qui touchent l’humanité.

Que faire de nos peurs ?

Rabbi NaHman de Bratsalv disait : « Le monde entier est un pont très étroit et le plus important c’est de ne pas avoir peur. » (likouté moharan)

וְדַע, שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ לַעֲבר עַל גֶּשֶׁר צַר מְאד מְאד! וְהַכְּלָל וְהָעִקָּר שֶׁלּא יִתְפַּחֵד. כְּלָל

La liberté, c’est de savoir passer d’une rive à l’autre, de ne pas être prisonnier de son territoire géographique.

Abraham est d’abord Ivri, עיברי, celui qui passe, celui qui change de lieu. Au cours de l’histoire, nous avons dû changer de lieu, et nous avons été capable de le faire en gardant notre identité, et en nous adaptant, en renouvelant cette identité en accord avec les cultures environnantes, de Babylone à l’Afrique du nord, d’Erets Israel à la vallée du Rhin.

Changer de rive, c’est prendre un risque. Dieu dit à Avraham, je te grandirai car Abraham court le risque de se perdre (Rachi mentionne trois risques : celui d’avoir moins d’enfants, celui d’avoir moins d’argent et celui de jouir d’une moins bonne réputation).

Mais le jeu en vaut la chandelle car savoir changer de rive, c’est montrer le chemin de la liberté, la possibilité du changement, renforcer ce pouvoir pour nous-mêmes et pour nos proches, et pour tous les autres. L’Eternel ajoute :

« Par toi seront bénies toutes les nations de la terre. » (Gen. 12:1-3)

Sur quelle rive sommes-nous aujourd’hui ? Ce rivage nous convient-il ? Quels précipices physiques ou psychiques voudrions-nous traverser ? Le savons-nous ? Avons-nous même le courage d’y penser ?

Quel soutien pourrions-nous obtenir pour effectuer ces transitions ? Quel est le pont très étroit que nous pourrions traverser ? Qu’est ce qui pourrait nous encourager à ne pas avoir (trop) peur ?

J’interroge ici chacun d’entre nous en tant qu’individu, face à nos défis personnels, mais je nous interroge également en tant que communauté/synagogue en développement, porteuse d’un message particulier. Un message important, profondément ancré dans notre tradition, et qui n’est pas toujours mis en avant comme il le faudrait.

Bienveillance, humanisme, respect de la diversité, engagement juif et engagement citoyen.

Ces valeurs au cœur de notre vision méritent notre investissement, beaucoup de juifs en ont besoin.

Sur quelle rive sommes-nous en tant que communauté ? Quel pont pourrait-il nous permettre de traverser ? Quels ponts construisons-nous ? Quel type d’impact pourrions-nous avoir alors sur les personnes et les groupes et les événements qui nous entourent ? Dans le monde juif et dans le monde civique ?

Enfin, nous souhaitons contribuer également à la liberté de nos proches. Qui dans nos connaissance est en transition autour de nous ? Quel pont pouvons-nous bâtir pour eux ? Parmi nos proches, nos moins proches, ou dans l’actualité du monde ?

Comment renforcer notre conscience ? Par le cri du chofar ? Par l’intensité et la beauté de nos prières ? Est-ce la vision de notre rassemblement de ce soir qui pourra nous encourager à regarder en face le vide de la liberté ?

La liberté est menacée également sur son autre versant.

Elle est menacée par nos satisfactions, l’excès de notre bien-être, notre confort que nous répugnons à quitter. Voire notre inconfort et notre malheur qui nous est devenu confortable.

Lire la suite ici…