David, le faible qui est fort

L’histoire de David: approche pédagogique du courage et de la persévérance – Bible et Pédagogie 3, c’est déjà dimanche prochain, à Nation/Ganénou. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

Qu’est-ce que la victoire ? Et de quoi dépend-elle ? Qu’est-ce qui fait que nous triompherons de nos difficultés ? Est-ce notre force physique ? Est-ce notre intelligence ? Est-ce notre capacité à nous soutenir ? Notre force morale ? Notre capacité de remise en question ? Les histoires de Hanouka nous parlent du triomphe du premier humain sur sa peur de la nature, du triomphe des Maccabées contre l’oppression grecque, le triomphe de la continuité identitaire contre l’assimilation la victoire de Judith contre Holopherne, la réussite de l’espoir contre le renoncement, la victoire de la lumière de la petite fiole sur les ténèbres, le succès de la souplesse et de l’imagination sur la crispation.

Et pour nous, qu’est-ce que la victoire et quels sont nos atouts ? Qu’apprenons-nous de l’histoire de David et Goliath ? Que signifient les péripéties de l’histoire sur le plan symbolique ?

Avec les histoires de Hanouka, nous partagerons avec nos enfants nos pensées et sentiments sur notre façon de faire face aux difficultés de la vie.

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaella ou répondez à cet article en commentaire.

Mes yeux regarderons mes ennemis quand les méchants se lèveront contre moi mon oreille entendra : le juste fleurira comme le palmier, il s’élance comme le cèdre du liban – Tsadik katamar ifraH kéérez balevanon isgué

וַתַּבֵּט עֵינִי בְּשׁוּרָי בַּקָּמִים עָלַי מְרֵעִים תִּשְׁמַעְנָה אָזְנָי. יג צַדִּיק כַּתָּמָר יִפְרָח כְּאֶרֶז בַּלְּבָנוֹן יִשְׂגֶּה (Ps 92)

A propos des miracles et de la délivrance et du courage et des sauvetages et des merveilles et des consolations et des guerres que tu as fait pour nos ancêtres en ces jours en ce temps, quand s’est dressée le royaume des grecs ces méchants contre ton peuple Israël pour leur faire oublier ton enseignement et leur faire quitter ta volonté et toi dans ta grande bienveillance tu t’es dressé pour eux au temps de leur souffrance et tu as livré les forts et mauvais aux mains des faibles, les nombreux aux mains des peu nombreux, les mauvais aux mains des justes, les prétentieux aux mains de ceux qui s’occupent de ta Torah et tu t’es fait un nom grand et spécial dans ton monde…. (Prière de Hanouka/ Amida et Birkat hamazon)

1 Or, les Philistins réunirent leurs armées pour une expédition, se donnèrent rendez-vous à Sokho, ville de Juda, et se campèrent entre Sokho et Azêka, à Efès-Dammim. 2 De son côté, Saül réunit les Israélites, qui se campèrent dans la vallée du Térébinthe, et se rangèrent en bataille vis-à-vis des Philistins. 3 Les Philistins occupaient la montagne d’un côté, les Israélites l’occupaient du côté opposé, la vallée les séparant. 4 Alors un géant sortit des rangs des Philistins, un homme de Gath, nommé Goliath: sa taille était de six coudées et un empan. 5 Il avait sur la tête un casque d’airain et était vêtu d’une cotte de mailles, du poids de cinq mille sicles; 6 il avait des jambières d’airain aux jambes, et un javelot d’airain sur l’épaule; 7 le bois de sa lance ressemblait à une ensouple de tisserand, et elle se terminait par un fer du poids de six cents sicles. Le porteur du bouclier marchait devant lui. 8 S’avançant donc, il cria ces paroles aux lignes d’Israël: « Pourquoi vous disposer à livrer bataille? Ne suis-je pas, moi, le Philistin, et vous les sujets de Saül? Désignez l’un d’entre vous pour qu’il s’avance vers moi. 9 Si, en combattant avec moi, il l’emporte et me tue, nous deviendrons vos sujets; mais si c’est moi qui triomphe et le tue, vous serez nos sujets et nous obéirez. 10 Oui, ajouta le Philistin, je défie en ce jour les rangs des Israélites: donnez-moi un homme, que nous nous battions ensemble! » 11 Saül et tout Israël, en entendant ces paroles du Philistin, furent consternés et eurent grand peur. 12 Or, David était fils de cet Ephratéen, de Bethléem-en-Juda, qui se nommait Jessé et avait huit fils; à l’époque de Saül, c’était un vieillard, comptant parmi les hommes d’âge. 13 Les trois fils aînés de Jessé étaient partis pour suivre Saül dans cette campagne; ces trois hommes partis pour la guerre se nommaient, l’aîné Elïab, son puîné Abinadab, et le troisième Chamma. 14 David était le plus jeune, et les trois aînés seuls avaient suivi Saül. 15 Pour David, il allait et venait, quittant Saül pour garder les brebis de son père à Bethléem. 16 Le Philistin donc s’avançait chaque matin et chaque soir, et se présenta ainsi pendant quarante jours. 17 Cependant Jessé dit à David, son fils: « Prends, je te prie, pour tes frères cet êpha de blé grillé et ces dix pains, et porte-les vite au camp à tes frères. 18 Ces dix fromages, tu les porteras au chef de la division; tu t’informeras du bien-être de tes frères et te muniras d’un gage de leur part. » 19 (Saül, avec eux, ainsi que tous les hommes d’Israël étaient dans la vallée du Térébinthe, rangés en bataille contre les Philistins.) 20 Le lendemain, de bon matin, David laissa le troupeau aux soins d’un gardien, et partit avec sa charge selon la recommandation de Jessé. Il atteignit l’enceinte du camp, comme l’armée débouchait sur le champ de bataille et poussait le cri de guerre. 21 Israélites et Philistins s’alignèrent, ligne contre ligne. 22 David remit les objets qu’il portait aux mains du gardien des bagages, courut vers les rangs et alla s’informer de la santé de ses frères. 23 Tandis qu’il s’entretenait avec eux, voici venir le géant, Goliath le Philistin, de Gath, sortant des rangs des Philistins et tenant le même discours; David l’entendit. 24 Tous les Israélites, en voyant cet homme, lâchèrent pied devant lui, fort effrayés. 25 Et les hommes d’Israël se disaient: « Avez-vous vu cet homme qui s’avance? C’est pour défier Israël qu’il se met en avant. Eh bien! Celui qui le vaincra, le roi le comblera de richesses, lui donnera sa fille, et exemptera la famille de son père de toute charge en Israël. » 26 David, s’adressant à ceux qui étaient près de lui, demanda: « Que fera-t-on à l’homme qui aura vaincu ce Philistin et délivré Israël de l’ignominie? Qu’est donc ce Philistin, cet incirconcis, pour insulter les légions du Dieu vivant! » 27 Le peuple lui répéta la même chose, ajoutant: « Telle sera la récompense de l’homme qui l’aura vaincu. » 28 Elïab, son frère aîné, l’entendant parler à ces hommes, se mit en colère contre David et dit: « Pourquoi es-tu descendu ici, et à qui as-tu confié ces quelques brebis dans le désert? Je connais ton caractère volontaire et vicieux, car c’est pour voir la guerre que tu es venu! 29 Eh! Qu’ai-je donc fait, répondit David? C’était une simple parole. » 30 Le quittant alors, il s’adressa à un autre, à qui il tint le même discours; les gens lui firent la même réponse que précédemment. 31 Les propos de David ayant été propagés, on les répéta devant Saül, qui le fit venir. 32 David dit à Saül: « Que personne ne perde courage à cause de lui! Ton serviteur ira et se battra avec ce Philistin. » 33 Mais Saül dit à David: « Tu ne peux aller te battre avec ce Philistin, car tu n’es qu’un enfant, et lui est un homme de guerre depuis sa jeunesse. » 34 David répondit à Saül: « Ton serviteur faisait paître les brebis de son père; quand survenait le lion ou l’ours et qu’il emportait une bête du troupeau, 35 je le poursuivais, je le terrassais, et la lui arrachais de la gueule; alors il se jetait sur moi, mais je le saisissais par la mâchoire et le frappais à mort. 36 Puisque ton serviteur a eu raison et du lion et de l’ours, cet impur Philistin aura le même sort, lui qui a défié les légions du Dieu vivant. » 37 Et David ajouta: « L’Eternel, qui m’a protégé contre le lion et l’ours, me protégera aussi contre ce Philistin… » Et Saül dit à David: « Va, et que l’Eternel soit avec toi! » 38 Saül revêtit David de son propre costume, lui mit sur la tête un casque d’airain, lui fit endosser une cuirasse; 39 David ceignit l’épée par-dessus ses vêtements et essaya de marcher, n’en ayant pas l’habitude. Alors il dit à Saül: « Je ne puis marcher avec cette armure, car je n’y suis pas accoutumé »; et il s’en débarrassa. 40 Il prit son bâton à la main, choisit dans le torrent cinq cailloux lisses, qu’il mit dans sa panetière de berger, et, muni de sa fronde, s’avança vers le Philistin. 41 Celui-ci s’approcha lentement de David, précédé de l’homme qui portait son bouclier. 42 Le Philistin, considérant David, le regarda avec dédain, parce qu’il était jeune, vermeil et de bonne mine. 43 Et il dit à David: « Suis-je un chien, que tu t’avances contre moi avec des bâtons? » Et il maudissait David en invoquant son dieu. 44 Et le Philistin dit à David: « Viens ici que je donne ta chair aux oiseaux du ciel et aux animaux des champs! » 45 David répondit au Philistin: « Tu viens à moi avec l’épée, la lance et le javelot; et moi je viens au nom de l’Eternel-Cebaot, du Dieu des légions d’Israël que tu insultes. 46 En ce jour, l’Eternel te mettra en mon pouvoir, je t’abattrai et je te couperai la tête et je livrerai les cadavres de l’armée des Philistins, aujourd’hui même, aux oiseaux du ciel et aux animaux des champs, afin que toute la terre sache qu’il y a un Dieu pour Israël! 47 Et toute cette multitude saura que l’Eternel n’a pas besoin d’épée ni de lance pour donner la victoire, car l’Eternel est le maître de la guerre, et il vous livrera en notre pouvoir! » 48 Voyant alors le Philistin se mettre en mouvement et s’avancer à sa rencontre, David s’élança, traversa rapidement le champ de bataille dans la direction du Philistin, 49 mit la main dans sa panetière, en tira une pierre, qu’il lança avec la fronde, et atteignit le Philistin au front; la pierre s’y enfonça et il tomba la face contre terre. 50 Ainsi David vainquit le Philistin avec une fronde et une pierre, et le frappa à mort, sans avoir une épée à la main; 51 puis il fondit sur le Philistin, lui prit son épée qu’il tira du fourreau, et le tua en lui tranchant la tête. Les Philistins, voyant que leur champion était mort, prirent la fuite. 52 Les hommes d’Israël et de Juda se levèrent en poussant le cri de guerre et poursuivirent les Philistins jusqu’aux abords de Gaï et jusqu’aux portes d’Ekron; les cadavres des Philistins jonchèrent la route de Chaaraïm, jusqu’à Gath et jusqu’à Ekron. 53 Au retour de cette poursuite des Philistins, les enfants d’Israël allèrent piller leurs camps. 54 Pour David, il prit la tête du Philistin et la porta à Jérusalem, et ses armes, il les déposa dans sa tente. 55 Or, en voyant David s’avancer au-devant du Philistin, Saül avait dit à Abner, commandant de l’armée: « De qui ce jeune homme est-il fils, Abner? » Et Abner avait répondu: « Par ta vie, ô roi! Je l’ignore. » 56 « Informe-toi, dit le roi, de qui ce garçon est fils… » 57 Et lorsque David revint après avoir tué le Philistin, Abner vint le prendre et le présenta à Saül, tenant à la main la tête du Philistin. 58 Saül lui demanda alors: « De qui es-tu fils, jeune homme? De ton serviteur Jessé le Bethléémite, » répondit David.

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -3 David Judah Judith

La voix de Dieu, c’est l’humanité qui vit en nous – Dracha Kipour 5777

Ce n’est pas exactement ce que j’ai dit à la synagogue mardi soir… Mais c’est bien le texte que j’avais sous les yeux ;-). Encore chana tova à toutes et à tous.

Die20160928_130318u lui-même semble parfois impuissant.
Que dire alors de notre impuissance à nous !

Dieu lui-même laisse commettre en son nom des atrocités inacceptables.
Lorsque des religions se dénigrent et s’assassinent, c’est le nom de dieu lui-même qui est désacralisé.
Quel est le sens de cet apparent « silence de dieu » ?
Comment Dieu lui-elle-même peut-il-elle rester sans voix?

Le traité avoda zara nous raconte à la page 54b une histoire étrange.
Des sages romains ont interpelé des sages d’Israël.
« Si votre dieu ne désire pas l’idolâtrie, pour quelle raison ne l’annule-t-il pas ? »
Excellent question qui nous interpelle à notre époque, où certains se revendiquent de Dieu pour commettre des meurtres.
Les sages d’Israël ont répondu :
« Si les idolâtres prenaient pour objet d’adoration des choses inutiles, Dieu les détruirait, mais ils servent le soleil, la lune et les étoiles, Dieu doit-il détruire la création pour mettre fin aux pratiques meurtrières des hommes ? Le monde se conduit selon ses principes, et les fous qui le détruisent finiront par être jugés. »
La violence ne peut pas détruire le mal, car le mal et le bien sont liés, le soleil et la lune sont puissants, pour cette même raison nous avons besoin d’eux, pour cette même raison certains leurs ont voué dans l’antiquité une adoration idolâtre.
De même, la liberté et l’intelligence de l’homme. La liberté et la créativité des humains sont puissantes pour cette raison nous avons besoin d’eux, même si certains en font un usage destructeur.

Dans l’instant, nous pourrions être tentés de chercher ce que Paul Watslavick appelle une « ultra-solution », une solution si absolue qu’elle semble tout résoudre, alors qu’elle renforce encore le problème.
Dieu pourrait détruire tout ce qui prête à confusion, tous ceux qui se revendiquent abusivement de son nom. Comme nous l’enseigne le talmud, ce serait une ultra-solution. Pour sauver le monde, détruisons-le !
D’autres penchent vers des ultra-solutions de tous ordres : Ceux qui s’imaginent promouvoir la tradition en forçant les juifs à mettre les téfilines (je parle de ceux qui forcent littéralement, il y en a, ainsi que je l’ai appris récemment), ceux qui prônent l’assimilation  pour éviter l’antisémitisme, ceux qui pensent que le repli identitaire nous protégerait, ceux qui prônent la fermeture des frontières pour protéger l’économie etc…

Notre page du talmud continue, les sages donnent des exemples :
Le blé volé devrait-il ne pas pousser ? Le monde poursuit son cours, et les fous qui le détruisent finiront par être jugés, העולם כמנהגו נוהג.

Mais nous sommes un peuple ancien. En plus de 3000 ans, nous avons acquis un savoir, qui nous autorise à une certaine patience. Nous savons ce qu’est le temps. Nous avons vu défiler les civilisations trop pressées qui voulaient conquérir le monde.

Si nous sommes parfois impuissants dans l’instant, dans le temps au contraire, nos efforts sont cumulatifs.
Dans le temps, nous sommes puissants.

Nous nous tournons vers l’année écoulée.

Cette année écoulée, nous la regardons avec fierté, nous savons ce que nous avons accompli, ce que nous avons réussi, combien nous avons su changer le monde en dépit des épreuves. Ces réussites sont des marques de notre puissance. Pour cela, la BraHa, les remerciements s’imposent.

Cette année écoulée, nous la regardons avec humilité, nous savons ce que nous pouvons améliorer, les défauts personnels que nous pouvons combattre, les qualités personnelles que nous pouvons développer, et les collaborations avec autrui que nous pouvons mettre en œuvre, pour qu’ils puissent compenser nos manques, et que nous puissions aider à compenser les leurs. Cette humilité est, elle aussi, l’une de nos forces, une expression de puissance. Pour cela, la téchouva, l’amélioration de soi-même est de rigueur.

Nous sommes puissants car d’année en année et de siècle en siècle nous renforçons un mouvement vers plus d’intelligence, plus d’humanité.

C’est cela le judaïsme. Un mouvement. Un mouvement parmi d’autre, un mouvement qui nous est cher, le nôtre. Un mouvement vers une recherche permanente de nous élever en tant qu’humains, à notre façon particulière, à travers notre judaïsme.

C’est cela notre communauté. Une synagogue qui appartient à un mouvement. Une synagogue qui est un petit îlot de paix et de volonté, un petit îlot qui fait que l’océan entier semble moins menaçant, une seule petite étoile de laquelle monte un rire qui change le sens du ciel tout entier.

Vous qui militez pour notre communauté depuis des dizaines d’années, vous qui nous avez rejoint récemment, vous qui y trouvez votre place d’une façon sans cesse plus juste et plus satisfaisante, vous savez de quoi je parle.

Je parle de garder les valeurs juives au cœur de la synagogue, d’être humain, au-delà des considérations politiques.
Je parle de défendre d’une façon ouverte et pacifique l’existence d’une religion/communauté/spiritualité ouverte aux autres.

Je parle de ce défi dont nous sommes des Héraults (les portes-drapeaux), aux côtés de nos partenaires.
Défi de faire respecter le judaïsme libéral au sein du judaïsme global et de ceux qui en son sein font parfois preuve de beaucoup de fermeture,
défi de faire respecter le judaïsme tellement minoritaire au sein d’une communauté nationale dont certains tendent aux amalgames,
défi de promouvoir un engagement spirituel qui se pose en partenaire de la platte-forme laïque et humaniste à laquelle nous sommes attachés par-dessus tout.

En défendant notre judaïsme, en défendant la liberté, nous ne défendons pas seulement nos intérêts, nous défendons surtout le droit de chacun et chacune à trouver un chemin harmonieux.

Ces combats se jouent au quotidien, avec nos familles, nos amis, face à la pression du monde extérieur, trouver un moment pour acheter des Halot pour chabat, trouver quelques minutes pour voir une vidéo « sur un pied », trouver de l’inspiration pour raconter une blague juive en accompagnant ses enfants sur le chemin de l’école.
Ces combats se jouent dans l’exceptionnel, dans l’organisation des fêtes juives, dans la mise en place d’un cours d’entrée dans le judaïsme, d’un programme de conversion, dans la participation à des conférences interreligieuses, que ce soit cordoba, la formation de l’école nationale de la magistrature, le bné brit de bordeau etc…

Chaque petit choix juste est une victoire, car il nous oriente davantage vers la bonne direction, pour le reste de notre vie, et pour plus encore à travers le partage et la transmission.

C’est chacun de ces combats pacifiques qui sont l’objet de nos pensées et de nos résolutions en ce jour de Kipour.

Ce n’est pas chose facile. Car pour exercer notre responsabilité, nous devons faire preuve à la fois d’ambition et de résignation, de désir ardent et de patience.
Trop d’enthousiasme, d’ambition et de désir nous mèneraient à la frustration et au désespoir.
Trop de résignation et d’auto-satisfaction nous mènerait à l’immobilisme, comme si nous passions dans ce monde sans y laisser de trace.

L’équilibre est difficile à trouver et se cultive au quotidien. Les fêtes de Tichri nous proposent deux temps de régulation : Yom Kipour et SimHat Torah.
Yom Kipour, pour tendre l’arc de nos volontés, SimHat Torah, pour goûter les joies de la réussite.
Avec ces deux fêtes, notre tradition nous propose deux notions : Le din et le RaHamim.
Le din pour être rigoureux et conscients des enjeux, le raHamim pour être apaisés et tolérants pour nous et autrui.

Le raHamim, c’est la bienveillance, la souplesse, l’accueil de l’imperfection, c’est l’utérus, ce qui nous contient, ce qui nous nourrit, quelles que soient les circonstances. Cette notion est liée au nom éternel de dieu, au nom secret, au nom en 4 lettres, celui que nous remplaçons par le mot « adonaï », le grand nom qui inscrit dans le temps, dans la durée, dans la patience, dans l’évolution. Avec le raHamim, Dieu ne nous juge pas mais nous accompagne, nous ne sommes pas ses serviteurs, mais ses enfants. RaHamim est la qualité dont l’adjectif se dit « raHoum », comme dans les 13 attributs de dieu, adonaï adonaï el RAHOUM : Eternel Eternel dieu raHoum compatissant et gracieux, lent à la colère et grand dans ta bienveillance et ta vérité qui porte sa bienveillance pour les milles générations à venir, qui porte la faute et l’atteinte et le pêché et oublie.

Le Din, c’est le jugement, les conséquences directes et inéluctables de nos actes, le monde de l’ nature dont les lois sont impitoyables. Cette notion est liée au nom immanent de Dieu, « élohim », la force. Lorsque nous prononçons les 13 attributs de dieu, nous faisons semblant d’oublier cette dimension en omettant la fin du verset : « qui porte la faute et l’atteinte et le pêché et qui n’oublie PAS ».

En ce jour de Kipour, notre devoir est de repenser ces deux valeurs, de les soupeser, de les équilibrer.

De ne pas nous laisser endormir dans notre trop grand confort ou de ne pas nous laisser écrouler sous le trop grand poids de nos épreuves.

Tant que nous sommes en mouvement, nous pouvons beaucoup, et Dieu lui-même n’est plus impuissant.

Nous pouvons dire : tu es notre Dieu car nous sommes ton peuple, Tu es notre père car nous sommes tes enfants, Tu est notre force car nous étudions grâce à toi.

Et ainsi, Dieu est puissant, même dans l’hypothèse où il n’existerait pas, les mots et les concepts abstraits n’ont pas tellement d’importance, notre détermination, elle, est fondamentale.

Et la plus petite étincelle de sagesse que vous récolterez en ce jour de Kipour, aura une influence exponentielle sur toute votre année à venir, et par ricochet, sur vos proches, et sur nous, votre communauté.

De même, les nombreuses étincelles de sagesse recueillies au cours de l’année passée ont été un trésor sans prix pour l’année incroyable que nous avons passée ensemble.
Vous en voyez quelques fruits aujourd’hui, vous en verrez les merveilles tout au long de cette année, pensez à en profiter.

Alors partons ensemble en ce jour de Kipour à la récolte des sagesses pour les rendre plus actives dans nos vies.

Étude de Rachi ce samedi: Comment comprendre les menaces divines de la paracha haazinou ?

Notre parhaazinou-enluminureacha de cette semaine, très difficile, parle de courroux divin et de vengeance. Faut-il la lire au sens premier ? Peut-on faire abstraction du sens premier ? A qui exactement s’adresse cette expression de puissance impressionnante ? Rachi nous introduit à une nuance insoupçonnée dans ce texte effrayant.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

 Pour étudier avec nous à Surmelin : MJLF-est ce chabbat de 9h30 (précises, accueil à 9h15) à 10h20.

Téléchargez ici rachi-5777-2-haazinou

 Deut.32 :36

Quand Hachem jugera Son peuple « Quand » Il prononcera contre eux ces punitions-là telles qu’elles ont été détaillées, comme dans : « Quand (ki) Il se sert d’eux pour juger les peuples » (Iyov 36, 31). Le mot ki ne s’entend pas ici dans le sens de « car », destiné à justifier ce qui précède, mais [dans celui de « lorsque »], pour marquer le début d’un discours, comme dans : « quand (ki) vous viendrez vers le pays » (Wayiqra 23, 10) (Roch hachana 3a). Quand se seront abattus sur vous ces jugements-là, le Saint béni soit-Il se ravisera en ce qui concerne Ses serviteurs et Il les reprendra en pitié.

Il se ravisera (yithnè‘ham) Le mot signifie : « changer son dessein », en bien ou en mal.

Quand Il verra que la main s’en est allée Quand Il verra que la main de l’ennemi va en s’appesantissant sur eux toujours plus, et qu’il n’y a plus en eux ‘atsour ni ‘azouv.

Lié (‘ atsour) – Secourus par un chef qui puisse les arrêter (ya‘atsor).

Abandonné (‘ azouv) – Par un ‘ozèv. Le mot ‘otsér s’applique à un chef qui « arrête » (‘otsér) ses troupes afin qu’elles ne se dispersent pas au moment où elles partent combattre l’ennemi. En français : « maintenu ».

Lié (‘ atsour) – C’est celui qui est sauvé grâce à « l’arrêt » imposé par le chef.

Abandonné (‘ azouv) – Affermi, comme dans : « Ils ont aidé (waya‘azvou) Jérusalem jusqu’au large mur » (Nè‘hèmia 3, 8), ou dans : « Comment a-t-elle pu ne pas être fortifiée (‘ouzzeva), la ville glorieuse ? » (Yirmeya 49, 25).

32 :38

Eux qui mangeront le suif de leurs sacrifices Ce sont ces dieux-là qui les mangeaient, car ils leur présentaient [les sacrifices], et ils buvaient « le vin de leurs nessakhim ».

Qu’ils soient sur vous un abri Que ce rocher soit pour vous un havre et un abri.

32 :39

Voyez maintenant Comprenez, tant par les châtiments que je vous ai infligés sans que personne se porte à votre secours, que par le salut que je vous accorderai sans que personne ne m’en empêche.

Que moi, je le suis Que je suis là pour abaisser et que je suis là pour relever.

Et il n’y a pas de dieu à côté de moi Qui se dresse contre moi pour m’empêcher [d’agir].

A côté de moi A mon exemple et comme moi.

Et il n’y a pas de sauveteur de ma main Ceux qui pèchent contre moi.

32 :43

Sa terre procurera le pardon à Son peuple Et quelle est Sa terre ? Son peuple. Lorsque Son peuple est consolé, consolée se trouve Sa terre. Dans le même sens : « Tu as rendu, Hachem, ton affection à ton pays… » (Tehilim 85, 2). Et comment l’as-tu fait ? « … Tu as ramené les captifs de Ya‘aqov » (ibid.). Le présent cantique est interprété d’une manière différente [à partir du verset 26] dans le Sifri, où Rabi Yehouda et Rabi Nè‘hèmia sont en désaccord. Rabi Yehouda l’explique intégralement comme s’appliquant à Israël, tandis que Rabi Nè‘hèmia l’explique intégralement comme s’appliquant aux idolâtres. Voici comment Rabi Yehouda l’explique comme s’appliquant à Israël : A partir de : « J’ai dit, je les disperserai » (verset 26) jusqu’à : « et ce n’est pas Hachem qui a fait tout cela » (verset 27), c’est comme je l’ai expliqué. « Car ils sont une nation qui a perdu le conseil… » (verset 28) : Ils ont perdu ma Tora, qui était pour eux de bon conseil. « … Et il n’y a pas en eux d’intelligence » (ibid.), pour comprendre : « … comment un seul [des peuples en] poursuivra mille, si leur rocher ne les avait vendus » (verset 30). A partir de : « Car il n’est pas comme notre rocher, leur rocher… » (verset 31) et jusqu’à la fin, c’est comme je l’ai expliqué. Tandis que Rabi Nè‘hèmia l’explique comme s’appliquant aux idolâtres. A partir de : « Car ils sont une nation qui a perdu le conseil… » (verset 28) et jusqu’à : « … et nos ennemis [sont] juges » (verset 31), c’est comme je l’ai expliqué. [Et ensuite :]

32 :44

Lui et Hoché‘a, fils de Noun Ce chabath a été celui « de la paire » (Sota 13b). Le pouvoir a été retiré à l’un et conféré à l’autre. Mochè a donné à Yehochou‘a un porte-parole pour qu’il donne un enseignement [encore] de son vivant, afin qu’Israël ne dise pas : « Tu n’osais pas, du vivant de ton maître, élever la tête ! » Et pourquoi le texte l’appelle-t-il ici « Hoché‘a » ? Pour signaler que son esprit ne s’est pas enorgueilli et que, malgré la grandeur qui lui a été conférée, il est resté aussi humble que par le passé.

כִּי יָדִין ה’ עַמּוֹ. כְּשֶׁיִּשְׁפּוֹט אוֹתָם בְּיִסּוּרִין הַלָּלוּ הָאֲמוּרִים עֲלֵיהֶם כְּמוֹ כִּי בָם יָדִין עַמִּים (יְיַסֵּר עַמִּים) כִּי זֶה אֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ לָשׁוֹן דְּהָא לָתֵת טַעַם לַדְּבָרִים שֶׁל מַעְלָה אֶלָּא לָשׁוֹן תְּחִלַּת דִּבּוּר כְּמוֹ כִּי תָבֹאוּ אֶל הָאָרֶץ כְּשֶׁיָּבֹאוּ עֲלֵיהֶם מִשְׁפָּטִים הַלָּלוּ וְיִתְנַחֵם הַקָּבָּ »ה עַל עֲבָדָיו לָשׁוּב וּלְרַחֵם עֲלֵיהֶם:

יִתְנֶחָם. לָשׁוֹן הֵפֶךְ מַחֲשָׁבָה לְהֵטִיב אוֹ לְהָרַע:

כִּי יִרְאֶה כִּי אָזְלַת יָד. (כְּשֶׁיִּרְאֶה כִּי אָזְלַת) יָד הָאוֹיֵב הוֹלֶכֶת וְחוֹזֶקֶת מְאֹד עֲלֵיהֶם וְאֶפֶס בָּהֶם עָצוּר וְעָזוּב:

עָצוּר. נוֹשַׁע עַ »י עוֹצֵר וּמוֹשֵׁל שֶׁיַּעֲצוֹר בָּהֶם:

עָזוּב. עַ »י עוֹזֵב. עוֹצֵר הוּא הַמּוֹשֵׁל הָעוֹצֶר בָּעָם שֶׁלֹּא יֵלְכוּ מְפוֹזָרִים בְּצֵאתָם לַצָּבָא עַל הָאוֹיֵב בְּלָשׁוֹן לַעַ »ז מיינטי »ט (שׁטארק אופהאלטין):

עָצוּר. הוּא הַנּוֹשַׁע בְּמַעֲצוֹר הַמּוֹשֵׁל:

עָזוּב. מְחֻזָּק כְּמוֹ וַיַּעֲזְבוּ אֶת יְרוּשָׁלַיִם עַד הַחוֹמָה. אֵיךְ לֹא עוּזְבָה עִיר תְּהִלָּה:

 

אֲשֶׁר חֵלֶב זְבָחֵימוֹ. הָיוּ אוֹתָן אֱלָהוּת אוֹכְלִים שֶׁהָיוּ מַקְרִיבִים לִפְנֵיהֶם וְשׁוֹתִין יֵין נְסִיכָם:

יְהִי עֲלֵיכֶם סִתְרָה. אוֹתוֹ הַצּוּר יִהְיֶה לָכֶם מַחֲסֶה וּמִסְתּוֹר:

 

רְאוּ עַתָּה. הָבִינוּ מִן הַפּוּרְעֲנִיּוֹת שֶׁהֵבֵאתִי עֲלֵיכֶם וְאֵין לָכֶם מוֹשִׁיעַ וּמִן הַתְּשׁוּעָה שֶׁאוֹשִׁיעֲכֶם וְאֵין מוֹחֶה בְּיָדִי:

אֲנִי אֲנִי הוּא. אֲנִי לְהַשְׁפִּיל וַאֲנִי לְהָרִים:

וְאֵין אֱלֹהִים עִמָּדִי. עוֹמֵד כְּנֶגְדִי לִמְחוֹת:

עִמָּדִי. דּוּגְמָתִי וְכָמוֹנִי:

וְאֵין מִיָּדִי מַצִּיל. הַפּוֹשְׁעִים בִּי:

 

וְכִפֶּר אַדְמָתוֹ. ומה היא אדמתו עמו כשעמו מתנחמים ארצו מתנחמת וכה »א רצית ה’ ארצך במה רצית ארצך שבת שבות יעקב בפנים אחרים היא נדרשת בספרי ונחלקו בה ר’ יהודה ור’ נחמיה ר »י דורש כולה כנגד ישראל ור »נ דורש את כולה כנגד העובדי כוכבים ר »י דורשה כלפי ישראל אמרתי אפאיהם כמו שפירשתי עד ולא ה’ פעל כל זאת כי גוי אובד עצות המה אבדו תורתי שהיא להם עצה נכונה ואין בהם תבונה להתבונן איכה ירדוף אחד מן האומות אלף מהם אם לא כי צורם מכרם כי לא כצורנו צורם הכל כמו שפירשתי עד תכליתו ר »נ דורשה כלפי העובדי כוכבים כי גוי אובד עצות המה כמו שפירשתי תחלה עד ואויבינו פלילים

הוּא וְהוֹשֵׁעַ בִּן נוּן. שַׁבָּת שֶׁל דִּיוּזְגֵי הָיְתָה נִטְלָה רְשׁוּת מִזֶּה וְנִתְּנָה לָזֶה הֶעֱמִיד לוֹ מֹשֶׁה מְתֻרְגְמָן לִיהוֹשֻׁעַ שֶׁיְּהֵא דּוֹרֵשׁ בְּחַיָּיו כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ יִשְׂרָאֵל בְּחַיֵּי רַבְּךָ לֹא הָיָה לְךָ לְהָרִים רֹאשׁ וְלָמָּה קוֹרְאֵהוּ כָּאן הוֹשֵׁעַ לֵאמֹר שֶׁלֹּא זָחָה דַּעְתּוֹ עָלָיו שֶׁאַעַ »פ שֶׁנִּתְּנָה לוֹ גְּדֻלָּה הִשְׁפִּיל עַצְמוֹ כַּאֲשֶׁר מִתְּחִלָּתוֹ:

 

 

Nous sommes le chant du monde… Dracha Tichri 5777

chant roch hachana chagallQuelques heures avant Kipour, je partage ma dracha de Roch Hachana et vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 5777, gmar hatima tova.

Un an encore a passé. 365 jours. 8760 heures. 525 600 minutes. Plus de 30 millions de secondes.

Un trésor précieux entre tous, de temps, de la vie, la vie.

Qu’avons-nous fait de ces instants ? Qu’avons-nous créé ? Qu’avons-nous pensé ? Que sommes-nous devenus ? Ces instants ne reviendront jamais.

Ce jour de roch hachana est le jour des comptes, le grand jour de la comptabilité de nos actions.

Reprenons chacune de nos secondes et voyons dans quelle colonne nous l’inscrivons.

Nos colères, où s’inscriront-elles ? Nos joies ? Nos satisfactions ? Nos frustrations ? Nos repos ? Tous ces sentiments légitimes, dont nous sommes les bergers et bergères ?

Dans quelle colonne s’inscriront-ils ?

Cette colère-là, était-elle un investissement ? un gâchis ? un apprentissage ? une nourriture émotionnelle ? un tremplin pour évoluer ? une nécessité périmée ?

Cette joie-ci était-elle une construction ? Juste un bon moment ? Une occasion de générosité ?

Chacun de nos actes défile devant nous, comme les moutons d’un troupeau et nous décidons : quel sentiment vivra et quel sentiment disparaitra, lequel dissout dans l’eau et lequel brûlé par le feu, quelles habitudes s’enrichiront et lesquelles s’appauvriront.

Et notre examen de conscience, notre téchouva nous guide dans ce grand ménage d’automne. Et nos cris du cœur, notre téfila nous soutient dans ce grand chambardement. Et notre amour pour les autres, notre désir de partage, notre tsédaka nous nourrit par le sentiment de solidarité communautaire.

Ainsi, comme le disaient Mozart et Emanuel Schikaneder, ces trois guides nous rappellent d’une main douce à notre devoir.

Ces images sont une transposition de la prière Ountané tokef. Ce sont des images merveilleuses, que nous lirons et que nous entendrons demain, et vous pourrez également entendre un petit commentaire un peu provocateur sur la question sur la chaine youtube du MJLF ( Pensez à vous abonner !).

Je tenais à mettre cette prière en avant pour plusieurs raisons.

L’une d’entre-elles est que nous accueillons pour ces fêtes Hélène Blajan, qui est cette année pour la première fois notre Hazan. Anne Lebris, qui nous a accompagnés pendant de nombreuses années, a décidé de se consacrer prioritairement à son rôle de grand-mère, elle me charge de vous saluer tous et de vous souhaiter chana tova.

Hélène, pour sa part, a eu le douteux privilège de découvrir nos partitions approximatives qui sont d’ailleurs en voie de régénération. Et aussi le privilège réel, si nous savons l’accueillir, de faire votre rencontre.

Au cours de nos répétitions, l’une de ses paroles m’a fait réfléchir : elle affirmait que le bon interprète est celui qui se place derrière l’œuvre. Quand il/elle a chanté, chacun pense : quel beau chant. Personne ne pense : quel bon interprète.

Elle a raison. Ountané Tokef est une prière qu’il suffit de porter pour qu’elle nous porte à son tour.

Parfois, comme ountané tokef, les traditions prennent leur envol et conquièrent le cœur du monde juif dans son entier.

Ountané tokef a deux histoires, une histoire historique et une histoire légendaire.

Son histoire historique, la voici: Ountané tokef est née en eretz israel, au 6e siècle selon les spécialistes de l’hébreu ancien, avant le 10e siècle en tout cas comme en atteste sa découverte dans la guéniza du Caire.

Son histoire légendaire est la suivante : Amnon de Mayence, sommé de quitter le judaïsme, a refusé et a été torturé pour cela, peu avant Roch hachana. Il a pu se faire amener à la synagogue pour Roch hachana, et à cette occasion, il a improvisé ounetané tokef qui a été ses dernières paroles.

Les religions ont tendance à légitimer leurs traditions en les rattachant au passé le plus lointain. Ountané tokef, paradoxalement, est rattaché au passé le plus récent. Né au 6e siècle, ce poème liturgique se revendique seulement du 11e.

Que signifie ce rattachement au récent plutôt qu’au lointain ?

Il peut signifier plusieurs choses :

Sans doute, nous avons suffisamment confiance en nous pour ne pas récupérer à notre cause l’autorité des « anciens ».

Mais surtout, nous n’avons pas besoin de « forcer » l’autorité d’un chant, nous pouvons simplement le laisser prendre sa place. La légitimité du judaïsme puise sa force dans le passé bien sûr, mais aussi dans le présent, dans le doux espace que nous lui réservons en nous-mêmes.

Ountané tokef nous dit autre chose, une chose vraiment fondamentale : ounétané tokef : donnez de l’importance. Ce ne sont pas les chants qui s’imposent à nous, le judaïsme n’est pas une religion qui impressionne au premier abord. C’est le contraire. Les chants ne s’imposent pas à nous, c’est nous qui nous ouvrons à leur voix.

Ountané tokef : donnez de la puissance.

Le chant, la tradition, l’étude, auront le sens que NOUS voudrons bien leur donner, la résonnance que NOUS leur accorderons de façon intérieure.

Comme le corps du chanteur, nos vies sont des caisses de résonnances. Elles amplifient le message que notre être même apporte au monde. En travaillant sur notre intériorité, en faisant le tri sur les sentiments, les actes et les pensées qui font notre être, nous modifions la sonorité et l’écho que nous produisons dans le monde.

Pour cette raison, quels que soient les événements de l’année passés et quels que soient ceux de l’année à venir, nous devons être vigilants à la façon dont nous « faisons résonnance », et de la façon dont nous « faisons raisonnance ». Notre raison doit passer en revue le troupeau des sentiments qui s’agitent, pour que nous nourrissions avant tout ceux que nous voulons voir grandir.

Ountané Tokef est une co-création de l’histoire et de la légende, du passé et du présent, ses thèmes sont repris autant par Léonard Cohen (1934-) « who by fire » que par les hilonim, les laïcs israéliens émus au plus profond par l’air de Yayir Rosenblum (1944-1996) du Kibouts bet hachita.

And who by fire, who by water,

Who in the sunshine, who in the night time,

Who by high ordeal, who by common trial,

Who in your merry merry month of may,

Who by very slow decay,

And who shall I say is calling?

_

And who in her lonely slip, who by barbiturate,

Who in these realms of love, who by something blunt,

And who by avalanche, who by powder,

Who for his greed, who for his hunger,

And who shall I say is calling?

_

And who by brave assent, who by accident,

Who in solitude, who in this mirror,

Who by his lady’s command, who by his own hand,

Who in mortal chains, who in power,

And who shall I say is calling?

 

Et c’est ainsi, comme le disent les hilHot téchouva de Maimonide (1138-1204), une seule action peut faire la différence.

Si je fais le compte de mes sentiments et de mes actes au niveau personnel, alors je saurai qu’une seule action peut faire pencher la balance en ma faveur, que si nous faisons le compte et pensons nos actes d’une façon collective, alors une seule action d’un seul d’entre nous peut faire pencher la balance pour notre communauté et pour tous les groupes humains dont nous faisons partie, et si nos organisations savent faire le compte de leurs actions réciproques et coordonner leurs actions, alors les forces du bien et de la solidarité pourront faire pencher la balance du monde du bon côté.

Maimonide HilHot téchouva 3 :4

לפיכך צריך כל אדם שיראה עצמו כל השנה כולה כאילו חציו זכאי וחציו חייב. וכן כל העולם חציו זכאי וחציו חייב.

חטא חטא אחד, הרי הכריע את עצמו ואת כל העולם כולו לכף חובה וגרם לו השחתה.

עשה מצוה אחת, הרי הכריע את עצמו ואת כל העולם כולו לכף זכות וגרם לו ולהם תשועה והצלה, שנאמר: « וצדיק יסוד עולם » (משלי י, כה). זה שצדק הכריע את כל העולם לזכות והצילו.

 

Car ensemble nous sommes les co-créateurs de la musique du monde, et chacun d’entre nous compte au plus haut point.

Ainsi que le dit la chanson co-créée par Rabbi NaHman de Bratslav (1772-1810) et par Naomi Shemer (1930-2004).

Prends bien conscience, que chaque berger et bergère a son chant particulier, prends conscience que chaque brin d’herbe possède une musique particulière et la musique des herbes compose le chant des bergers

Comme il est beau, comme il est beau et agréable quand on entend leur chant, qu’il est bon de prier au milieu d’eux et de servir Dieu dans la joie, et avec la musique des herbes le cœur se remplit et désire.

Et quand le cœur se remplit de ce chant et de désir pour la terre d’Israël, une grande lumière se crée et se répand et c’est avec la sainteté de la terre d’Israël et le chant des herbes que se crée la musique du cœur.

דע לך
שכל רועה ורועה
יש לו ניגון מיוחד
משלו
דע לך
שכל עשב ועשב
יש לו שירה מיוחדת
משלו
ומשירת העשבים
נעשה ניגון
של רועה
כמה יפה
כמה יפה ונאה
כששומעים השירה
שלהם
טוב מאוד
להתפלל ביניהם
ובשמחה לעבוד
את השם
ומשירת העשבים
מתמלא הלב
ומשתוקק
וכשהלב
מן השירה מתמלא
ומשתוקק
אל ארץ ישראל
אור גדול
אזי נמשך והולך
מקדושתה של הארץ
עליו
ומשירת העשבים
נעשה ניגון
של הלב

 

 

Le chant de nos vies se recompose aujourd’hui. L’an prochain, à cette époque, 365 jours. 8760 heures. 525 600 minutes. Plus de 30 millions de secondes. Auront passé et nous proposeront un autre « chant nouveau » (Edmond Fleg).

C’est à nous aujourd’hui de réfléchir et de créer le chant que tous ces instants chanteront à l’heure du jugement, dans un an.

Que cette année nous soit harmonieuse, dans le respect de toutes les « herbes » qui nous composent, et de tous les bergers et bergères qui forment nos familles, nos communautés et notre grande fraternité humaine.

Merci à vous de commencer cette nouvelle année avec nous.

 

Chana Tova oumétouka, que vous ayez une année bonne et douce

Léchana tova tikatévou, que vous soyez inscrits pour une bonne année

Kohélèt, l’épicurien désenchanté

Le livre de l’Ecclésiaste: approche pédagogique du doute existentiel! – Bible et Pédagogie 2, c’est déjà dimanche prochain, à Gambetta/Surmelin. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

Il n’y a pas d’âge pour se poser des questions sur la vie et la mort. Les grands cauchemars de nos tout-petits, les réactions de nos ados, et nos propres sentiments nous le prouvent au quotidien.

On pourrait s’imaginer qu’il faut être toujours optimiste. Si tel était le cas, que fait Kohélet, l’Ecclésiaste, dans la Bible ? Lui qui représente la sagesse, lui, le Roi Salomon, se permet de mettre en doute le fait que le bon comportement soit bénéfique. L’histoire n’est pas facile à raconter, et il faudra faire des efforts de « traduction » pour les plus jeunes, mais le jeu en vaut la chandelle.

Et nous, nous permettons-nous de verser dans le doute ? Lorsque nous voyons les difficultés du monde, quelles sont nos réactions ? Kohélèt constate la fragilité de la vie humaine, quelle conclusion en tire-t-il ? Est-ce que nous le suivons dans son chemin ? Sa sagesse est-elle également pour nous un point de « rassemblement », de Kéhila, de communauté ?

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaela ou répondez à cet article en commentaire.

I -1 Paroles de Kohélet, fils de David, roi à Jérusalem. 2 Vanité des vanités, a dit Kohélet, vanité des vanités; tout est vanité! 3 Quel profit tire l’homme de tout le mal qu’il se donne sous le soleil? 4 Une génération s’en va, une autre génération lui succède, et la terre subsiste perpétuellement. 5 Le soleil se lève, le soleil se couche: il se hâte vers son point de départ, où il se lèvera encore, 6 pour s’avancer vers le sud et décrire sa courbe vers le nord; le vent progresse en évoluant toujours et repasse par les mêmes circuits. 7 Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie; vers l’endroit qui est assigné aux fleuves, ils dirigent invariablement leur cours. 8 Toutes choses sont toujours en mouvement; personne n’est capable d’en rendre compte. L’œil n’en a jamais assez de voir, ni l’oreille ne se lasse d’entendre. 9 Ce qui a été c’est ce qui sera; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera: il n’y a rien de nouveau sous le soleil! 10 Il est telle chose dont on dirait volontiers: « Voyez, ceci est nouveau » Eh bien! Cette chose a déjà existé dans les temps qui nous ont précédés. 11 Nul souvenir ne subsiste des anciens, de même de leurs plus récents successeurs il ne demeurera aucun souvenir chez ceux qui viendront plus tard. 12 Moi, Kohélet, je suis devenu roi d’Israël, à Jérusalem. 13 Et j’ai pris à cœur d’étudier, d’examiner avec sagacité tout ce qui se passe sous le soleil: c’est une triste besogne que Dieu a offerte aux fils d’Adam pour s’en tracasser. 14 J’ai donc observé toutes les œuvres qui s’accomplissent sous le soleil: eh bien! Tout est vanité et pâture de vent. 15 Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut entrer en compte. 16 Je me suis dit en moi-même: « Voilà que j’ai, moi, accumulé et amassé plus de sagesse que tous ceux qui m’ont précédé à Jérusalem; mon cœur a acquis un grand fonds de discernement et d’expérience. » 17 J’avais en effet appliqué mon attention à connaître la sagesse et à discerner la folie et la sottise, et je me suis aperçu que cela aussi était pâture de vent; 18 car, abondance de sagesse, abondance de chagrin, et accroître sa science, c’est accroître sa peine.

II-1 Je me suis dit à moi-même: « Allons! Je veux te faire faire l’expérience de la joie, te donner du bon temps. » Eh bien! Cela aussi est vanité! 2 A la gaîté j’ai dit: « Tu es folie! Et à la joie: « A quoi sers-tu? » 3 Je résolus, à part moi, de prodiguer à mon corps les plaisirs du vin et, tout en restant attaché de cœur à la sagesse, de faire une place à la folie, de façon à voir quel est le meilleur parti que puissent suivre les fils d’Adam sous le ciel, au cours de leur existence. 4 J’entrepris de grandes choses: je me bâtis des palais, je me plantai des vignes. 5 Je me fis des jardins et des parcs, et j’y plantai toutes sortes d’arbres fruitiers. 6 Je me construisis des réservoirs d’eau, pour arroser des forêts riches en arbres. 7 J’acquis des esclaves et des servantes, j’eus un nombreux personnel domestique; mes troupeaux de bœufs et de brebis dépassaient de loin ceux de tous mes prédécesseurs à Jérusalem. 8 Je m’amassai aussi de l’argent et de l’or, les trésors précieux des rois et des provinces; je me procurai des chanteurs et des chanteuses, ce qui fait les délices des fils d’Adam, de nombreuses odalisques. 9 Je surpassai ainsi en faste et en richesse tous ceux qui m’avaient précédé à Jérusalem; en même temps ma sagesse me restait comme appui. 10 Rien de ce que mes yeux pouvaient désirer ne leur était refusé par moi; je n’interdis aucun plaisir à mon cœur. Mon cœur, en effet, n’eut qu’à s’applaudir des soins que je prenais, et telle fut la récompense de toutes mes peines. 11 Mais quand je me mis à considérer toutes les œuvres accomplies par mes mains et tous les tracas que je m’étais imposés, je constatai que tout était vanité et pâture de vent, et qu’il n’est point d’avantage durable sous le soleil. 12 Puis, je me mis à passer en revue sagesse, folie et sottise: « Car, me disais-je, que [pourra faire] l’homme qui viendra après le roi? Celui-ci aura déjà tout fait. » 13 Je m’aperçus que la sagesse est supérieure à la folie autant que la lumière est supérieure aux ténèbres: 14 Le sage a ses yeux dans la tête, et le sot chemine dans les ténèbres. Mais je reconnus aussi qu’un même sort est réservé à l’un et à l’autre. 15 Alors je dis en mon cœur: « Le sort du fou est le même qui m’attend, moi; dès lors, à quoi bon avoir acquis tant de sagesse? » Et je m’avouai à moi-même que cela encore est vanité. 16 En effet, le souvenir du sage n’est pas plus durable que celui du fou; car viennent les temps futurs, tout tombera dans l’oubli! Et comment se fait-il que le sage meure à l’égal du fou? 17 Aussi ai-je pris la vie en haine, car je regardai comme mauvais tout ce qui se passe sous le soleil, tout n’étant que vanité et pâture de vent. 18 Je finis aussi par détester tout le labeur auquel je m’étais adonné sous le soleil, et dont je dois laisser les fruits à quelqu’un qui me succédera. 19 Or, qui sait s’il sera sage ou sot? Et pourtant il sera maître de tout ce que j’aurai acquis sous le soleil par mon travail et mon ingéniosité. Cela aussi est vanité. 20 Je me laissai donc aller à prendre en aversion tout le labeur pour lequel j’avais peiné sous le soleil. 21 Car voilà un homme qui a travaillé avec sagesse, réflexion et succès, et il doit tout laisser en propriété à quelqu’un qui ne s’est donné aucun mal! Cela aussi est vanité et souverainement mauvais. 22 Qu’est-ce qui revient donc à l’homme de tout son labeur et de toutes les combinaisons de son esprit, pour lesquelles il se tracasse sous le soleil? 23 En effet, tous ses jours sont pénibles, son activité est une source de chagrin; même la nuit son cœur n’a point de repos. Cela encore est vanité. 24 Ne vaut-il pas mieux pour l’homme de manger, de boire et de se donner du plaisir pour prix de son labeur? Cela aussi, je l’ai constaté, émane de Dieu. 25 Car qui peut manger et jouir en dehors de sa volonté? 26 C’est à l’homme qui lui plait qu’il donne sagesse, intelligence et joie; tandis qu’au pécheur il impose la corvée de recueillir et d’entasser [des biens], qu’il fait passer ensuite à celui qui jouit de la faveur divine. Cela est également vanité et pâture de vent.

IX – 1 Tout cela, je l’ai noté dans mon esprit et cherché à le tirer au clair: les justes, les sages et ce qu’ils font sont dans la main de Dieu; les hommes ne se rendent compte ni de l’amour ni de la haine; tout leur échappe. 2 Tous sont soumis à des accidents pareils; un même sort attend le juste et le méchant, l’homme bon et pur et l’impur, celui qui sacrifie et celui qui ne sacrifie point; l’homme de bien est comme le pécheur, celui qui prête des serments comme celui qui craint de jurer. 3 C’est là le défaut de tout ce qui s’accomplit sous le soleil, qu’une même destinée y soit réservée à tous; aussi le cœur des hommes déborde-t-il de méchanceté, la folie emplit leur âme leur vie durant; après cela… [en route] vers les morts! 4 Or, qui demeure dans la société des vivants peut avoir quelque espoir, car un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. 5 Les vivants savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit; pour eux plus de récompense, car leur souvenir même s’efface, 6 leur amour, leur haine, leur jalousie, tout s’est évanoui ils n’ont plus désormais aucune part à ce qui se passe sous le soleil. 7 Va donc, mange ton pain allègrement et bois ton vin d’un cœur joyeux; car dès longtemps Dieu a pris plaisir à tes œuvres. 8 Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne cesse de parfumer ta tête. 9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de l’existence éphémère qu’on t’accorde sous le soleil, oui, de ton existence fugitive car c’est là ta meilleure part dans la vie et dans le labeur que tu t’imposes sous le soleil. 10 Tout ce que tes propres moyens permettent à ta main de faire, fais-le; car il n’y aura ni activité, ni projet, ni science, ni sagesse dans le Cheol, vers lequel tu te diriges. 11 J’ai encore observé sous le soleil que le prix de la course n’est pas assuré aux plus légers, ni la victoire dans les combats aux plus forts, ni le pain aux gens intelligents, ni la richesse aux sages, ni la faveur à ceux qui savent; car mêmes destinées et mêmes accidents sont le lot de tous.

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -2 Ecclesiaste

 

Pour cette année, vivez comme des ‘dieux’!

לשנה טובה תכתבו
לשנה טובה תכתבו

Le talmud avoda zara nous enseigne que l’Eternel partage son temps à trois choses,étudier la Torah, nourrir ses créatures, et jouer avec le Léviatan.

Que notre année à venir soit, elle aussi, pleine d’apprentissages, de générosité et de fantaisie.

 

לשנה טובה תכתבו

 

Jonas, le gentil prophète désobéissant

Le livre de Jonas: approche pédagogique de l’obéissance relative – Bible et Pédagogie 1, c’est déjà dimanche prochain, à Nation/Ganénou. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

On pourrait s’imaginer qu’il faut être parfait, qu’il faut être obéissant, qu’il faut vouloir le bien des autres toujours et qu’il faut faire son devoir. Si tel est le cas, que fait le prophète Jonas dans la Bible ? Et pourquoi lit-on son histoire à Kipour ? Est-ce que nous nous identifions au Ninvéens qui réussissent finalement à faire téchouva, à comprendre leur erreur et à changer ? Ou bien nous identifions-nous à Jonas, qui refuse sa mission, et progresse cahin-caha en réussissant malgré lui ?

L’histoire de Jonas est l’occasion de dévoiler nos sentiments face au « devoir d’obéissance » que nous nous imposons à nous-mêmes et à nos enfants, et à évaluer notre « pouvoir de bienveillance » pour accueillir avec douceur les manquements des uns et des autres, ce qui reste la meilleure façon d’accompagner un changement vers le mieux.

Quelles sont les tâches que nous fuyons ? Qui nous les a commandées ? Où fuyons-nous pour y échapper ? Qui nous rappelle à notre devoir ? La suite tourne-t-elle comme nous l’avions prévu ? Mieux ou moins bien ? Sommes-nous finalement satisfaits du résultat final ? Si nous faisions un parallèle entre Jonas et nous, à quoi chacunes de ces péripéties correspondrait-elle dans notre histoire personnelle ?

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaela ou répondez à cet article en commentaire.

1 La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas, fils d’Amittaï, en ces termes: 2 « Lève-toi! Va à Ninive, la grande ville, et prophétise contre elle; car leur iniquité est arrivée jusqu’à moi. » 3 Mais Jonas se leva pour fuir à Tarsis, hors de la présence de l’Eternel; il se rendit à Jaffa, où il trouva un vaisseau en partance pour Tarsis. II paya le passage et s’y embarqua pour aller avec eux à Tarsis, loin de la présence de l’Eternel. 4 Or, l’Eternel suscita un vent violent sur la mer et une grande tempête s’y éleva; le vaisseau pensa se briser. 5 Les matelots prirent peur, et chacun d’invoquer son Dieu. Ils jetèrent à la mer les objets qui se trouvaient sur le vaisseau afin de l’alléger. Pour Jonas, il était descendu au fond du navire, s’y était couché et profondément endormi. 6 Le commandant de l’équipage s’approcha de lui et lui dit: « Que fais-tu là, dormeur? Debout! Invoque ton Dieu, peut-être ce Dieu-là s’ingéniera-t-il en notre faveur, de sorte que nous ne périrons pas. » 7 Cependant les matelots se disaient l’un à l’autre: « Voyons, tirons au sort, afin de connaître celui qui nous attire ce malheur. » Ils tirèrent au sort, et le sort désigna Jonas. 8 Ils lui dirent: Apprends-nous donc puisque c’est toi qui nous attires ce malheur quelle est ta profession et d’où tu viens; quel est ton pays et à quel peuple tu appartiens. » 9 Il leur répondit: « Je suis Hébreu; j’adore l’Eternel, Dieu du ciel, qui a créé la mer et la terre ferme. » 10 Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. 11 Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » 12 Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. » 13 Ces hommes firent force de rames pour regagner la côte, mais ils ne purent, tant la mer orageuse continuait à les assaillir! 14 Ils invoquèrent donc l’Eternel en disant: « De grâce, ô Eternel, ne nous fais point périr à cause de cet homme, et ne fais pas retomber sur nous le sang innocent! Car c’est toi-même qui as fait ce que tu as voulu. » 15 Puis ils saisirent Jonas et le jetèrent à la mer. Aussitôt la fureur de la mer se calma. 16 Et ces hommes conçurent une vénération profonde pour l’Eternel; ils lui offrirent des sacrifices et firent des vœux en son honneur.

1 L’Eternel suscita un énorme poisson, qui engloutit Jonas; celui-ci resta dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. 2 Dans les entrailles mêmes de ce poisson, Jonas adressa une prière à l’Eternel, son Dieu, 3 et il dit: « Dans ma détresse j’ai invoqué l’Eternel, il m’a répondu : du sein du Cheol je t’ai imploré, tu as entendu ma voix. 4 Le flot me ballottait au cœur des mers, et les courants m’enveloppaient; toutes tes vagues et toutes tes lames passaient sur moi. 5 Déjà je me disais: « Je suis repoussé loin de tes regards! » Mais non, je veux contempler encore ton temple saint. 6 Les eaux m’investissaient, menaçant ma vie, j’étais cerné par l’Abîme, les algues étreignaient ma tête. 7 Précipité jusqu’à la racine des montagnes, la terre me fermait ses barrières pour toujours… Tu as sauvé ma vie de la perdition, Eternel, mon Dieu. 8 Quand mon âme, dans mon sein, allait défaillir, je me suis ressouvenu de l’Eternel, et ma prière a monté vers toi, vers ton sanctuaire auguste. 9 Ceux qui révèrent des idoles menteuses, ceux-là font bon marché de leur salut. 10 Pour moi, c’est en te rendant hautement grâce, que je t’offrirai des sacrifices; j’accomplirai les vœux que j’ai prononcés: le secours vient du Seigneur! » 11 L’Eternel ordonna au poisson de rejeter Jonas sur la côte.

1 La parole de l’Eternel fut adressée une seconde fois à Jonas, en ces termes: 2 « Lève-toi, va à Ninive la grande ville, et fais-y la publication que je te dicterai. » 3 Jonas se leva et se rendit à Ninive, selon l’ordre du Seigneur. Or, Ninive était une ville puissamment grande: [il fallait] trois jours pour la parcourir. 4 Jonas commença à parcourir la ville l’espace d’une journée, et publia cette annonce: « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite! » 5 Les habitants de Ninive crurent en Dieu; ils proclamèrent un jeûne, et tous, grands et petits, se vêtirent de cilices. 6 Le bruit étant parvenu jusqu’au roi de Ninive, il se leva de son trône, jeta bas son manteau, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre. 7 Et il fit publier dans Ninive comme décret du roi et de ses dignitaires ce qui suit: « Que ni homme ni bête, ni gros ni menu bétail ne goûtent quoi que ce soit; qu’on ne les laisse pâturer ni boire de l’eau. 8 Que les hommes et le bétail soient enveloppés de cilices; que chacun invoque Dieu avec force, qu’il renonce à sa mauvaise conduite et à la rapine qui est dans ses mains! 9 Qui sait? Peut-être Dieu, se ravisant, révoquera-t-il son arrêt et se départira-t-il de son courroux, pour que nous ne périssions pas. » 10 Dieu, en effet, considérant leur conduite, voyant qu’ils avaient abandonné leur mauvaise voie, revint sur la calamité qu’il leur avait annoncée et n’accomplit pas sa menace.

1 Jonas en conçut un grand déplaisir et se mit en colère. 2 Et il adressa à l’Eternel cette prière: « Hélas! Seigneur, n’est-ce pas là ce que je disais étant encore dans mon pays? Aussi m’étais-je empressé de fuir à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu clément et miséricordieux, plein de longanimité et de bienveillance, prompt à revenir sur les menaces. 3 Et maintenant, ô Eternel, de grâce, ôte-moi la vie; car la mort pour moi est préférable à la vie. » 4 L’Eternel répondit: « Est-ce à bon droit que tu t’affliges? » 5 Jonas, étant sorti de Ninive, s’était établi à l’orient de la ville; là il s’était dressé une cabane sous laquelle il s’était assis à l’ombre, dans l’attente de ce qui se passerait dans la ville. 6 Or, le Seigneur Dieu fit pousser un ricin qui s’éleva au-dessus de Jonas pour ombrager sa tête et le consoler de sa douleur. Jonas ressentit une grande joie au sujet du ricin. 7 Mais dès l’aube du lendemain, ce même Dieu suscita un ver qui rongea le ricin, de sorte qu’il se dessécha. 8 Puis, quand le soleil fut levé, Dieu fit souffler un vent d’Est étouffant, et le soleil darda ses feux sur la tête de Jonas, qui en fut accablé. Alors il se souhaita la mort à lui-même, et il dit: « La mort vaudrait mieux pour moi que la vie. » 9 Et Dieu dit à Jonas: « Est-ce à bon droit que tu te chagrines à cause de ce ricin? » Il répondit: « Je m’en chagrine à bon droit, au point de désirer la mort. » 10 L’Eternel répliqua: « Quoi! tu as souci de ce ricin qui ne t’a coûté aucune peine, que tu n’as point fait pousser, qu’une nuit a vu naître, qu’une nuit a vu périr: 11 et moi je n’épargnerais pas Ninive, cette grande ville, qui renferme plus de douze myriades d’êtres humains, incapables de distinguer leur main droite de leur main gauche, et un bétail considérable! »

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -1 jonas

Chavouot 5776: Sommes-nous tous des convertis ?

Chavouot, don de la torah
tables de la loi

Chavouot est la fête de la réinvention du Judaïsme, de la réception renouvelée de la Torah, reçue par tout le peuple au moment du Sinaï et par chacun d’entre nous, chaque année.

Nous sommes tous des convertis. Nous nous reconvertissons chaque année, nous recevons la Torah à Chavouot, nous faisons téchouva à Kipour. Nous gardons une alliance qui se renouvelle et nous grandissons dans cette alliance.

Le dire ainsi semble provocateur, mais tels sont les termes du midrach lui-même.

En cette période où ceux qui désirent rejoindre le peuple juif sont parfois très mal accueillis, nous tenons à remettre l’accueil au centre de notre étude, l’accueil que la tradition nous ordonne.

En ce jour de réception renouvelée de la Torah, c’est la conversion qui sera à l’honneur. Et tout naturellement, Ruth sera notre héroïne…

 

18h45 office/dracha

D’Abraham à Ezra en passant par Moïse, Sarah et Ruth, sommes-nous tous des convertis ?

19h45

La loi juive et son évolution : Présentation générale

Un exemple, Zadok Kahn, entre libéralisme et orthodoxie

20h 45 repas, plat principal

21h 30

La conversion : Contexte halaHique

La conversion : Éléments historiques


22h 30 repas,  gâteaux au fromage

23h

Atelier d’étude sur texte : Les grandes figues de convertis


23h45 café et intermède musical (Levanah Leibman Dratwa)

24h

Etude du livre de Ruth
1h

Questions d’actualité : Peut-on annuler des conversions ? Qu’est-ce qu’une « vraie » conversion ?

2h  Hévrouta sur texte : Les sources de la conversion dans la tradition juive

Les personnes désirant participer au repas sont priées de s’inscrire auprès de Catherine.

Selon la tradition, nous apporterons des mets lactés, gâteaux au fromage, cheese cakes, riz au lait, pâtisseries au miel, etc….

Seder express: pour préparer son seder familial

Bonjour à toutes et à tous,

Faire le seder chez soi est une expérience extraordinaire.
On peut y passer toute la nuit, comme Rabbi Akiva, Rabbi Tarfon, Rabbi Eleazar ben Azaria and co., en rajoutant des questions d’actualité (dans quels pays se bat-on aujourd’hui pour la liberté?), des questions éternelles et philosophiques (qu’est-ce que la liberté? la liberté politique? la liberté de se changer soi-même? comment peut-on l’atteindre? etc….), ou de nombreux chants.
On peut aussi faire des versions simplifiées qui permettent de se lancer pour un premier seder et de mettre le seder à la portée des enfants.
Pour cela, nous avons préparé pour vous deux outils: Une hagada courte et très simplifiée que vous pouvez télécharger ici:
hagada simplissime à télécharger
Une vidéo qui vous montre comment utiliser cette hagada et comment apprendre les chants:

Bonne lecture, bonne écoute, et bon seder.
Ce vendredi à 18h45, office abrégé pour permettre à chacun de rejoindre la maison et de commencer les célébrations!

Sur le pont étroit de la liberté! – 4 – Viktor Frankl: le sens en toutes circonstances (Discours de Kipour 5776)

Voir la partie 3: Au delà de notre confort

Viktor Frankl a une expertise puissante sur la question.

Il a su traverser, changer de ligne au dernier moment dans le cadre de la « sélection » qui menait aux chambres à gaz. Il a su collecter ses observations au sein même de l’enfer des camps en se projetant dans la création de sa propre pensée.

Viktor Frankl dit : « La vie a un sens dans toutes les circonstances, y compris les pires. »

Quand Frankl affirme cela, il l’affirme du fond de sa propre expérience.
Parfois, nous avons besoin de souffrir pour retrouver le sens et l’intensité de notre vie.
Mais franchement, ce n’est pas nécessaire.

Nous pouvons aussi construire le pont AVANT de nous retrouver au-dessus du précipice…

Kipour a sa façon particulière de nous inviter à construire ce pont.

Le dialogue avec nos proches initié en préparation renouvelle notre lien humain.
En jeûnant, nous prenons la mesure de notre fragilité et de celle des autres, nous pousse à la responsabilité
A travers les poèmes liturgiques que nous chantons nous nous laissons porter dans notre volonté de changement.
Le son du chofar nous met dans l’urgence.
Les histoires de la torah nous invitent à penser.
Le fait d’être ensemble nous ouvre aux autres et à nous-mêmes, dans la chaleur du partage.

Ce pont se construit à Kipour et se prolonge dans l’année juive, chaque événement « religieux » ou culturel vient le renforcer, venez traverser ce pont que nous construisons pour vous, venez construire pour vous-même le pont que nous souhaitez traverser ensemble.

Si vous avez des questions, des interrogations, sur l’identité juive, sur nos sources, sur la communauté, partagez-les avec nous, quand vous le souhaiterez, après les fêtes.

La liberté est comme un muscle, c’est en l’utilisant qu’on lui permet de grandir.
La liberté ne s’use que quand on ne s’en sert pas (adaptation de la devise du canard enchaîné).

La joie elle-même est un choix courageux.
Comme Selma Baraz, alors âgée de 91 ans, nous pouvons prendre la responsabilité de notre bonheur et renoncer à la plainte, sans attendre.

En ce jour de Kipour, nous mobilisons notre liberté dans une posture d’humilité face au chemin que nous avons à parcourir.

Dans quelque jours, à soukot, nous mobiliserons notre liberté dans une posture de joie prête à assumer ses choix. Nous danserons avec la Torah le 4 octobre.

Que cette année 5776 se poursuive dans le courage de la joie, du partage, de l’action et du sens.